Les passants s'arrêtent pour saisir au vol quelques phrases tronquées
de ce dialogue entre ce jeune homme communicatif de l'enthousiasme
qu'il rapporte à la maison avec son livret sous le bras. Ils se disent
à eux-mêmes: Voilà quelqu'un qui n'a pas les mêmes objets que nous en
vue dans ses sorties à travers nos rues et nos places publiques; voilà
un étranger à nos intérêts d'ici-bas, voilà le feu sacré qui passe et
qui nous coudoie sans nous voir. D'où vient-il? où va-t-il? de quoi
brûle-t-il? Et ils le regardent longtemps filer dans la foule comme
les bergers de nos montagnes en ramenant leurs moutons bien comptés au
village, les soirs d'un mois d'été, regardent tout ébahis glisser une
étoile filante qui vient du ciel s'éteindre dans un étang, sans savoir
ce qu'elle a à faire dans la vallée et quel message elle apporte ou
elle remporte parmi eux.
Or, ce feu sacré cherche son élément: le beau.