Tous les peuples, depuis l'antiquité la plus profonde, ont eu le culte
des morts.
Tous, il est vrai, ne l'ont pas pratiqué de même manière, car les rites
des funérailles sont divers, et empruntent leurs caractères particuliers
aux croyances religieuses du peuple qui les accomplit. Mais partout,
sous les formes différentes, se retrouvent toujours deux sentiments
dominateurs, le respect de la mort et la notion de l'immortalité de
l'âme.
Qu'il s'agisse du premier ou du dernier de la nation, du plus illustre
ou du plus humble, l'attitude de la foule reste semblable, parce que la
sensation est toujours la même, et se traduit par le recueillement
instinctif, le retour sur le passé, et l'appréhension de l'au-delà.
C'est, d'ailleurs, une recherche curieuse à faire que celle de la forme
des funérailles en général, et, en particulier, des funérailles
solennelles, aussi bien chez les peuples de l'antiquité, que dans le
monde moderne, avec les usages et les particularités symboliques qui les
accompagnent.
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Chez les Égyptiens, les corps étaient embaumés. L'embaumement était,
dans la vieille Égypte, un art merveilleux; les prêtres le pratiquaient
avec une si étonnante habileté que leurs «momies» ont traversé des
milliers d'années, et sont parvenues intactes jusqu'à nous. Tout le
monde n'avait pas droit à ce privilège de conservation. Il fallait être
un mort irréprochable pour entrer dans le laboratoire des prêtres et,
d'abord, sortir victorieux du préalable jugement hiératique. Tous
avaient le droit de déposer contre le mort, et celui-ci jugé criminel,
son corps nu était abandonné en pâture aux fauves, tandis qu'absous, il
avait droit aux solennelles funérailles.
Les Hébreux pratiquaient aussi l'embaumement; mais chez eux,--moins
habiles que les Égyptiens, qui avaient été leurs maîtres,--l'embaumement
était l'exception réservée aux seuls riches et puissants. Les corps des
citoyens pauvres ou de classes moyennes étaient mis en terre après avoir
été enveloppés d'une toile, qu'on appelait le «lin vif»
vraisemblablement un tissage d'amiante.
La cérémonie funèbre, précédant l'enterrement, consistait surtout en
chants mortuaires, hymnes et psaumes, dont s'accompagnaient les
lamentations des parents. L'usage de pleureurs et pleureuses payés, qui
d'ailleurs, s'est continué jusqu'à nous, au moins chez certains peuples
et dans certaines provinces, date des Hébreux, qui le transmirent aux
Romains.
Chez les Hébreux,--bien que très grand fût le respect des morts--ceux
qui avaient assisté à l'enterrement étaient considérés comme «impurs»,
et tenus, comme tels, de se purifier par des ablutions. Il ne faut pas,
d'ailleurs, voir dans ce rite, qui paraît singulier, une irrévérence
vis-à-vis de la mort, mais simplement une de ces nombreuses précautions
hygiéniques, très en usage dans le monde israélite, dont le culte à la
fois paternel et préservateur avait souci, non seulement du salut de
l'âme, mais aussi de la préservation sanitaire du corps.
En Perse, où la notion de l'immortalité de l'âme est dogmatique, le
corps était considéré comme une dépouille impure et méprisable; comme
elle ne devait pas souiller de son contact, un des «éléments» qui
étaient la base de la religion de Zoroastre,--l'eau, la terre, le feu,
et l'air,--elle n'était donc ni noyée, ni enterrée, ni brûlée, mais
abandonnée à la voracité des animaux sauvages, qui se chargeaient de la
faire disparaître.
Aujourd'hui encore les prières des prêtres ayant ouvert, à l'âme, les
portes dorées du Paradis, le rite funèbre devient une réjouissance, et
les parents et amis célèbrent, par des repas, des chants et des danses,
la délivrance de l'esprit, vainqueur de la matière.
En Grèce, le culte des morts et la cérémonie des funérailles prenaient
une grâce singulière. Chez ce peuple élégant, la poésie dominait le rite
et s'en emparait. Avant même que la mort eut donné la froide rigidité au
cadavre, déjà les femmes lavaient le défunt, l'oignaient d'huile
parfumée, le couronnaient de fleurs, le revêtaient de la robe de lin
blanc, et l'exposaient sur le lit funèbre, paré de branches de
laurier-thym, de laurier-rose et de myrte. La famille en pleurs veillait
auprès du défunt, que les amis venaient visiter, jusqu'au moment où,
enlevé par des porteurs, il était conduit au bûcher, s'il était brûlé,
au champ de repos, s'il était enterré.
S'il y avait incinération, les cendres étaient recueillies dans une
urne, que conservait précieusement la famille;--si on confiait la
dépouille à la terre, on la déposait dans une sorte de tombe, formée de
briques ou carreaux de terre cuite. On y plaçait des gâteaux de miel,
pour attendrir Cerbère, le chien à trois, têtes, gardien de l'enfer, et
le rendre favorable; dans la bouche du mort, on mettait une pièce
d'argent destinée à payer le passage du Styx, au batelier Caron, avare
et farouche, qui ne travaillait pas gratis, et laissait errer les
ombres, sur les bords du fleuve sacré si elles n'acquittaient pas le
péage.
Plus solennelles, plus compliquées encore, étaient les funérailles
romaines, avec leur cortège de musiciens, d'histrions, de bouffons,
ayant pour mission de distraire l'assemblée, de lui faire paraître le
temps moins long, et d'empêcher qu'elle ne s'ennuyât à suivre le convoi.
Les cérémonies duraient plusieurs jours, elles donnaient lieu à des
sacrifices, et aussi à des repas, voire à des jeux et à des combats de
gladiateurs. Là aussi, la mort était considérée comme une douleur pour
ceux qui restaient, mais comme une délivrance pour celui qui abandonnait
la vie.
Pour avoir une idée de ce que pouvait être la magnificence des grandes
funérailles romaines, il faut lire le récit de celles de César, elles se
prolongèrent pendant plus de dix jours!
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Dans l'ancienne Gaule, les funérailles des chefs, sans avoir une pompe
égale à celles des imperators romains, présentaient aussi une grande
magnificence; la coutume était d'ensevelir le défunt, avec ses armes et
ses bijoux, dans un cercueil de pierre, ainsi que parfois nous le
révèlent les fouilles.
Le repas de famille et d'amis qui suivait les funérailles était alors
d'obligation et on vidait des coupes au «souvenir» et au «salut» du
défunt. Cette coutume existe encore, en France, dans les campagnes et
surtout dans le nord et l'ouest. Elle a, d'ailleurs, sa raison d'être,
puisque c'est un réconfort pour les amis, parents et voisins, venus de
loin, pour accompagner le défunt à sa demeure dernière.
À partir de Clovis, premier roi chrétien, les funérailles royales
devinrent conformes à la liturgie chrétienne, mais furent toujours
entourées d'un grand luxe et se ressentirent encore des coutumes de
l'antiquité.
Il y avait même un usage des plus singuliers qui s'est continué jusque
vers le douzième siècle, celui d'exposer, pendant quarante jours, dans
le palais, couchée sur un lit de parade, l'effigie en cire du roi
défunt, revêtue des habits royaux les plus riches, sceptre en main et
couronne en tête.
Pendant la période carlovingienne, les funérailles royales atteignirent
le maximum de leurs richesses; on cite, entre autres, celles de Lothaire
II, mort en 986. S'il faut en croire les chroniqueurs, elles coûtèrent
plusieurs millions: «On éleva au fils de Louis d'Outremer,--dit l'un
d'eux,--un lit magnifique, en or massif; son corps fut enveloppé d'un
vêtement de soie, recouvert d'une robe de pourpre, ornée de pierres
précieuses et brodée en or fin. Le lit, porté par les grands du royaume,
était précédé des évêques et du clergé, tenant les évangiles et la
croix. Au milieu d'eux, marchaient, poussant des gémissements, ceux qui
portaient la couronne royale, le glaive, le globe et le sceptre. Les
chevaliers suivaient chacun à leurs rangs, et le défilé dura plusieurs
heures.»
Les chroniques ont conservé et nous ont transmis le détail des
funérailles royales. Il en est, comme on le voit, dont le luxe fut
inouï, d'autres sont plus curieuses encore, par les combinaisons
symboliques dont elles furent le prétexte, par la complication des
cérémonies qui les accompagnèrent. Certaines eurent les allures d'un
véritable spectacle, témoin celles du roi Charles IX, qui coûtèrent un
million, dont moitié fut payée par le trésor royal, moitié par celui de
la ville de Paris.
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Les dernières funérailles officielles de grand apparat furent celles du
roi Louis XVIII, célébrées à Paris, ou mieux à Saint-Denis, le 23
septembre 1824.
Un cérémonial très compliqué, qui semble d'un autre âge, y fut réglé et
mis en oeuvre par le protocole de la maison royale; on vit les hérauts
d'armes, les grands officiers de la maison jeter dans le caveau, où
avait été descendu le cercueil, les insignes de leurs offices: épées,
gantelets, et aussi la main de justice, le sceptre, la couronne; le roi
d'armes prononça les traditionnelles paroles de succession: «Le roi est
mort. Vive le roi!»
Depuis, aucune occasion d'obsèques royales ne s'est présentée en France,
puisque les divers souverains qui se sont succédé aux Tuileries n'y
moururent pas, ni Charles X, ni Louis-Philippe, ni Napoléon III, morts
en exil.