[24] Les comités, quels que soient leurs noms: clubs, syndicats, etc.,
constituent peut-être le plus redoutable danger de la puissance des
foules. Ils représentent, en effet, la forme la plus impersonnelle, et,
par conséquent, la plus oppressive de la tyrannie. Les meneurs qui
dirigent les comités étant censés parler et agir au nom d'une
collectivité sont dégagés de toute responsabilité et peuvent tout se
permettre. Le tyran le plus farouche n'eût jamais osé rêver les
proscriptions ordonnées par les comités révolutionnaires. Ils avaient,
dit Barras, décimé et mis en coupe réglée la Convention. Robespierre fut
maître absolu tant qu'il put parler en leur nom. Le jour où l'effroyable
dictateur se sépara d'eux pour des questions d'amour-propre, il fut
perdu. Le règne des foules, c'est le règne des comités, c'est-à-dire des
meneurs. On ne saurait rêver de despotisme plus dur.