LX.

De tous les livres à faire, le plus difficile, à mon avis, c'est une

traduction. Or, voyager, c'est traduire; c'est traduire à l'oeil, à la

pensée, à l'âme du lecteur, les lieux, les couleurs, les impressions,

les sentiments que la nature ou les monuments humains donnent au

voyageur. Il faut à la fois savoir regarder, sentir et exprimer: et

exprimer comment? non pas avec des lignes et des couleurs, comme le

peintre, chose facile et simple; non pas avec des sons, comme le

musicien; mais avec des mots, avec des idées qui ne renferment ni

sons, ni lignes, ni couleurs.

Ce sont les réflexions que je faisais, assis sur les marches du

Parthénon, ayant Athènes et le bois d'oliviers du Pirée et la mer

bleue d'Égée devant les yeux, et sur ma tête l'ombre majestueuse de la

frise du temple des temples. Je voulais emporter pour moi un souvenir

vivant, un souvenir écrit de ce moment de ma vie! Je sentais que ce

chaos de marbre si sublime, si pittoresque dans mon oeil,

s'évanouirait de ma mémoire, et je voulais pouvoir le retrouver dans

la vulgarité de ma vie future. Écrivons donc: ce ne sera pas le

Parthénon, mais ce sera du moins une ombre de cette grande ombre qui

plane aujourd'hui sur moi.

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 199 / 256 题