Ces belles pompes religieuses du catholicisme observées par les uns,
honorées par les autres et toujours respectées, datent d'une très haute
antiquité. On peut les faire remonter à la cérémonie de la translation
de _l'Arche d'Alliance_, célébrée en grandes pompes parmi le peuple
d'Israël. La bible cite encore la procession de Josué autour des murs de
Jéricho et celle, pendant laquelle le roi David dansa devant l'Arche.
Ces solennités n'étaient que la figure des manifestations extérieures et
pieuses que nous appelons aujourd'hui: processions.
Nous ne parlerons pas ici des processions païennes des Grecs et des
Romains; en l'honneur des dieux de l'Olympe ils en faisaient de très
solennelles à diverses époques de l'année.
En France, les processions religieuses du Moyen-Age étaient plus
nombreuses que de nos jours, mais beaucoup, ayant alors dégénérées en
mascarades grotesques, l'Église dut en supprimer un grand nombre.
Elles sont encore fréquentes en Italie, en Espagne, en Portugal et en
Belgique.
On distingue les processions commémoratives, votives, de bénédictions,
d'intercessions, d'honneur, à stations, d'actions de grâce, de
pèlerinages, de translation et enfin de pénitence. À ce propos, on peut
rappeler le trait suivant. Un de nos rois, faisant un jour une
procession de ce genre à travers sa bonne ville de Paris, pieds nus et
les reins ceints d'une corde, rencontra le bourreau emmenant un pauvre
diable à Montfaucon. «Sire, s'écria le malheureux, ayez pitié de moi!
--Soit, dit le roi en s'arrêtant, il faut donner aux coupables le temps
de se repentir; bourreau, tu ne pendras cet homme, que lorsqu'il aura
dit, à haute voix, son acte de contrition.» Et le roi continua sa
marche.
Une demi-heure après, l'aide du bourreau accourait à toutes jambes.
«Sire, le condamné a déclaré qu'il ne dira jamais tout haut son acte de
contrition et comme on ne peut le pendre qu'après; le bourreau est fort
embarrassé. Que faire?»
Le roi réfléchit un instant, puis souriant répondit: «Un roi n'a que sa
parole, je fais grâce au condamné.»
La fête des Rogations vient du mot _rogare_, prier, elle fut instituée
en 474 par saint Mamert, évêque de Vienne, en Dauphiné, dans le but
d'attirer la protection de Dieu sur les biens de la terre; elle consiste
en processions autour des champs, pendant lesquelles le prêtre bénit la
terre, en appelant sur elle les grâces du Ciel. On la célèbre pendant
les trois jours qui précèdent l'Ascension.
Ce fut le pape saint Grégoire le Grand qui institua la grande litanie ou
procession de saint Marc, l'an 590 lorsque la colère de Dieu se faisait
sentir dans Rome où la peste[9] jetait partout le deuil. Ce grand saint,
voulant apaiser le Seigneur, justement irrité, ordonna des processions
générales ou prières publiques, durant trois jours. C'est ce qu'on
appelle litanies septénaires, parce que le saint pape ayant rangé tous
les fidèles en sept choeurs différents, les fit partir en même temps de
sept églises, comme autant de processions. La confiance que ce grand
pape avait en la puissante protection de la sainte Vierge, et, en
l'intercession des saints ne fut pas vaine; le saint pasteur portait
l'image de la sainte Vierge, celle que l'on croit communément avoir été
peinte par saint Luc. Lorsqu'il fut près du môle d'Adrien, on vit un
Ange qui mettait l'épée dans le fourreau, et dès lors le fléau de Dieu
cessa; le château bâti à la place où se fit l'apparition a été nommé, en
mémoire de cet événement, le Château Saint-Ange. L'on croit que ces
processions ou litanies furent instituées le 25 avril, jour de la saint
Marc, c'est pourquoi l'Église en fait l'anniversaire tous les ans en ce
jour.
La fête de l'Assomption a été fondée en l'honneur de l'élévation de la
sainte Vierge au Ciel. On la célèbre le 15 août. Cette fête existait dès
le Ve siècle mais le voeu de Louis XIII ajouta beaucoup en France à sa
solennité.
Autrefois, la Fête-Dieu, cette belle fête de l'institution de
l'Eucharistie, longtemps continuée sous le nom de Pâques, en mémoire du
grand Sacrifice de la Croix, comprenait les trois mystères de
l'Eucharistie, de la Passion et de la Résurrection; le Jeudi Saint lui
demeura consacré.
Ecoutons ce que dit le P. Eymard à ce sujet: «Les autres fêtes célèbrent
un mystère de la vie de Notre-Seigneur, elles honorent Dieu, elles sont
belles et fécondes en grâces pour nous. Mais enfin, elles ne sont qu'un
souvenir, qu'un anniversaire d'un passé déjà lointain, qui ne revit que
dans notre piété. Ici c'est un mystère actuel: la fête s'adresse à la
personne vivante et présente parmi nous de Notre-Seigneur. On n'y expose
pas des reliques ou des emblèmes du passé, mais, l'objet même de la fête
qui est vivant. Aussi, dans le pays où Dieu est libre, voyez comme tout
le monde proclame sa présence, comme on se prosterne devant lui. Les
impies même tremblent et s'inclinent: Dieu est là.»