IX.

Ainsi dit, ainsi fait: il s'abîma dans ses études, je montai dans mon

navire.

Quinze ans se passèrent; le peuple, dégoûté d'intrigues, avait

renversé son idole. J'avais porté le poids d'un interrègne, j'avais

contribué à remettre la France debout, et la France sous le nom de

République; la République s'était hâtée d'être ingrate; elle avait

remis l'épée à un soldat. J'étais revenu, soulagé et non surpris, me

reposer quelques jours du fardeau d'une année et réparer mes forces

dans ma solitude; j'allai voir mon voisin, le solitaire d'Audour.

--Eh bien! quoi de nouveau? me dit-il.

--Rien de nouveau, lui criai-je en descendant de mon cheval; de

quelque nom qu'on l'appelle, monarchie ou république, le peuple est

toujours peuple, c'est-à-dire ignorant et mobile. À peine règne-t-il

qu'il est déjà las de son règne; il n'aura pas de repos qu'il n'ait

créé un nouveau règne.

L'opposition libérale a déjà démasqué le bonapartisme, cette

superstition du sabre. Je vois poindre une dynastie populaire

retrempée depuis trente ans dans les légendes de la guerre. Un

Bonaparte, nommé président de la République, couve un empereur.

Espérons qu'il aura plus de génie civil que son oncle n'avait eu de

génie militaire. S'il en est ainsi, ce sera une halte dans les

vicissitudes de l'Europe; je vais voyager de nouveau en Orient. La

République fait peur d'elle-même à la France; la _Montagne_ s'amuse à

jouer à la _Terreur_, la _Terreur_ est une machine usée qui irrite

tout le monde et qui n'intimide personne. Une république qui joue à la

peur entre un peuple effrayé et un chef ambitieux a bientôt perdu la

liberté. Détournons les yeux, nous n'avons pas pu leur inspirer la

prudence.

Laissons aller le monde à son courant de hasard! Adieu, nous nous

reverrons dans deux ans. Et je partis.

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 222 / 256 题