La fête de l'Assomption, célébrée depuis le Ve siècle, prit une grande
solennité, à partir du jour où Louis XIII consacra par un voeu solennel
sa personne, son royaume et ses sujets, à la très Sainte Vierge en 1637.
La procession eut lieu pour la première fois le 15 août 1638 à l'issue
des vêpres dans toutes les églises de France. Le roi qui se trouvait ce
jour-là à Abbeville assista à cette procession à l'église des Minimes,
où il avait reçu le matin même la sainte Communion. Depuis cette époque
la _déclaration_ de Louis XIII fut plusieurs fois renouvelée par ses
successeurs et la procession, en dépit des impies, a continué de se
faire chaque année.
Le sépulcre où la Vierge ne passa que quelques instants, puisque son
corps ne connut jamais les corruptions du tombeau, était au bourg de
Gethsémani, en la vallée de Josaphat. Mais sous les empereurs Vespasien
et Tite, ce lieu fut tellement saccagé par les armées de ces princes qui
prirent Jérusalem, que les fidèles de cette époque ne purent retrouver
ensuite le sépulcre de Marie. C'est pourquoi saint Jérôme fait mention
des tombeaux des patriarches et des prophètes visités par sainte Paule
et sainte Eustochée, et ne parle nullement de celui de la Vierge. Il ne
fut découvert que longtemps après, mais, alors, il était si chargé de
ruines, qu'il fallait descendre soixante degrés pour y parvenir. Bède
écrit aussi que, de son temps, les pèlerins de Terre Sainte pouvaient
aller le voir entaillé dans le roc.
La mort de la Vierge Marie est la consommation de tous les mystères de
sa vie. C'est sa véritable Pâque, après avoir satisfait aux nécessités
de la nature humaine, par sa mort elle entre dans la vie glorieuse et
immortelle, devenant ainsi semblable à Jésus ressuscité.
L'auguste Marie, après l'Ascension de son Fils et la descente du Saint
Esprit, demeura encore 23 ans et quelques mois sur la terre,
c'est-à-dire jusqu'à la 72e année de son âge et la 57e année du Sauveur.
«On s'est demandé pourquoi Jésus-Christ qui avait tant de respect et
d'amour pour sa mère ne l'emmena pas avec lui, lorsqu'il monta au Ciel
et pourquoi il la laissa au milieu des calamités d'ici-bas.
«C'est que Marie avait une grande mission à remplir dans le monde. Elle
devait devenir pour l'Église naissante la mère qui élève, la maîtresse
qui instruit, le modèle qui forme et sert d'exemple, elle devait devenir
enfin la reine qui soutiendra l'Église contre les persécutions des Juifs
et des Gentils. C'est elle qui encouragera les Apôtres, découvrira aux
Evangélistes tous les détails de la vie cachée de son Fils, qui
fortifiera les premiers Martyrs, inspirera aux Vierges et aux Veuves
l'amour de la pureté. On ne saurait croire combien sa présence a aidé
les Evangélistes dans l'érection de ce merveilleux et éternel monument
qu'est le Christianisme.»
Quelques Pères de l'Église, par respect, n'ont donné au décès de Marie
que le nom de sommeil, tant sa mort fut douce, mais il est reconnu
qu'elle est morte suivant les conditions de la chair.
De même que Jésus donna l'exemple de la plus héroïque et généreuse des
morts violentes, Marie donna l'exemple de la plus sainte et la plus
douce des morts naturelles.
Les traditions rapportent que Notre-Seigneur lui envoya quelque temps
auparavant un des premiers anges de sa Cour pour lui annoncer que le
moment de sa récompense était proche. On croit que ce fut l'ange
Gabriel; celui qui lui avait déjà annoncé l'incarnation du Verbe divin
et à qui, selon saint Ildefonse «la charge de tout ce qui lui
appartenait avait été donnée». Comme depuis l'Ascension du Sauveur la
Vierge Marie soupirait après le bonheur de lui être réunie, on
comprendra avec quelle joie elle accueillit ce Messager du Ciel. Elle
était alors à Jérusalem dans la maison du Cénacle où tant de mystères de
notre religion se sont accomplis et qu'on a depuis érigée en église sous
le nom de Sainte Sion.
La Vierge y priait à son oratoire comme dans l'humble maison de Nazareth
et l'on croit que sa réponse fut la même qu'au jour de l'Annonciation.
«Voici la Servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole.»
Marie avertit ensuite saint Jean de ce qui arriverait bientôt et, cette
triste nouvelle s'étant répandue, les apôtres, les patriarches, les
saints, les disciples, les convertis au Christ vinrent en foule à
Jérusalem, pour voir une dernière fois la Mère de leur Dieu. Les fidèles
pieux étaient accourus portant des flambeaux allumés, des parfums de
grand prix et mêlèrent leurs larmes et leurs regrets à ceux de la troupe
apostolique. Marie les consola par un discours admirable, leur promit
son assistance et sa protection, les assurant que jamais elle
n'abandonnerait ceux qui, dans la sincérité de leur âme, se confieraient
à elle. C'était le testament de son âme. Pour ce qui était des choses de
la terre, s'en étant détachée depuis longtemps ou même ne les ayant
jamais possédées, elle léguait à deux saintes filles qui l'assistaient
les quelques vêtements qu'elle portait. Le jour annoncé arriva bientôt.
Marie n'était nullement malade et, quoi qu'elle eût 72 ans, son visage
ne portait aucun signe de vieillesse et avait conservé son ancienne
beauté; «on y voyait même un nouvel éclat qui prouvait bien que l'âme
qui y logeait se ressentait déjà de l'approche de l'Éternité». Il ne
faut donc point croire qu'elle fut alitée et qu'on l'entoura des soins
qu'on rend ordinairement aux malades.
Le moment de son passage étant arrivé, Jésus-Christ, son Fils Bien-Aimé,
selon les témoignages de saint Jean Damascène, de Métaplisaste et de
Nicéphore, descendit du Ciel sur terre avec sa Cour céleste pour
recevoir son Esprit bienheureux. La Sainte Vierge lui rendit alors la
plus parfaite adoration qu'il ait jamais reçue sur la terre. «Que votre
volonté soit faite, dit-elle, il y a longtemps, mon Fils et mon Dieu,
que je soupire après vous; mon bonheur est de vous suivre et d'être où
vous êtes, pour toute l'Éternité.»
Les anges entonnent alors un cantique céleste qui fut entendu de tous
les assistants quoique tous ne vissent pas Notre-Seigneur.
Durant cette mélodie divine, l'humble Marie s'incline modestement sur sa
couche, dans la position où elle voulait être ensevelie répétant ces
mots: «Qu'il me soit fait selon votre parole», auxquels elle ajouta,
ceux que son Fils avait prononcés sur la croix:
«Je remets, Seigneur, mon esprit entre vos mains.»
Ainsi, les mains jointes, les yeux élevés vers son Bien-Aimé, le visage
tout embrasé d'amour, elle lui remet son âme pour être transportée au
Paradis.
L'assemblée, qui avait assisté à la mort de la Sainte Vierge, gardait un
religieux silence. Le chagrin oppressait tous les coeurs, les larmes,
coulaient; après les premiers moments donnés à une légitime douleur, les
apôtres entonnèrent des hymnes et des cantiques en l'honneur de Dieu et
de sa divine Mère.
Des malades ayant obtenu la faveur de baiser les membres de Marie se
relevèrent guéris: des aveugles recouvraient la vue, des sourds, l'ouïe;
des muets, la parole; des boiteux, l'usage de leurs jambes.
Les apôtres et les saintes femmes s'occupèrent ensuite de la sépulture.
Les deux saintes filles, qui s'étaient attachées à Marie étant venues
pour embaumer le corps de leur reine, furent prises d'un grand
saisissement en voyant des rayons de flammes sortir de son coeur. Sa
couche était si lumineuse, qu'elles ne purent entrevoir son corps. Elles
coururent vers les apôtres pour leur dire ce qui se passait, ceux-ci
comprirent par là que ce corps sacré ne devait être ni découvert, ni
touché par personne; on l'enveloppa dans un linceul sans avoir ôté ses
vêtements et on l'emporta au bourg de Géthsémani, dans la vallée de
Josaphat.
Jamais pompes funèbres ne furent aussi saintes. Les apôtres portaient
eux-mêmes le cercueil. Les fidèles les accompagnaient en procession,
tenant des flambeaux à la main. Les Juifs, quoique très montés contre
les Chrétiens, ressentirent une telle impression de crainte et de
respect, qu'ils ne songèrent point à troubler cette cérémonie.
Les Saints Pères sont unanimes à reconnaître que les anges
accompagnaient de leurs harmonies célestes ce cortège sacré; une odeur
délicieuse embaumait les lieux par où il passait. Les malades rencontrés
sur la route furent guéris instantanément et plusieurs juifs se
convertirent en voyant tant de prodiges. Enfin, le corps de Marie, ce
trésor inestimable, fut déposé avec un profond respect dans le sépulcre
qui lui avait été préparé et on le recouvrit d'une grosse pierre afin
que celle, qui avait si bien imité les vertus de Jésus-Christ, lui
ressemblât encore dans l'humilité de sa sépulture. Après la cérémonie,
les fidèles retournèrent à Jérusalem, mais les apôtres, se relevant l'un
l'autre, ne quittèrent pas le chevet sacré de leur Reine, près duquel
les Anges veillaient aussi. Juvenal, patriarche de Jérusalem, nous
apprend en son discours à l'empereur Marcien et à l'impératrice
Pulchérie son épouse, qu'ils y demeurèrent encore trois jours. Au bout
de trois jours, saint Thomas, le seul des Apôtres, qui n'eût pas été
présent aux obsèques sacrées de la Vierge, arriva de l'Ethiopie, où son
zèle ardent pour la conversion des âmes l'avait conduit. Ayant appris ce
qui s'était passé, il désira encore une fois revoir le visage de son
auguste Reine. Les autres Apôtres trouvèrent fort à propos de lui donner
cette consolation ne doutant pas que ce retard ne fût mystérieux et
ménagé par Dieu pour quelque grand motif, encore inconnu. Ils
s'assemblèrent donc autour du sépulcre et, après quelques prières,
enlevèrent la pierre; mais leur étonnement fut grand: un parfum
incomparable s'échappait du tombeau vide, ne contenant plus que le
linceul et les vêtements de la Vierge. Ils virent bien que personne sur
la terre ne pouvait avoir enlevé ces pieux restes, la pierre n'avait pas
été touchée et eux-mêmes étaient restés là, veillant à sa garde. Marie
était ressuscitée, son âme avait repris sa dépouille mortelle pour
remonter aux Cieux. Ce tombeau était donc vide comme celui de
Notre-Seigneur, trois jours après sa mort, c'est pourquoi l'Église
célèbre la fête de l'Assomption qui signifie élévation en corps et en
âme de la Vierge au Ciel.