J'ai revu aujourd'hui ce jardinet de madame Renoncule, ma belle-mère,
dont le seul aspect suffisait jadis à me donner le spleen.
Et je l'ai revu tout pareil, aussi maladif, dans sa pénombre, entre ses
vieux murs. Ses arbres nains, qui paraissaient déjà centenaires, n'ont
ni changé, ni grandi d'une ligne. Tel bouquet de petits cèdres avortons,
que je me rappelle si bien, de petits cèdres qui n'ont pas deux pieds de
haut, se mire toujours dans le lac en miniature, dont la surface est
ternie de poussière. La même teinte, verdâtre et comme moisie, est
restée aux rocailles nostalgiques, dans les recoins sans soleil....
Il y a toujours un étonnement à retrouver, dans des pays très éloignés,
et après de longues années qui ont été remplies pour vous d'agitations
et de courses par le monde, à retrouver de pauvres petites choses
demeurées immuables, d'infimes petites plantes qui continuent de végéter
aux mêmes places.