Je viens de passer une semaine bien agréable à la maison. Notre
excellente supérieure, à la demande de maman venue me chercher, m'a
octroyé la permission d'assister à la première communion de mon jeune
frère. Le temps a favorisé ces grandes solennités, et demain, sous
l'égide d'une bonne religieuse, je retournerai à mon cher couvent.
J'ai donc assisté à la première communion et à la confirmation du
collège Saint-Sauveur, et le dimanche suivant à la paroisse, aux
hommages rendus à Jeanne d'Arc.
La première communion, c'est la fête par excellence de l'enfance. Comme
elle émeut délicieusement les âmes. Elle apporte comme un parfum de
pureté et d'innocence charmant tous les âges, l'âge mûr et même la
vieillesse. Chers enfants, on aime à vous contempler, votre lèvre est
souriante, votre regard radieux. Le bonheur s'épanouit sur tous ces
frais visages, que les soucis de l'existence, le poids des années n'ont
point encore flétris.
La parole du Seigneur leur appartient aussi:
«Laissez venir à moi les petits enfants»; et plus tard, à toutes les
étapes de la vie, la vision de ce beau jour évoque les plus suaves
pensées. On se rappelle cette félicité sans mélange, à laquelle ne
s'ajouta jamais l'arrière-goût d'amertume qui se retrouve au fond de
toutes les joies humaines. Ce souvenir est plus doux qu'aucun autre.
Les pompes religieuses du collège Saint-Sauveur sont particulièrement
belles et recueillies. La procession de la première communion, qui est
en même temps celle du Très Saint-Sacrement, puisqu'elle a toujours lieu
le jeudi de la Fête-Dieu, se déroule le soir, à la lueur des étoiles et
à la lumière des cordons de feux, étincelant de tous les côtés. La
procession serpentant sous les grands cloîtres, souvenir d'un passé
lointain, a quelque chose de particulièrement imposant et grandiose.
Chaque année, sans se répéter jamais, maîtres et élèves savent varier
les décors et leur donner un nouvel attrait. Une magnifique mosaïque,
tapis de fleurs et de flammes, revêtait cette fois la cour d'honneur.
Les reposoirs étaient fort beaux, celui des grands surtout. C'était un
monument donnant l'illusion complète d'un vaste portique de cathédrale.
La rentrée solennelle de la procession est d'un effet saisissant. La
chapelle constellée de lumières ressemble à un firmament d'étoiles. Les
chants se mêlent à la voix majestueuse de l'orgue, et la dernière
bénédiction, descendant sur tous les fronts inclinés, retentit dans le
coeur comme un écho tombé des Cieux.
Après la première communion au collège, nous avons eu la confirmation à
la paroisse. Monseigneur a dû être satisfait. Une grande partie de la
population s'était rendue à sa rencontre pour lui souhaiter la
bienvenue. La petite cité Redonnaise, cette fille de l'antique abbaye
fondée sur les bords de la Vilaine, par saint Conwoïon il y a mille ans,
cette petite ville, hameau d'abord, qui grandit sous l'égide protectrice
des moines et dont les développements suivirent ceux du monastère, avait
bien fait les choses.
L'église était décorée avec goût et élégance. Le groupement des
oriflammes militantes, le jeu des lumières réfléchies dans le cristal
des lustres, les fleurs et les verdures formaient un ensemble charmant.
Le soleil, un peu voilé le matin, s'est éclairci dans l'après-midi; et
la procession, cette longue file de robes blanches et de pantalons
noirs, avec ses oriflammes et ses bannières, s'est déroulée à travers
les rues, sous un ciel rayonnant.
Enfin, hier dimanche, M. le Curé nous avait convié à rendre nos hommages
à Jeanne d'Arc. L'église avait gardé ses belles décorations, faisceaux
de drapeaux, guirlandes de verdure, lustres éblouissants. Les chants et
l'excellente musique des Frères rehaussaient encore l'éclat de cette
fête.
Oui, la France a senti passer le souffle des grands, des sublimes
dévoûments, à l'évocation de cette jeune bergère, inspirée par Dieu.
Elle accomplit, l'humble fille des champs, des prodiges qui étonnèrent
ses contemporains et qui nous étonnent encore.
Oui, la vraie France de Clotilde et de Clovis, de Geneviève et de
Charlemagne, de Louis IX, de Blanche de Castille, la France, fille aînée
de l'Église, se lève pour acclamer l'héroïque libératrice du pays.
Autour de cette vaillante et chrétienne figure devraient se grouper tous
les Français. Les plis de son étendard victorieux ne devraient abriter
qu'un parti, celui de la Patrie. Les anti-patriotes qu'on nomme juifs et
francs-maçons ne l'entendent pas ainsi. Ils ne veulent pas s'incliner
devant cette gloire si pure!
Victor Hugo a dit: «Tout homme qui écrit un livre, ce livre c'est lui;
qu'il le sache ou non, qu'il le veuille ou non, cela est. De toute oeuvre
quelle qu'elle soit, chétive ou illustre se détache une figure, celle de
l'écrivain. C'est sa punition s'il est petit, c'est sa récompense s'il
est grand.» L'homme est comme l'écrivain, il écrit sa propre histoire
par la voie qu'il suit et par la vie qu'il mène. Ah! se sont-ils fait
assez chétifs, assez petits tous ces hommes qui nient les vertus et les
gloires de Jeanne d'Arc, uniquement parce qu'elle fut chrétienne, parce
qu'elle fut grande aussi, par sa foi et par sa fidélité à cette religion
du Christ, qui seule relève et ennoblit l'humanité.
Jeanne, la France entière a gardé ta mémoire;
Dans la gloire, apparais sur un trône immortel.
Jeanne, nous t'acclamons, c'est un chant de victoire
Qui passe frémissant aux quatre coins du ciel!
Ton âme est avec nous, le sublime génie
Qui t'inspira nous reste, et ce précieux legs,
À travers le temps plane encor sur la Patrie,
Vierge de Domrémy, patronne des Français.
Puis après le triomphe et les apothéoses,
Où la gloire à ton front met l'auréole d'or,
L'Église t'a donné, sacrant toutes ces choses,
La palme de ses saints pour te grandir encore!