Qu'ai-je dit, en effet, en commençant ce cours littéraire d'une
nouvelle espèce?
J'ai dit que tous les arts étaient littéraires, parce que l'objet de
tous les arts était d'exprimer des pensées ou de communiquer des
sensations.
J'ai prouvé ce caractère littéraire de la musique dans mes Entretiens
sur _Mozart_, et ce caractère littéraire de la peinture dans mes
Entretiens sur _Léopold Robert_. Nous allons aujourd'hui vous
entretenir de la sculpture, littérature éternelle, qui, au lieu
d'écrire des sons pour la voix humaine, ou au lieu d'écrire des
couleurs sur une toile pour l'oeil, ou au lieu d'écrire des lettres
sur un papier fragile pour la pensée, écrit en lettres de bronze ou de
marbre des formes pour le toucher.
La sculpture, en effet, est la littérature palpable, la littérature du
_toucher_.
Cette littérature palpable n'en produit pas moins des impressions, des
sensations et des pensées; elle est la plus naturelle, la plus simple
et la plus réelle des reproductions de la nature par la main de
l'homme, et par cela même il est vraisemblable qu'elle a été le
premier des arts inventés par l'espèce humaine. Regarder une figure
qui charme, prendre dans sa main une poignée d'argile humide, pétrir
cette argile sous ses doigts et chercher à lui donner les formes de la
figure que l'on admire, quoi de plus naturel d'instinct? quoi de plus
simple de procédé? C'est un jeu d'enfant; et, si un philosophe
recueilli a inventé l'écriture, si un oiseau inspiré a inventé la
musique, si un opticien coloriste a inventé la peinture, nous pensons
que la sculpture a été inventée par un enfant.