PLEUREZ, hommes, affligez-vous, grands, le roi est réduit en
cendres, ce roi né de grands rois, le roi Guillaume très-vaillant
à la guerre, roi des Anglais, duc de Normandie, et seigneur du
pays du Maine.
Dans tons les pays qu’il a conquis, et où il s’est élevé au dessus
de tous, il a dû plus à sa valeur personnelle qu’à ses milliers
d’hommes et à ses chevaliers. Combien elles sont grandes la valeur
et la sagesse par lesquelles un seul homme gouvernait tant de
milliers d’hommes!
Roi Guillaume, noble et puissant, les faits prouvent combien tu es
digne de louanges! Il faut écrire pour apprendre à la postérité
quelle valeur te distinguait entre tous les autres. Mais quelle
plume ou quelle éloquence pourrait suffire à tant d’éclatans
exploits?
Il a montré dans la barbare Angleterre, au milieu de mille
admirables combats, ce qu’il était comme comte du Maine et comme
duc de Normandie. Ensuite de duc il s’est fait roi, très-digne de
porter le laurier romain.
Race des Anglais, vous avez tourmenté ce prince, qui se plaisait à
marcher dans le sentier de la vertu. Vous avez éprouvé par
vous-mêmes ce qu’il pouvait [p. 318] faire, lui qui avait coutume
de vaincre toujours par les armes. Ç’a a été pour vous un grand
désastre, mais par l’effet de votre parjure envers votre roi.
Après vous avoir réunis à son empire, il vous a traités selon la
justice du royaume. Il a triomphé des puissans de l’Angleterre, de
même que des orgueilleux Danois. C’est un grand honneur d’avoir eu
un tel seigneur; c’est une grande douleur qu’il ait atteint le
terme de sa vie.
Roi Guillaume, la tombe t’enferme, mais le peuple te pleure dans
le monde entier. Tous regrettent tes exploits merveilleux, tes
largesses, tes guerres, ta paix; et plus les temps s’écoulent,
plus les cœurs soupirent à cause de toi.
Quiconque allait à travers ton pays ne redoutait point l’insulte
de l’ennemi. Tu étais la terreur au milieu de la multitude, la
sécurité dans le désert. Maintenant il n’y a pas de sécurité dans
la loi, maintenant la force seule sert de défense.
Hélas! depuis la mort d’un si grand prince, notre grande gloire
tend à sa ruine. Déplorons cette chute qui va nous faire perdre
notre gloire. La terre, veuve des forces de ce prince, gémit
accablée d’une profonde douleur.
Et ce n’est pas sans motif; car nul ne ressemble à cet homme si
puissant et si aimable.
. . .
FIN DE GUILLAUME DE JUMIÈGE.
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VIE
DE GUILLAUME
LE CONQUÉRANT,