Comment Etienne, comte de Mortain et neveu du roi Henri, lui
succéda dans son royaume.
APRÈS cette nouvelle digression entreprise pour expliquer ces
diverses généalogies, je reviens à mon sujet.
Henri, roi des Anglais, étant mort, son neveu Etienne lui succéda
dans le courant du même mois. Ce comte vivait alors dans le comté
de Boulogne; ayant appris la mort de son oncle, il passa la mer en
grande hâte, et obtint la couronne royale, par l’assistance de son
frère Henri, évêque de Winchester. A cette époque Mathilde,
héritière du roi, était, comme je l’ai déjà dit, dans le pays
d’Anjou. Elle s’empara cependant de Domfront, d’Argentan et
d’Exmes, [p. 305] châteaux appartenant à son père, et de trois
autres châteaux, savoir, ceux de Colme-Mont, Goron et Ambrières,
dont elle fit concession à Joel de Mayenne, sous la condition
qu’il lui prêterait fidèlement son appui pour conquérir son
héritage, et en outre parce que Joel soutenait que les trois
derniers châteaux que j’ai nommés faisaient partie de ses
domaines.
Or la fille de cette Adèle, fille de Guillaume, roi des Anglais,
et de laquelle j’ai déjà fait mention, avait épousé Richard, fils
du comte Hugues, lequel était fils de Richard, vicomte du pays
d’Avranches. Mais Richard et sa femme étant morts dans le naufrage
dont j’ai parlé plusieurs fois, ainsi que Guillaume, fils du roi
Henri, Ranulfe, vicomte de Bayeux, et cousin de Richard, reçut le
comté de celui-ci. Ce même Ranulfe étant mort eut pour successeur
Ranulfe son fils, homme très vaillant à la guerre. La sœur de ce
Ranulfe fut mariée à Richard, fils de Gilbert, qui en eut trois
fils. Ce Richard, comme je l’ai dit dans le chapitre précédent,
fut assassiné par les gens du pays de Galles. Enfin, le susdit
comte Ranulfe se maria à Mathilde, fille de Robert, comte de
Glocester, et en eut deux fils, Hugues et Richard.
[p. 306]
CHAPITRE XXXIX.
Comment la comtesse Adèle de Blois prit l’habit de religieuse,
alla demeurer à Marcigny, du temps du seigneur Pierre, abbé de
Cluny, et mourut la seconde année après la mort de Henri, roi des
Anglais, son frère.
OR, après la mort d’Etienne comte de Blois, mari d’Adèle, fille de
Guillaume, roi des Anglais, celle-ci gouverna quelque temps son
comté très-dignement, parce que ses fils n’étaient pas encore en
état de diriger eux-mêmes leurs affaires. Lorsqu’ils furent
devenus grands, la comtesse Adèle prit l’habit de religieuse, à la
résidence de Marcigny, du temps du seigneur Pierre, abbé de Cluny,
et persévéra honorablement dans le service de Dieu, en ce même
lieu, jusqu’à sa mort. Or elle mourut la seconde année après la
mort de son frère Henri, roi des Anglais.