«On peut dire de la sculpture grecque qu'elle domine et régit
l'architecture, comme elle est ailleurs dominée et régie par elle. Ici
l'architecture reçoit la loi du beau, comme la sculpture.
«C'est sans doute la raison pour laquelle Vitruve établit entre les
proportions du corps humain et les lois de l'architecture une
analogie, fausse peut-être au point de vue scientifique, réelle au
point de vue esthétique. Cette idée même de proportion qui éclate
comme la lumière dans toutes les oeuvres de l'art grec, et qui donne à
l'architecture un caractère de perfection inconnu auparavant, semble
suggérée à l'esprit par la contemplation du corps humain, ce
chef-d'oeuvre vivant de convenance et d'harmonie.
«C'est à la forme humaine que semble empruntée cette symétrie, qui
n'est pas la symétrie froide de notre architecture classique moderne;
c'est à la forme humaine sans doute, bien plutôt qu'à la nature
inanimée, que les architectes grecs ont dû la pensée de ces courbes
dont j'aurai plus tard à parler, et qui corrigeaient par je ne sais
quoi d'organique la sécheresse de la géométrie. Dans leur enthousiasme
pour la beauté de l'homme, après lui avoir autant que possible ravi
l'ondulation de ses lignes si harmonieusement balancées, ils ont été
jusqu'à revêtir de couleurs leurs édifices, afin de mieux imiter la
nature par une apparence de vie.
«En Grèce, les statues ne sont pas faites pour l'ornement des temples,
mais bien les temples pour le logement des statues.»