LXII.

Cet horizon est admirable encore aujourd'hui que toutes ces collines

sont nues, et réfléchissent, comme un bronze poli, les rayons

réverbérés du soleil de l'Attique. Mais quel horizon Platon devait

avoir de là sous les yeux, quand Athènes, vivante et vêtue de ses

mille temples inférieurs, bruissait à ses pieds comme une ruche trop

pleine; quand la grande muraille du Pirée traçait jusqu'à la mer une

avenue de pierre et de marbre pleine de mouvement, et où la population

d'Athènes passait et repassait sans cesse comme des flots; quand le

Pirée lui-même et le port de Phalère, et la mer d'Athènes, et le golfe

de Corinthe, étaient couverts de forêts de mâts ou de voiles

étincelantes; quand les flancs de toutes les montagnes, depuis les

montagnes qui cachent Marathon jusqu'à l'Acropolis de Corinthe,

amphithéâtre de quarante lieues de demi-cercle, étaient découpés de

forêts, de pâturages, d'oliviers et de vignes, et que les villages et

les villes décoraient de toutes parts cette splendide ceinture de

montagnes!

Je vois d'ici les mille chemins qui descendaient de ces montagnes,

tracés sur les flancs de l'Hymette, dans toutes les sinuosités des

gorges et des vallées, qui viennent toutes, comme des lits de

torrents, déboucher sur Athènes.

J'entends les rumeurs qui s'en élèvent, les coups de marteau des

tireurs de pierre dans les carrières de marbre du mont Pentélique, le

roulement des blocs qui tombent le long des pentes de ses précipices,

et toutes ces rumeurs qui remplissent de vie et de bruit les abords

d'une grande capitale.

Du côté de la ville, je vois monter par la voie Sacrée, taillée dans

le flanc même de l'Acropolis, la population religieuse d'Athènes, qui

vient implorer Minerve et faire fumer l'encens de toutes ces divinités

domestiques à la place même où je suis assis maintenant, et où je

respire la poussière seule de ces temples.

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 201 / 256 题