NOTES:

[12] Dans _Les Lois psychologiques de l'évolution des peuples_, j'ai

longuement insisté sur la différence qui sépare l'idéal démocratique

latin de l'idéal démocratique anglo-saxon. D'une façon indépendante et à

la suite de ses voyages, M. Paul Bourget est arrivé, dans son livre tout

récent, _Outre-Mer_, à des conclusions à peu près identiques aux

miennes.

[13] Daniel Lesueur.

[14] L'opinion des foules était formée, dans ce cas, par ces

associations grossières de choses dissemblables dont j'ai précédemment

exposé le mécanisme. Notre garde nationale d'alors, étant composée de

pacifiques boutiquiers sans trace de discipline, et ne pouvant être

prise au sérieux, tout ce qui portait un nom analogue éveillait les

mêmes images, et était considéré par conséquent comme aussi inoffensif.

L'erreur des foules était partagée alors, ainsi que cela arrive si

souvent pour les opinions générales, par leurs meneurs. Dans un discours

prononcé le 31 décembre 1867 à la Chambre des députés, et reproduit par

M. E. Ollivier dans un livre récent, un homme d'État qui a bien souvent

suivi l'opinion des foules, mais ne l'a jamais précédée, M. Thiers,

répétait que la Prusse, en dehors d'une armée active à peu près égale en

nombre à la nôtre, ne possédait qu'une garde nationale analogue à celle

que nous possédions et par conséquent sans importance; assertions aussi

exactes que les prévisions du même homme d'État sur le peu d'avenir des

chemins de fer.

[15] Mes premières observations sur l'art d'impressionner les foules et

sur les faibles ressources qu'offrent sur ce point les règles de la

logique remontent à l'époque du siège de Paris, le jour où je vis

conduire au Louvre, où siégeait alors le gouvernement, le maréchal V...

qu'une foule furieuse prétendait avoir surpris levant le plan des

fortifications pour le vendre aux Prussiens. Un membre du gouvernement,

G. P..., orateur fort célèbre, sortit pour haranguer la foule qui

réclamait l'exécution immédiate du prisonnier. Je m'attendais à ce que

l'orateur démontrât l'absurdité de l'accusation, en disant que le

maréchal accusé était précisément un des constructeurs de ces

fortifications dont le plan se vendait d'ailleurs chez tous les

libraires. À ma grande stupéfaction--j'étais fort jeune alors--le

discours fut tout autre. «Justice sera faite, cria l'orateur en

s'avançant vers le prisonnier, et une justice impitoyable. Laissez le

gouvernement de la défense nationale terminer votre enquête. Nous

allons, en attendant, enfermer l'accusé.» Calmée aussitôt par cette

satisfaction apparente, la foule s'écoula, et au bout d'un quart d'heure

le maréchal put regagner son domicile. Il eût été infailliblement

écharpé si l'orateur eût tenu à la foule en fureur les raisonnements

logiques que ma grande jeunesse me faisaient trouver très convaincants.

Psychologie des foules · 第 29 / 63 题