Paris, 1er janvier 1788.
J'irai vous porter ce matin, mon cher Chamfort, les vœux d'un ami
fidèle, affectueux, dévoué, et qui n'aspire aux jouissances d'une
fortune indépendante que pour prouver à vous et à un très-petit nombre
d'autres mortels, que si jusqu'alors il ne jouissait pas assez du
charme de leur société, c'est qu'il ne jouissait pas de lui-même, et
que, pour disposer de son âme, de ses principes, de ses talens, il
s'était vu obligé d'immoler son temps et ses goûts personnels.
Je passerai donc chez vous, mon ami; mais comme vous pourriez être en
course pour les devoirs du jour, je vous prie, par ce billet, de me
prévenir si la lettre que vous destinez à la consolation de M. Cérutti
sera prête assez tôt pour pouvoir trouver place dans le numéro qui
paraîtra vendredi; il faudrait pour cela que je l'eusse mercredi soir
au plus tard. Ma question a pour motif, mon cher Chamfort, d'abord la
nécessité de pourvoir d'avance à nos mélanges, ensuite le désir de
faire ce que vous m'avez persuadé être équitable et décent, assez à
temps pour que la sensibilité de M. Cérutti en reçoive un
adoucissement, et non un double choc, ce qui arrive toujours dans les
querelles renouvelées.
Bon jour, mon très-bon ami, L. C. D. M.