Il était né dans le midi de la France, près de Bordeaux, patrie de
l'éloquence des Girondins, de la philosophie sceptique et spéculative
de Montaigne, de la science politique de Montesquieu, cet Aristote
moderne de la France.
Il passa sa première jeunesse au château de Marcellus, dirigé dans ses
études par son père, aussi classique que lui. Son mariage, sa
carrière, l'avaient éloigné de ce lieu; mais son coeur y était resté,
et il y retournait toujours avec bonheur. Le nom de Marcellus venait
d'un camp romain établi sur ce coteau. La terre avait été achetée
d'Henri IV lui-même, et sa famille y ajouta alors ce nom. Ce
Marcellus romain, au lieu de mourir comme Caton ou Brutus, ou de plier
de mauvaise grâce comme Cicéron, avait pris l'exil comme un
intermédiaire entre la persécution et l'abjection; il s'était retiré
volontairement dans l'île de Mitylène; il y vivait d'études
compatibles avec la tyrannie et avec la liberté; il avait conservé ses
amis à Rome, et entre autres Cicéron qui lui écrivait sans cesse d'y
rentrer afin d'avoir un complice de sa faiblesse. Mais Marcellus
persistait à penser que la meilleure place sous un tyran aimable et
doux était la plus éloignée; il vécut à distance et mourut en paix,
véritable homme d'honneur de la République.
Ce que la République était pour le général romain, la Restauration le
fut pour M. de Marcellus: un engagement auquel il ne voulut jamais
manquer, véritable homme d'honneur de la Restauration.