A la réflexion, cette maison si austère, au bout de la montée du
Yochivara, m'intriguant davantage, je m'en suis d'abord ouvert à 233,
qui est un observateur subtil:
--Peuh! m'a-t-il répondu, une boîte comme les autres!... Seulement c'est
des bonnes femmes qui fait sa duchesse et sa marquise; ça ne reçoit pas
le pauv' matelot.
Cette première appréciation ne m'ayant pas suffi, j'ai eu recours aux
lumières de M. Marouyama, notre interprète officiel, un jeune Japonais
aussi érudit que mondain, et très au courant des choses galantes.
--Monsieur, m'a-t-il dit, c'est en effet une maison habitée par des
dames, et où les messieurs sont admis à venir chercher le soir quelques
distractions payantes. Mais toutes les pensionnaires sont des jeunes
personnes d'excellente famille et principalement de race noble, que des
revers momentanés ont contraintes à se faire une position; aussi leurs
salons demeurent-ils très fermés, et nos regrettables préjugés nationaux
s'opposent à ce que les étrangers y soient reçus.
De l'aveu même de M. Marouyama, ces jeunes personnes sont plutôt moins
jolies que les autres et encore plus dépourvues d'yeux, mais si
distinguées! Lettrées pour la plupart et même poétesses, sachant
apporter dans la conversation, dans le flirt, le badinage, et en général
dans tout ce qui concerne leur partie, un ton, une allure absolument
hors de pair.