«Au moyen âge, sous l'influence d'idées bien différentes, la sculpture
se montre également dépendante de l'architecture; et, tandis que
celle-ci produit des chefs-d'oeuvre d'un genre nouveau, l'autre
s'arrête à un degré de développement très-inférieur.
«Ici l'on n'a plus affaire aux religions de la nature qui écrasaient
l'esprit sous leur morne tyrannie, comme les géants de la mythologie
étaient écrasés sous les montagnes accumulées par la divine colère.
Aussi l'élan est hardi et sublime.
«Les flèches des cathédrales déchirent les nuages et s'avancent dans
l'air au-devant du soleil. Mais tout monte vers le ciel, et, dans les
régions terrestres, il n'y a ni dilatation ni épanouissement; ce n'est
qu'une échappée dans l'altitude. Il n'y a là pour la sculpture qu'un
humble rôle de décoration. Le Dieu infini et invisible, qui remplit le
sanctuaire de sa présence, n'a pas besoin d'apparaître sous des traits
mortels. Quant aux anges et aux saints, leur corps n'est que le signe
extérieur d'une vie toute spirituelle. Autant que les idées
chrétiennes de pénitence et d'ascétisme, les formes élancées de
l'architecture du moyen âge commandaient aux figures qu'on y associait
l'allongement et la maigreur. La sculpture, enchaînée au pilier
gothique, ne prit un peu de vie pour rompre ses liens qu'après avoir
été visitée par un rayon venu de l'antiquité dans la nuit des
cloîtres et des cathédrales.