Tout est juste, selon moi, dans ce jugement de l'histoire sur le
droit, sur le fait, sur l'exécution de ce crime de la république.
L'esprit et le coeur, la logique et la nature y ont chacune leur
rétribution. Une seule phrase m'y blesse: c'est la dernière,
concession menteuse à cette école historique de la Révolution qui
attribue un bon effet à une détestable cause, et qui prétend que la
Terreur a sauvé la patrie. Je n'aurais pas dû admettre, même dans une
seule ligue, cette circonstance atténuante dans les moralistes
immoraux de la Révolution, qui l'ont érigée en préjugé pour glorifier
les bourreaux aux dépens des victimes. Cela est faux, de la fausseté
du crime qui ne sauve jamais rien et qui perd toujours tout, même
celui qui le commet, même la nation au profit de laquelle on le
commet. Louis XVI, épargné et respecté dans son inviolabilité de
vaincu, se serait élevé entre les nations étrangères et la France au
dehors, entre les victimes et les bourreaux au dedans, comme un
témoignage de la première des vertus humaines, l'humanité. L'Europe
aurait été désarmée du plus odieux grief qu'elle eût à reprocher à la
république; nul à l'intérieur n'aurait osé élever l'échafaud des
vaincus de la Révolution, sur ce sol où la nation aurait abattu
l'échafaud de Louis XVI. La tête du roi respectée aurait été
l'amnistie vivante de la royauté. La tête du roi jetée, comme on l'a
tant dit, en défi à l'Europe, ne fut qu'un gage de guerre à mort entre
les peuples et les partis. Cette tête auguste entraîna en tombant
jusqu'à celles de la reine, de la soeur du roi, des femmes, des
enfants, des vieillards. La Révolution fit horreur à elle-même, la
liberté mourut sur son propre échafaud.
Voilà ce qu'il fallait dire, au lieu de laisser par cette phrase
équivoque une pusillanime excuse de patriotisme aux hommes du 21
janvier. Périsse cette phrase! L'historien qui fournit une excuse au
crime et un faux-fuyant à la cruauté prépare à son insu des
indulgences futures aux imitateurs de ces crimes. Là où la conscience
crie, l'homme n'a pas le droit d'être muet. C'est une faute que je ne
me pardonne pas à moi-même. Honte sur moi pour cette complaisance! Je
voulus amnistier les apologistes de la Révolution, et je me suis
condamné moi-même. C'est la vengeance intime de Dieu; il l'exerce dans
la conscience. La conscience doit la crier tout haut: sa seule
justification, c'est sa douleur.