P. CORNEILLE (1665.)

La fête de l'Assomption, célébrée depuis le Ve siècle, prit une grande

solennité, à partir du jour où Louis XIII consacra par un voeu solennel

sa personne, son royaume et ses sujets, à la très Sainte Vierge en 1637.

La procession eut lieu pour la première fois le 15 août 1638 à l'issue

des vêpres dans toutes les églises de France. Le roi qui se trouvait ce

jour-là à Abbeville assista à cette procession à l'église des Minimes,

où il avait reçu le matin même la sainte Communion. Depuis cette époque

la _déclaration_ de Louis XIII fut plusieurs fois renouvelée par ses

successeurs et la procession, en dépit des impies, a continué de se

faire chaque année.

Le sépulcre où la Vierge ne passa que quelques instants, puisque son

corps ne connut jamais les corruptions du tombeau, était au bourg de

Gethsémani, en la vallée de Josaphat. Mais sous les empereurs Vespasien

et Tite, ce lieu fut tellement saccagé par les armées de ces princes qui

prirent Jérusalem, que les fidèles de cette époque ne purent retrouver

ensuite le sépulcre de Marie. C'est pourquoi saint Jérôme fait mention

des tombeaux des patriarches et des prophètes visités par sainte Paule

et sainte Eustochée, et ne parle nullement de celui de la Vierge. Il ne

fut découvert que longtemps après, mais, alors, il était si chargé de

ruines, qu'il fallait descendre soixante degrés pour y parvenir. Bède

écrit aussi que, de son temps, les pèlerins de Terre Sainte pouvaient

aller le voir entaillé dans le roc.

La mort de la Vierge Marie est la consommation de tous les mystères de

sa vie. C'est sa véritable Pâque, après avoir satisfait aux nécessités

de la nature humaine, par sa mort elle entre dans la vie glorieuse et

immortelle, devenant ainsi semblable à Jésus ressuscité.

L'auguste Marie, après l'Ascension de son Fils et la descente du Saint

Esprit, demeura encore 23 ans et quelques mois sur la terre,

c'est-à-dire jusqu'à la 72e année de son âge et la 57e année du Sauveur.

«On s'est demandé pourquoi Jésus-Christ qui avait tant de respect et

d'amour pour sa mère ne l'emmena pas avec lui, lorsqu'il monta au Ciel

et pourquoi il la laissa au milieu des calamités d'ici-bas.

«C'est que Marie avait une grande mission à remplir dans le monde. Elle

devait devenir pour l'Église naissante la mère qui élève, la maîtresse

qui instruit, le modèle qui forme et sert d'exemple, elle devait devenir

enfin la reine qui soutiendra l'Église contre les persécutions des Juifs

et des Gentils. C'est elle qui encouragera les Apôtres, découvrira aux

Evangélistes tous les détails de la vie cachée de son Fils, qui

fortifiera les premiers Martyrs, inspirera aux Vierges et aux Veuves

l'amour de la pureté. On ne saurait croire combien sa présence a aidé

les Evangélistes dans l'érection de ce merveilleux et éternel monument

qu'est le Christianisme.»

Quelques Pères de l'Église, par respect, n'ont donné au décès de Marie

que le nom de sommeil, tant sa mort fut douce, mais il est reconnu

qu'elle est morte suivant les conditions de la chair.

De même que Jésus donna l'exemple de la plus héroïque et généreuse des

morts violentes, Marie donna l'exemple de la plus sainte et la plus

douce des morts naturelles.

Les traditions rapportent que Notre-Seigneur lui envoya quelque temps

auparavant un des premiers anges de sa Cour pour lui annoncer que le

moment de sa récompense était proche. On croit que ce fut l'ange

Gabriel; celui qui lui avait déjà annoncé l'incarnation du Verbe divin

et à qui, selon saint Ildefonse «la charge de tout ce qui lui

appartenait avait été donnée». Comme depuis l'Ascension du Sauveur la

Vierge Marie soupirait après le bonheur de lui être réunie, on

comprendra avec quelle joie elle accueillit ce Messager du Ciel. Elle

était alors à Jérusalem dans la maison du Cénacle où tant de mystères de

notre religion se sont accomplis et qu'on a depuis érigée en église sous

le nom de Sainte Sion.

La Vierge y priait à son oratoire comme dans l'humble maison de Nazareth

et l'on croit que sa réponse fut la même qu'au jour de l'Annonciation.

«Voici la Servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole.»

Marie avertit ensuite saint Jean de ce qui arriverait bientôt et, cette

triste nouvelle s'étant répandue, les apôtres, les patriarches, les

saints, les disciples, les convertis au Christ vinrent en foule à

Jérusalem, pour voir une dernière fois la Mère de leur Dieu. Les fidèles

pieux étaient accourus portant des flambeaux allumés, des parfums de

grand prix et mêlèrent leurs larmes et leurs regrets à ceux de la troupe

apostolique. Marie les consola par un discours admirable, leur promit

son assistance et sa protection, les assurant que jamais elle

n'abandonnerait ceux qui, dans la sincérité de leur âme, se confieraient

à elle. C'était le testament de son âme. Pour ce qui était des choses de

la terre, s'en étant détachée depuis longtemps ou même ne les ayant

jamais possédées, elle léguait à deux saintes filles qui l'assistaient

les quelques vêtements qu'elle portait. Le jour annoncé arriva bientôt.

Marie n'était nullement malade et, quoi qu'elle eût 72 ans, son visage

ne portait aucun signe de vieillesse et avait conservé son ancienne

beauté; «on y voyait même un nouvel éclat qui prouvait bien que l'âme

qui y logeait se ressentait déjà de l'approche de l'Éternité». Il ne

faut donc point croire qu'elle fut alitée et qu'on l'entoura des soins

qu'on rend ordinairement aux malades.

Le moment de son passage étant arrivé, Jésus-Christ, son Fils Bien-Aimé,

selon les témoignages de saint Jean Damascène, de Métaplisaste et de

Nicéphore, descendit du Ciel sur terre avec sa Cour céleste pour

recevoir son Esprit bienheureux. La Sainte Vierge lui rendit alors la

plus parfaite adoration qu'il ait jamais reçue sur la terre. «Que votre

volonté soit faite, dit-elle, il y a longtemps, mon Fils et mon Dieu,

que je soupire après vous; mon bonheur est de vous suivre et d'être où

vous êtes, pour toute l'Éternité.»

Les anges entonnent alors un cantique céleste qui fut entendu de tous

les assistants quoique tous ne vissent pas Notre-Seigneur.

Durant cette mélodie divine, l'humble Marie s'incline modestement sur sa

couche, dans la position où elle voulait être ensevelie répétant ces

mots: «Qu'il me soit fait selon votre parole», auxquels elle ajouta,

ceux que son Fils avait prononcés sur la croix:

«Je remets, Seigneur, mon esprit entre vos mains.»

Ainsi, les mains jointes, les yeux élevés vers son Bien-Aimé, le visage

tout embrasé d'amour, elle lui remet son âme pour être transportée au

Paradis.

L'assemblée, qui avait assisté à la mort de la Sainte Vierge, gardait un

religieux silence. Le chagrin oppressait tous les coeurs, les larmes,

coulaient; après les premiers moments donnés à une légitime douleur, les

apôtres entonnèrent des hymnes et des cantiques en l'honneur de Dieu et

de sa divine Mère.

Des malades ayant obtenu la faveur de baiser les membres de Marie se

relevèrent guéris: des aveugles recouvraient la vue, des sourds, l'ouïe;

des muets, la parole; des boiteux, l'usage de leurs jambes.

Les apôtres et les saintes femmes s'occupèrent ensuite de la sépulture.

Les deux saintes filles, qui s'étaient attachées à Marie étant venues

pour embaumer le corps de leur reine, furent prises d'un grand

saisissement en voyant des rayons de flammes sortir de son coeur. Sa

couche était si lumineuse, qu'elles ne purent entrevoir son corps. Elles

coururent vers les apôtres pour leur dire ce qui se passait, ceux-ci

comprirent par là que ce corps sacré ne devait être ni découvert, ni

touché par personne; on l'enveloppa dans un linceul sans avoir ôté ses

vêtements et on l'emporta au bourg de Géthsémani, dans la vallée de

Josaphat.

Jamais pompes funèbres ne furent aussi saintes. Les apôtres portaient

eux-mêmes le cercueil. Les fidèles les accompagnaient en procession,

tenant des flambeaux à la main. Les Juifs, quoique très montés contre

les Chrétiens, ressentirent une telle impression de crainte et de

respect, qu'ils ne songèrent point à troubler cette cérémonie.

Les Saints Pères sont unanimes à reconnaître que les anges

accompagnaient de leurs harmonies célestes ce cortège sacré; une odeur

délicieuse embaumait les lieux par où il passait. Les malades rencontrés

sur la route furent guéris instantanément et plusieurs juifs se

convertirent en voyant tant de prodiges. Enfin, le corps de Marie, ce

trésor inestimable, fut déposé avec un profond respect dans le sépulcre

qui lui avait été préparé et on le recouvrit d'une grosse pierre afin

que celle, qui avait si bien imité les vertus de Jésus-Christ, lui

ressemblât encore dans l'humilité de sa sépulture. Après la cérémonie,

les fidèles retournèrent à Jérusalem, mais les apôtres, se relevant l'un

l'autre, ne quittèrent pas le chevet sacré de leur Reine, près duquel

les Anges veillaient aussi. Juvenal, patriarche de Jérusalem, nous

apprend en son discours à l'empereur Marcien et à l'impératrice

Pulchérie son épouse, qu'ils y demeurèrent encore trois jours. Au bout

de trois jours, saint Thomas, le seul des Apôtres, qui n'eût pas été

présent aux obsèques sacrées de la Vierge, arriva de l'Ethiopie, où son

zèle ardent pour la conversion des âmes l'avait conduit. Ayant appris ce

qui s'était passé, il désira encore une fois revoir le visage de son

auguste Reine. Les autres Apôtres trouvèrent fort à propos de lui donner

cette consolation ne doutant pas que ce retard ne fût mystérieux et

ménagé par Dieu pour quelque grand motif, encore inconnu. Ils

s'assemblèrent donc autour du sépulcre et, après quelques prières,

enlevèrent la pierre; mais leur étonnement fut grand: un parfum

incomparable s'échappait du tombeau vide, ne contenant plus que le

linceul et les vêtements de la Vierge. Ils virent bien que personne sur

la terre ne pouvait avoir enlevé ces pieux restes, la pierre n'avait pas

été touchée et eux-mêmes étaient restés là, veillant à sa garde. Marie

était ressuscitée, son âme avait repris sa dépouille mortelle pour

remonter aux Cieux. Ce tombeau était donc vide comme celui de

Notre-Seigneur, trois jours après sa mort, c'est pourquoi l'Église

célèbre la fête de l'Assomption qui signifie élévation en corps et en

âme de la Vierge au Ciel.

Le journal d'une pensionnaire en vacances · 第 64 / 68 题