Voilà un beau livre en effet: un livre où la science et le poëte, le
technique et l'idéal, la plume et le ciseau, se tiennent, se
complètent, s'interprètent l'un l'autre dans cette langue du _beau_
qui est l'idiome connu de tous les arts de l'esprit; langue sacrée que
le génie parle en naissant, et que la vraie critique, à force d'étude,
comprend et fait comprendre au vulgaire.
L'Académie des inscriptions admet et honore dans son sein le savant
qui a restitué un texte dans un vieux livre ou qui a déchiffré, sur
des monuments inconnus, des caractères problématiques; que fera-t-elle
de l'homme qui a signalé au monde les caractères du beau suprême dans
les débris de Phidias, cet Homère du marbre, et recomposé sur les
murs du Parthénon tous ces Olympes de pierre, la plus merveilleuse
légende du paganisme? Le saint est l'idéal du christianisme, parce que
la sainteté est le beau dans l'âme! Le beau dans les formes était
l'idéal du paganisme, parce que le paganisme s'arrêtait aux surfaces
et ne voyait rien au-dessus de la beauté.
Voilà pourquoi Phidias ne sera jamais égalé; aussi tous les arts de la
main sont païens, et la sculpture a son idéal de pierre sur les
frontons du Parthénon. Phidias en est le révélateur, et notre poëte
Ronchaud en est le traducteur en langue vulgaire, mais en langue
idéale: il fallait un poëte pour traduire ainsi Phidias! L'amour du
beau pouvait seul révéler à un tel commentateur désintéressé la plus
noble des passions, la passion d'admirer, qui fait tout comprendre!