_Une alarme: combats. Entre le vieux_ TALBOT _blessé, conduit par des
soldats français_.
TALBOT.--Où est ma seconde vie?--C'est fait de la mienne.--Oh! où est le
jeune Talbot? où est le vaillant Jean? O mort glorieuse ternie par la
captivité, la valeur du jeune Talbot fait que je te reçois en souriant.
Lorsqu'il m'a vu chanceler et tomber sur mes genoux, il a brandi
au-dessus de ma tête son épée sanglante, et comme un lion affamé, il a
commencé avec furie les plus terribles exploits. Mais lorsque mon
défenseur courroucé s'est vu seul, ne protégeant plus que ma vie
expirante, et sans ennemis qui le vinssent assaillir, alors les yeux
étincelants, le coeur saisi de rage, il s'est élancé soudain de mes
côtés dans le plus épais des bataillons français, et dans cette mer de
sang mon enfant a éteint sa vie et son âme sublime, et là est mort dans
son noble orgueil mon Icare, ma fleur.
(On apporte Jean Talbot mort.)
UN DES SERVITEURS DE TALBOT.--O mon cher maître! voyez: c'est votre fils
qu'ils portent.
TALBOT.--O mort hideuse, qui te fais un jeu de nous insulter ici,
bientôt affranchis de ton insolente tyrannie, et unis par les liens de
l'immortalité, les deux Talbot voleront ensemble au travers des cieux
légers, et en dépit de toi échapperont au néant de l'oubli.--(_A son
fils_.)--O toi dont les blessures annoncent une mort si dure, parle à
ton père avant de rendre ton dernier soupir! brave encore la mort en
parlant, qu'elle veuille ou ne veuille pas t'écouter; traite-la comme un
Français, comme ton ennemi.--Pauvre enfant! il me semble qu'il sourit,
comme s'il voulait dire: «Si la mort avait été un Français, la mort
serait morte aujourd'hui!» Approchez, approchez, et mettez-le dans les
bras de son père. Mon âme ne peut plus supporter tant de douleurs.
Soldats! adieu: j'ai ce que je voulais avoir, et mes vieux bras sont le
tombeau du jeune Jean Talbot!
(Il meurt.)