Le gouvernement des Bourbons avait M. de Marcellus le père à
récompenser; il fut heureux, à peu près à l'époque où il me recruta
moi-même pour sa diplomatie future, d'enrichir ses cadres d'un nom,
d'une jeunesse et d'un talent qui promettaient un ministre à sa cause.
M. de Marcellus fut attaché à l'ambassade de Constantinople sous M. le
duc de Rivière. Le duc de Rivière avait été un des serviteurs du long
exil des Bourbons, mais serviteur actif, dévoué, ayant joué sa vie
pour sa cause; l'ayant perdue dans l'affaire de Georges Cadoudal, et
ayant obtenu la vie du premier consul, à condition de ne plus
conspirer.
Le duc de Rivière était, comme M. de Polignac, un de ces monuments de
fidélité chevaleresque, que Louis XVIII et le comte d'Artois étaient
heureux de montrer à la jeunesse royaliste de 1825 dans les grandes
places, comme des preuves vivantes de la mémoire des princes
restaurés.
M. de Marcellus plut du premier coup à cet ambassadeur, obtint toute
sa confiance et toute son affection.
M. de Rivière autorisa son jeune secrétaire à passer par l'île de Milo
pour y négocier l'acquisition de ce beau morceau de marbre appelé
depuis la Vénus de Milo. À son retour, M. de Rivière la garda à son
compte et l'offrit au roi Louis XVIII à la fin de son ambassade.
On se récria sur sa perfection; elle règne sur nos musées
provisoirement, reine des marbres, jusqu'à ce qu'un nouveau Marcellus
la détrône par un autre hasard de découverte et de popularité; car
est-il probable que la statue de Scopas, ou d'un autre, ait été
reléguée dans l'antiquité païenne sur la petite île de l'archipel au
lieu de décorer Athènes, Corinthe, Olympie, Éphèse? La poussière de
ces capitales du culte et de l'art ne nous a pas tout dit.