CONCLUSIONS

I

Afin de garder de tout ceci une image plus vive et un souvenir plus

précis, embrassons d'un dernier coup d'oeil le chemin parcouru. Nous

avons écarté, pour les motifs que nous avons dits, les solutions

religieuses et l'anéantissement total. L'anéantissement est

matériellement impossible; les solutions religieuses occupent une

citadelle sans portes ni fenêtres où la raison humaine ne pénètre point.

Vient ensuite l'hypothèse de la survivance de notre moi, délivré de son

corps, mais gardant pleine et intacte conscience de son identité. Nous

avons vu que cette hypothèse, en ses strictes limites, n'est que fort

peu probable et médiocrement désirable, bien que, par l'abandon du

corps, source de tous nos maux, elle semble moins redoutable que notre

existence actuelle. D'autre part, dès qu'on essaye de l'étendre ou de

l'élever, afin qu'elle paraisse moins barbare ou moins naïve, on rejoint

l'hypothèse de la conscience universelle ou de la conscience modifiée,

qui, avec celle de la survivance sans aucune espèce de conscience, ferme

le champ à toutes les suppositions et épuise ce que l'imagination peut

prévoir.

La survivance sans aucune espèce de conscience équivaudrait pour nous à

l'anéantissement pur et simple et, par conséquent, ne serait pas plus

redoutable que celui-ci, c'est-à-dire qu'un sommeil sans rêve et sans

réveil. L'hypothèse est, sans contredit, plus acceptable que celle de

l'anéantissement, mais préjuge de façon très téméraire les questions de

la conscience universelle et de la conscience modifiée.

La Mort · 第 74 / 78 题