XXII.

Tout est juste, selon moi, dans ce jugement de l'histoire sur le

droit, sur le fait, sur l'exécution de ce crime de la république.

L'esprit et le coeur, la logique et la nature y ont chacune leur

rétribution. Une seule phrase m'y blesse: c'est la dernière,

concession menteuse à cette école historique de la Révolution qui

attribue un bon effet à une détestable cause, et qui prétend que la

Terreur a sauvé la patrie. Je n'aurais pas dû admettre, même dans une

seule ligue, cette circonstance atténuante dans les moralistes

immoraux de la Révolution, qui l'ont érigée en préjugé pour glorifier

les bourreaux aux dépens des victimes. Cela est faux, de la fausseté

du crime qui ne sauve jamais rien et qui perd toujours tout, même

celui qui le commet, même la nation au profit de laquelle on le

commet. Louis XVI, épargné et respecté dans son inviolabilité de

vaincu, se serait élevé entre les nations étrangères et la France au

dehors, entre les victimes et les bourreaux au dedans, comme un

témoignage de la première des vertus humaines, l'humanité. L'Europe

aurait été désarmée du plus odieux grief qu'elle eût à reprocher à la

république; nul à l'intérieur n'aurait osé élever l'échafaud des

vaincus de la Révolution, sur ce sol où la nation aurait abattu

l'échafaud de Louis XVI. La tête du roi respectée aurait été

l'amnistie vivante de la royauté. La tête du roi jetée, comme on l'a

tant dit, en défi à l'Europe, ne fut qu'un gage de guerre à mort entre

les peuples et les partis. Cette tête auguste entraîna en tombant

jusqu'à celles de la reine, de la soeur du roi, des femmes, des

enfants, des vieillards. La Révolution fit horreur à elle-même, la

liberté mourut sur son propre échafaud.

Voilà ce qu'il fallait dire, au lieu de laisser par cette phrase

équivoque une pusillanime excuse de patriotisme aux hommes du 21

janvier. Périsse cette phrase! L'historien qui fournit une excuse au

crime et un faux-fuyant à la cruauté prépare à son insu des

indulgences futures aux imitateurs de ces crimes. Là où la conscience

crie, l'homme n'a pas le droit d'être muet. C'est une faute que je ne

me pardonne pas à moi-même. Honte sur moi pour cette complaisance! Je

voulus amnistier les apologistes de la Révolution, et je me suis

condamné moi-même. C'est la vengeance intime de Dieu; il l'exerce dans

la conscience. La conscience doit la crier tout haut: sa seule

justification, c'est sa douleur.

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 30 / 256 题