A travers l’Auvergne.--La course au Clocher.--Stendhal à
Clermont-Ferrand.--Le «roman auvergnat».--De Notre-Dame-du-Port à
Sainte-Foy-de-Conques.--De la riche basilique au pauvre clocher à
peigne...
Je ne crois pas que d’autres aient pu aimer leur pays autant que
Vermenouze et moi nous faisions de l’Auvergne en ces années 1892, 1893,
1894! La sympathie s’était nouée en amitié, vite resserrée jusqu’à
l’intimité. Je descendais au logis de la rue d’Aurinques, à de nombreux
voyages. Mais nous ne moisissions pas à Aurillac, et après une nuit sous
le toit hospitalier, nous devions nous mettre en route pour les
excursions convenues.
Vermenouze m’accompagnait dans ma chambre, et un grave débat
s’instaurait: comment fallait-il se chausser?
Vermenouze tirait le rideau d’une penderie où trente paires de
chaussures s’alignaient sur les rayons de bois, dégageant une farouche
odeur de cuir, de cirage et de graisse. Rudes et courts souliers aux
semelles cloutées, guêtres, houzeaux, bottes où s’enfoncent le pantalon,
jambières et cuissards de caoutchouc pour le marais (c’était toute une
bibliothèque de marche), soigneusement entretenus, qui s’augmentaient
sans cesse, à la recherche de la paire idéale, qui ne prendrait pas
l’eau. Les chasseurs cantaliens jurent que cette couple d’oiseaux rares
ne nichent pas chez le cordonnier. Vermenouze parcourait les prospectus
des fournisseurs spécialistes, se laissait tenter, éprouvait le modèle
qui résistait aux premiers essais, et puis, un soir, il devait s’avouer
que l’humidité transperçait; toute cette camelotte n’était bonne que
pour les amateurs d’hécatombes officielles, où le gibier vient au devant
du fusil...
En excursion Vermenouze traînait toujours son fusil, et, devant la
panoplie encore, il réfléchissait, supputait l’itinéraire, ascensions,
forêts, rivières...
Car, il ne s’agissait pas de randonnées d’automobiles absorbant trente,
cinquante, cent kilomètres de paysages à l’heure. Nous prenions quelque
train pour gagner la région choisie, quelque voiture pour parvenir au
village lointain, et puis, en d’allègres et formidables étapes, nous
escaladions les monts abrupts, nous dévalions aux ruisseaux étranglés
dans les fentes de la roche. Ne regrettez rien, mon cher Vermenouze.
Avec leurs machines vertigineuses, parmi la poussière et l’essence, ils
peuvent boire l’obstacle. De votre vieille tasse d’argent à déguster,
bosselée par l’usage, mêlant à l’eau vierge quelques gouttes d’ancien et
sûr Armagnac dont vous portiez une petite gourde dans votre carnier,
vous n’étiez pas de ces sauvages qui jugent que tout est toujours assez
bon pour boire avec de l’eau. Que la vie était belle, aux jours lumineux
où il nous semblait vider le ciel dans la coupelle dont le contenu
débordait, toute éclaboussée de soleil! L’onde courait d’une fraîcheur
incessante, parmi les senteurs de la terre et du roc brûlés de canicule,
dans l’azur planait quelque oiseau de proie. Vraiment, nous jouissions
de l’heure immense et désintéressée,--passionnés de silence et de
solitude. Hélas, la coupelle est tarie; mais de ce jaillissement du
terroir, Vermenouze a capté le flot le plus authentique, dont la saveur
ne s’évente pas avec l’âge; au contraire...
* * * * *
Nous étions des pèlerins insatiables de la petite patrie, cheminant par
tout le Cantal, le Puy-de-Dôme, la Corrèze, l’Aveyron, nous renforcions,
nous épurions notre amour du pays, nous en apprenions la consistance et
les limites par nous-mêmes, sans le secours des livres ou, plutôt, nous
rapprenions, comme font des malades qui ont perdu l’habitude de marcher,
par exemple. A Vermenouze, ses années d’Espagne, à moi ma jeunesse de
Paris, nous avaient paralysé la fibre ancestrale.
Le marin qui renonce, le montagnard qui ne remonte pas, s’ankylosent, au
meilleur d’eux-mêmes. Infaillible traitement! Nous redevenions complets,
à respirer l’air de chez nous. Je ne redirai pas nos trajets; ce serait
le guide du Massif Central, tout au moins!
* * * * *
Tout nous était émerveillement, à mesure que l’on dévalait du Haut Pays
vers des horizons plus étendus où la clémence des saisons avait permis
aux populations de songer davantage à l’embellissement de la vie
extérieure. Aussi, nous choisissions la saison propice, pour nos
expéditions qui comportaient toujours un programme longuement pédestre.
Le plus souvent, les villes ne nous apparurent que dans la joie de la
lumière, dans l’éclat du matin, dans la douceur des soirs, dans
l’enchantement de l’été et de l’automne; nos printemps tardifs et aigres
sont rarement praticables. Alors et dans le souvenir, bien des régions
bénéficiaient et bénéficient à jamais de la surprise du moment.
Cependant notre enthousiasme demeure bien justifié quand il s’attache,
par exemple, à la basilique, à la cathédrale, aux fontaines, aux rues de
vieux logis de Clermont et de Mont-Ferrand et aux châteaux de la
Limagne. Mais je m’engage peut-être, beaucoup, en prêtant une admiration
archéologique à Vermenouze; certainement, il préférait le roc caverneux
des cimes où l’aigle établit son aire, à la pierre taillée plus ou moins
habilement, et sa rude foi montagnarde se trouvait mieux à l’aise pour
prier dans l’humble vie du village que dans le vaisseau des cités
épiscopales, où il n’aurait pas osé entrer en bottes et blouse de
chasse, laissant son fusil et son chien à la garde du pauvre, sous le
porche. Le fait est curieux qu’ayant habité l’Espagne, traversé
l’Italie, parcouru la Bretagne et connaissant les chefs d’œuvre de notre
École Auvergnate, le croyant Vermenouze, ni en patois ni en français,
n’ait été inspiré jamais par quelqu’une de ses stations aux sanctuaires
de notre pays! Cependant que l’on n’aille pas conclure qu’il ne recevait
pas l’impression immédiate et chaleureuse, et qu’il ne la traduisait
pas, sur place, en paroles expansives! Comment, chez nous, dans ces
édifices qui font corps avec le roc, Vermenouze n’aurait-il pas ressenti
l’admiration qu’il prodiguait à toute notre nature montagnarde, car nos
édifices romans apparaissent comme des prodiges du sol, comme des
jaillissements spontanés du terroir; ils surgissent comme de fabuleux
tubercules noués des plus profondes racines indigènes; ils adhèrent au
mont et à la vallée comme le bloc fruste de l’ère volcanique; c’est
vainement qu’on leur assigne pour origine le renouveau des basiliques
romaines et byzantines; on ne peut croire qu’ils ne sont pas d’ici,
comme la grange et comme l’étable de basalte...:
La VOIX morale que les vieilles cathédrales ont pour nous, ce qu’elles
disent à notre ouïe lorsque nous les considérons dans un moment de
calme et de tranquillité, est l’effet du Style.
écrit Stendhal, au cours d’un voyage en Auvergne[41].
[41] Notons encore ces réflexions:
J’ai passé par Clermont, qui m’a donné un vif chagrin, celui de ne
pouvoir m’y arrêter. Quelle magnifique position! Quelle admirable
cathédrale! Quelle belle chaleur _ventillata_!
La vue que l’on a du Puy-de-Dôme, qui n’est qu’à deux lieues de la
ville, élève l’imagination, tandis que l’aspect de la Limagne donne
l’idée de la magnificence et de la fertilité. Je n’ai pu donner
qu’un quart d’heure à la cathédrale commencée vers 1248, mais non
achevée. La voûte est à cent pieds du pavé, la longueur de l’édifice
est de trois cents pieds, les piliers du rond-point sont
remarquables par leur délicatesse. Ce monument, d’un aspect sévère
et imposant, domine toute cette ville sombre, bâtie elle-même sur un
monticule. J’ai été surpris et charmé par la vue que l’on a de la
terrasse. La très antique église de Notre-Dame-du-Port, qui date de
560 et fut reconstruite en 866, mériterait une description de
plusieurs pages. La grande difficulté, comme à l’ordinaire, serait
d’être intelligible. En Auvergne, on tire un grand parti de la
différence de couleur dans les matériaux des surfaces. Les anciens
peignaient les façades de leurs temples. Avant cette découverte
assez récente, les savants d’académie maudissaient cette pratique.
Mon correspondant a voulu absolument me conduire au jardin de
Mont-Joly, à vingt minutes de la ville; j’y ai trouvé une magnifique
allée de vieux arbres qui, à elle seule, vaudrait un voyage de dix
lieues. Et je n’ai pu donner qu’une heure et demie à cette ville de
la Suisse, avec cette différence, en sa faveur, qu’elle est bâtie en
lave, et que la présence d’un volcan, _même éteint_, imprime
toujours au paysage quelque chose d’étonnant et de tragique qui
empêche l’attention de se lasser. Il me semble que le lecteur est
d’avis que rien ne conduit aussi vite au bâillement et à
_l’épuisement moral_ que la vue d’un fort beau paysage: c’est dans
ce cas que la colonne antique la plus insignifiante est d’un prix
infini; elle jette l’âme dans un nouvel ordre de sentiments.
Si j’avais huit jours à moi, il me semble que je les emploierais
fort bien dans les _Cantals_ aux environs de Saint-Flour. Il y a là
des solitudes dignes des âmes qui lisent avec plaisir les sonnets de
Pétrarque; mais je ne les indiquerai pas plus distinctement, afin de
les soustraire aux phrases toutes faites et aux malheureux
superlatifs des faiseurs d’articles dans les revues.
Le style, c’est l’homme, le style, c’est le pays,--témoin Pascal.
Comment, avec Vermenouze, aurions-nous été insensibles à l’accent roman,
patois, de l’architecture du XIe siècle.
«_Chaque province, en France, a eu son beau moment_», inscrit encore
Stendhal, dans ces mêmes _Mémoires d’un Touriste_! Sans doute, pour
l’Auvergne, les XIe et XIIe siècles ont marqué une ère considérable,
encore peu étudiée.
C’est ainsi que la chose existait sept ou huit cents ans avant d’être
baptisée; le mot roman ne date que de 1825, l’architecture romane se
disait lombarde, saxonne, byzantine. Cependant, pour Stendhal, le roman
ne doit pas avoir été le règne du beau en Auvergne, en ce XIe siècle où
«l’Architecture» _romane_ succède à la _romaine_ et la copia autant que
la misère et la barbarie des temps le permettaient. Or, il y fallut de
la richesse et du savoir, les biens du clergé, et le génie de la race,
en qui Stendhal n’a vu que des imitateurs étroits et serviles.
Aujourd’hui, il faut reconnaître l’originalité et l’audace de ces
constructeurs médiévaux du massif central dont la leçon se propagea si
loin qu’ils abaissèrent nos frontières de montagnes pour
faire resplendir la gloire de l’École auvergnate depuis
Saint-Sernin-de-Toulouse jusqu’à Autun[42].
[42] On peut facilement établir que les églises romanes de
Saint-Étienne-de-Nevers, Sainte-Foy-de-Conques, Saint-Gaudens,
Saint-Nazaire-de-Carcassonne, Saint-Sernin-de-Toulouse,
Saint-Trophyme-d’Arles, Saint-Gilles, Saint-Jacques-de-Compostelle,
dénotent une certaine imitation de l’art arverno-roman. La sculpture
des chapiteaux, des frises, des corniches, des modillons des églises
romanes de l’Auvergne, a inspiré les écoles poitevines, toulousaines
et provençales; le plan des édifices religieux de l’Auvergne a été
imité par l’École toulousaine; ainsi, l’École auvergnate apparaît
comme une abondante source où les architectes ont longuement puisé.
L’Auvergne n’avait qu’à se baisser pour recueillir la tradition de
l’architecture romaine, que ses moines bâtisseurs devaient adapter si
puissamment et originalement à notre ciel sombre et à nos violents
climats: les églises des XIe, XIIe siècles ne furent-elles pas édifiées
aux places d’anciens monuments gallo-romains, dont on utilisait les
substructions? Notre-Dame-du-Port, du VIe au XIIe siècle fut
reconstruite trois fois jusqu’à sa transformation définitive de l’époque
romane. C’en était fini des plafonds plats des basiliques romaines, des
toitures de charpente vouées à l’incendie; le plein cintre, la voûte en
berceau furent la trouvaille du roman:
Le mur épais, la voûte puissante, le pilier massif sont des éléments
primordiaux de l’art arverno-roman. Par l’importance qui leur est
donnée, l’École Auvergnate dérive de l’architecture romaine où le mur
jouait un si grand rôle. A Rome le mur en effet, n’est pas comme une
pièce, une simple clôture, il est l’âme de l’édifice; l’église romane
d’Auvergne a l’air d’une forteresse[43].
[43] L’art roman auvergnat, par Albert Bresson.
De là, son accord profond, une harmonie foncière avec nos Villes
fortifiées, les paysages où les parois des monts sont comme de noirs
remparts[44]. Nous n’étions pas grand clerc en archéologie. C’est
d’instinct que nous admirions,--bien avant de connaître les raisons, le
détail technique du roman auvergnat,--d’un regard épris de lignes
sobres, de plans solides, de robustes aspects montagnards; par la
contemplation limitée de nos horizons, la basilique rude, aux rares
ouvertures de meurtrières, offrait le rythme de ses formes pleines,
trapues, mais clairement, simplement, logiquement réparties. Ici, la foi
n’est point dépaysée à la surprise d’agréments décoratifs de cent
provenances étrangères. La variété de l’ornementation par les
incrustations coloriées est tirée du volcan même. Cette polychromie de
marqueterie jaune, noire, rouge, blanche, des couleurs familières des
laves de la région, réjouit la vue de ses incrustations géométriques
sans distraire l’attention par des curiosités dispersées:
[44] La construction de l’École d’Auvergne peut se résumer en douze
éléments précis et déterminés qui caractérisent son architecture; en
croix latine avec trois nefs--nef centrale voûtée en berceau,
épaulée par des nefs latérales avec voûte d’arête--piliers carrés
cantonnés sur les quatre faces de colonnes engagées--voûte médiane
avec ou sans arcs doubleaux--croisée du transept voûtée en coupole
surmontée d’une tour--lanterne centrale octogonale--nef centrale
éclairée par les baies des bas côtés, fenêtres amorties en plein
cintre avec large évasement intérieur, presque toujours à l’aplomb
du mur extérieur--archivoltes intérieures inscrivant les baies des
absides et du chœur et reposant sur le chapiteau de colonnettes
dégagées--abside en hémicycle voûtée en cul-de-four, flanquée
d’absidiales voûtées de même--arcature courant au-dessus des
baies et autour du chevet toujours circulaire--chœur à
déambulatoire--crypte dans le chœur (Idem).
«Tous les grands divertissements sont dangereux pour la vie chrétienne»,
pensait Pascal.
Il dénonçait surtout la comédie. Tant d’incomparables cathédrales dans
leurs décors merveilleux n’offrent-elles pas de représentations d’une
pompe où l’humilité chrétienne se sent mal à l’aise? J’imagine que le
recueillement et la prière doivent trouver leur densité la plus
émouvante dans l’âpre refuge de la crypte romane, dans le caveau
souterrain aux voûtes libres que n’éclaire et ne chauffe guère que le
buisson des cierges, et où ne descendent pas les voix des orgues et des
cantiques.
Si les moines de l’École auvergnate ont su utiliser les matériaux de la
contrée, et en tirer les éléments d’une ornementation personnelle à
quoi, plus qu’à toute autre, devaient être sensibles des populations
pratiques, qui entendent la raison plus que la fantaisie, ces étonnants
bâtisseurs n’ont pas innové en fait de sculptures. (D’ailleurs, la
taille du basalte offre d’insurmontables difficultés.) Ils ont emprunté
leurs motifs à la convention, sans un regard sur la nature. On remarque
qu’en dehors de la feuille d’acanthe ou de la pomme de pin, le règne
végétal n’a guère été exploité; généralement, l’exécution des chapiteaux
est lourde, médiocre. Cependant, on ne saurait juger indifférente la
naïveté du «rendu» des monstres, des masques étranges, des compositions
obscènes--de réminiscence orientale.
Mais il est une catégorie de sculpture éminemment auvergnate; ce sont
les chapiteaux historiés, donnant une suite, par exemple, à
Notre-Dame-du-Port, l’histoire d’Adam et d’Ève. Il est des centaines de
ces chapiteaux historiés en Auvergne, qui, par leur beauté, inscrivent
l’art dans le roman auvergnat. On a, dans quelques cas, tenté de
déchiffrer le symbolisme supposé de certaines scènes ou de certains
personnages--sans parvenir à des solutions satisfaisantes. Il est moins
hasardeux de s’en tenir à la pensée visible des artisans.
Pour tout le détail, je ne puis que renvoyer aux pages si documentées de
M. Albert Bresson. Il vous dira les modillons, les corniches, les
frises, et tous les accessoires de l’architecture religieuse, la croix
sur la place du village, les croix professionnelles, les crosses, les
calices, les colombes eucharistiques, les grilles de fer forgé, les
autels portatifs, les châsses, les reliquaires, les meubles.
Pour nous, nous étions plus sensibles, à l’aspect de ces pierres
disciplinées qu’il avait fallu tout l’effort d’un peuple pour hisser à
la place indiquée, les uns fournissant l’argent, et, les pauvres--ces
corvées épiques,--qu’au travail individuel et délicat des métaux
précieux. Certes, à Conques, nous savions, une à une, toutes les
merveilles des vitrines et des armoires: de la statue d’or de sainte Foy
à l’A de Charlemagne, quel éblouissement! Mais ce n’est là que de
délicieux amusements de l’esprit, du regard, du toucher. L’extase
indicible est dans le monument paisible et formidable, qui impose sa
puissante sérénité à ces farouches régions de ravins, de bois, de monts;
à travers le chaos figé des vagues volcaniques, nos églises de roman
auvergnat sont ancrées comme de vigoureux vaisseaux, que ne pouvait
démâter la tempête. En vérité, l’Auvergne avait réalisé son type
définitif. Elle n’en voulait plus essayer d’autre. Elle lui demeurait
fidèle, alors que partout on le délaissait. Elle résistait, à l’invasion
victorieuse partout ailleurs, du gothique, dont il ne faut pas chercher,
dans nos montagnes, des exemplaires brillants. A peu près toutes nos
églises sont romanes, l’archéologue pourrait redouter la monotonie. Non,
le roman auvergnat ne se répète pas pauvrement de proche en proche; il a
sa souplesse et sa diversité; mais, à travers toutes les
différenciations, il garde ses caractéristiques de force et de
simplicité. Il n’est pas d’autres écoles avec une pareille énergie de
concentration, qui assure à nos montagnes une incomparable unité d’art
et de paysage, une aussi pathétique harmonie des créations de l’homme,
du sol tragique et de l’âpre ciel arverne.
Cette communion intense du monument et de l’ambiance, nous la sentions
dans nos villages les plus reculés; le retour à nos plus humbles églises
de tous les jours ne nous attristait pas du regret des splendeurs un
moment apparues. La plus pauvre chapelle peut nous retenir et nous
émouvoir, quand elle garde du caractère, qui sauve de la laideur et de
la prétention. Quelle franchise, quel aveu de misère saine et vaillante
dans «ces clochers à peigne» où les cloches se balancent ou reposent à
l’air, à toutes les températures. Il est vrai qu’il ne fait pas plus
chaud à l’intérieur, où l’eau gèle dans le bénitier...