XVII.

Voilà un beau livre en effet: un livre où la science et le poëte, le

technique et l'idéal, la plume et le ciseau, se tiennent, se

complètent, s'interprètent l'un l'autre dans cette langue du _beau_

qui est l'idiome connu de tous les arts de l'esprit; langue sacrée que

le génie parle en naissant, et que la vraie critique, à force d'étude,

comprend et fait comprendre au vulgaire.

L'Académie des inscriptions admet et honore dans son sein le savant

qui a restitué un texte dans un vieux livre ou qui a déchiffré, sur

des monuments inconnus, des caractères problématiques; que fera-t-elle

de l'homme qui a signalé au monde les caractères du beau suprême dans

les débris de Phidias, cet Homère du marbre, et recomposé sur les

murs du Parthénon tous ces Olympes de pierre, la plus merveilleuse

légende du paganisme? Le saint est l'idéal du christianisme, parce que

la sainteté est le beau dans l'âme! Le beau dans les formes était

l'idéal du paganisme, parce que le paganisme s'arrêtait aux surfaces

et ne voyait rien au-dessus de la beauté.

Voilà pourquoi Phidias ne sera jamais égalé; aussi tous les arts de la

main sont païens, et la sculpture a son idéal de pierre sur les

frontons du Parthénon. Phidias en est le révélateur, et notre poëte

Ronchaud en est le traducteur en langue vulgaire, mais en langue

idéale: il fallait un poëte pour traduire ainsi Phidias! L'amour du

beau pouvait seul révéler à un tel commentateur désintéressé la plus

noble des passions, la passion d'admirer, qui fait tout comprendre!

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 156 / 256 题