Je suis forte
Assez pour cheminer un _an_;
Mais que soye en _Hierusalem_,
Humblement me reposeray,
Le sainct temple visiteray,
S'il plaist à Dieu, tout à mon aise.
( _Hist. du Th. fr._, par les frères Parfaict, I, 102.)
Les noms propres latins _Arrianus_, _Cassianus_, _Spartianus_,
_Gratianus_, _Gordianus_, et autres terminés de même, se traduisaient
_Arrien_, _Cassien_, _Gratien_, etc., afin de les rapprocher, par cette
orthographe, le plus près possible de la forme latine; car, écrits
ainsi, ils se prononçaient _Arrian_, _Cassian_, _Gratian_.
Cette prononciation de _en_ nous était particulière; les autres peuples
le font sonner _ain_. En Angleterre, _Ruthwen_, _Owen_; en Italie,
_Marengo_; en Espagne, Notre-Dame del _Carmen_, _Baylen_, etc. Lorsque,
par suite des relations politiques, l'habitude étrangère eut corrompu la
nôtre, beaucoup d'écrivains, pour conserver l'ancienne prononciation,
voulurent écrire par un _a_ les finales en _en_. Mais les savants, chose
étrange, aimèrent mieux retenir l'ancienne orthographe, et y appliquer
la prononciation nouvelle; tant ils tiennent à la forme écrite! Ménage,
entre autres, décida qu'il ne fallait pas prononcer _Appian_, mais
_Appi-in_. Cette décision introduisait une inconséquence dans le
langage, puisque l'on continuait à dire _Caen_, _Rouen_, et _engager_;
elle choquait l'ancienne règle, le bon sens et l'étymologie: elle fut
adoptée sans difficulté, et s'est toujours maintenue depuis.
D'après la règle qui fait l'objet de ce chapitre, _rien_, _bien_,
_tiens_, etc., ont dû se prononcer _rian_, _bian_, _tians_; aussi les
poëtes comiques, lorsqu'ils font parler des paysans, Molière, Regnard,
Dufresny, Dancourt, n'y manquent-ils pas.--«Ça n'y fait _rian_,
Piarrot!--J'en avons vu _bian_ d'autres!» (_Le Festin de Pierre._)