Cet horizon est admirable encore aujourd'hui que toutes ces collines
sont nues, et réfléchissent, comme un bronze poli, les rayons
réverbérés du soleil de l'Attique. Mais quel horizon Platon devait
avoir de là sous les yeux, quand Athènes, vivante et vêtue de ses
mille temples inférieurs, bruissait à ses pieds comme une ruche trop
pleine; quand la grande muraille du Pirée traçait jusqu'à la mer une
avenue de pierre et de marbre pleine de mouvement, et où la population
d'Athènes passait et repassait sans cesse comme des flots; quand le
Pirée lui-même et le port de Phalère, et la mer d'Athènes, et le golfe
de Corinthe, étaient couverts de forêts de mâts ou de voiles
étincelantes; quand les flancs de toutes les montagnes, depuis les
montagnes qui cachent Marathon jusqu'à l'Acropolis de Corinthe,
amphithéâtre de quarante lieues de demi-cercle, étaient découpés de
forêts, de pâturages, d'oliviers et de vignes, et que les villages et
les villes décoraient de toutes parts cette splendide ceinture de
montagnes!
Je vois d'ici les mille chemins qui descendaient de ces montagnes,
tracés sur les flancs de l'Hymette, dans toutes les sinuosités des
gorges et des vallées, qui viennent toutes, comme des lits de
torrents, déboucher sur Athènes.
J'entends les rumeurs qui s'en élèvent, les coups de marteau des
tireurs de pierre dans les carrières de marbre du mont Pentélique, le
roulement des blocs qui tombent le long des pentes de ses précipices,
et toutes ces rumeurs qui remplissent de vie et de bruit les abords
d'une grande capitale.
Du côté de la ville, je vois monter par la voie Sacrée, taillée dans
le flanc même de l'Acropolis, la population religieuse d'Athènes, qui
vient implorer Minerve et faire fumer l'encens de toutes ces divinités
domestiques à la place même où je suis assis maintenant, et où je
respire la poussière seule de ces temples.