Comment le roi Harold dédaigna les conseils de sa mère et de son
frère, qui voulaient le détourner de combattre avec les Normands.
OR Harold, apprenant que de plus rudes adversaires se levaient
contre lui d’un autre côté, se prépara vigoureusement à de
nouveaux combats; car il était extrêmement brave et audacieux,
très-beau de toute sa personne, agréable par sa manière de
s’exprimer, et affable avec tout le monde. Comme sa mère et ses
autres fidèles amis cherchaient à le dissuader d’aller au combat,
le comte Gurth son frère lui dit: « Frère et seigneur très-chéri,
il faut que ta valeur se laisse un peu modérer par les conseils de
la prudence. Tu arrives maintenant, fatigué d’avoir combattu les
Norwégiens, et tu veux de nouveau aller en hâte te mesurer avec
les Normands. Repose-toi, je t’en prie et réfléchis en toi même
avec sagesse sur ce que tu as promis par serment au prince de
Normandie. Garde-toi de t’exposer à un parjure, [p. 226] de peur
qu’à la suite d’un si grand crime, tu ne sois écrasé avec toutes
les forces de notre nation, imprimant par là à notre race un
déshonneur éternel. Moi qui suis libre de tout serment, je ne dois
rien au comte Guillaume. Je suis prêt à marcher courageusement
contre lui pour défendre notre sol natal. Mais toi, mon frère,
repose-toi en paix où tu voudras, et attends les événemens de la
guerre, afin que la belle liberté des Anglais ne périsse pas par
ta main. »
Ayant entendu ces paroles, Harold s’indigna très-vivement. Il
dédaigna ces conseils, que ses amis jugeaient salutaires, accabla
d’injures son frère, qui les lui offrait dans sa fidélité, et
repoussa brutalement de son pied sa mère, qui faisait tous ses
efforts pour le retenir. Ensuite, et durant six jours, il
rassembla une innombrable multitude d’Anglais, voulant surprendre
et attaquer le duc à l’improviste, et ayant chevauché toute une
nuit, il se présenta le lendemain matin sur le champ de bataille.