I
Afin de garder de tout ceci une image plus vive et un souvenir plus
précis, embrassons d'un dernier coup d'oeil le chemin parcouru. Nous
avons écarté, pour les motifs que nous avons dits, les solutions
religieuses et l'anéantissement total. L'anéantissement est
matériellement impossible; les solutions religieuses occupent une
citadelle sans portes ni fenêtres où la raison humaine ne pénètre point.
Vient ensuite l'hypothèse de la survivance de notre moi, délivré de son
corps, mais gardant pleine et intacte conscience de son identité. Nous
avons vu que cette hypothèse, en ses strictes limites, n'est que fort
peu probable et médiocrement désirable, bien que, par l'abandon du
corps, source de tous nos maux, elle semble moins redoutable que notre
existence actuelle. D'autre part, dès qu'on essaye de l'étendre ou de
l'élever, afin qu'elle paraisse moins barbare ou moins naïve, on rejoint
l'hypothèse de la conscience universelle ou de la conscience modifiée,
qui, avec celle de la survivance sans aucune espèce de conscience, ferme
le champ à toutes les suppositions et épuise ce que l'imagination peut
prévoir.
La survivance sans aucune espèce de conscience équivaudrait pour nous à
l'anéantissement pur et simple et, par conséquent, ne serait pas plus
redoutable que celui-ci, c'est-à-dire qu'un sommeil sans rêve et sans
réveil. L'hypothèse est, sans contredit, plus acceptable que celle de
l'anéantissement, mais préjuge de façon très téméraire les questions de
la conscience universelle et de la conscience modifiée.