De tous les livres à faire, le plus difficile, à mon avis, c'est une
traduction. Or, voyager, c'est traduire; c'est traduire à l'oeil, à la
pensée, à l'âme du lecteur, les lieux, les couleurs, les impressions,
les sentiments que la nature ou les monuments humains donnent au
voyageur. Il faut à la fois savoir regarder, sentir et exprimer: et
exprimer comment? non pas avec des lignes et des couleurs, comme le
peintre, chose facile et simple; non pas avec des sons, comme le
musicien; mais avec des mots, avec des idées qui ne renferment ni
sons, ni lignes, ni couleurs.
Ce sont les réflexions que je faisais, assis sur les marches du
Parthénon, ayant Athènes et le bois d'oliviers du Pirée et la mer
bleue d'Égée devant les yeux, et sur ma tête l'ombre majestueuse de la
frise du temple des temples. Je voulais emporter pour moi un souvenir
vivant, un souvenir écrit de ce moment de ma vie! Je sentais que ce
chaos de marbre si sublime, si pittoresque dans mon oeil,
s'évanouirait de ma mémoire, et je voulais pouvoir le retrouver dans
la vulgarité de ma vie future. Écrivons donc: ce ne sera pas le
Parthénon, mais ce sera du moins une ombre de cette grande ombre qui
plane aujourd'hui sur moi.