Comment les fils de Guillaume Soreng, Richard, Robert et Avesgot,
moururent d’une juste mort.
MAIS le Dieu juste et miséricordieux ne put tolérer la profanation
de son église, et ne tarda pas d’infliger à ceux qui l’avaient
violée une juste punition. En effet, les trois frères qui avaient
été les chefs de cette invasion, continuant à commettre toutes
sortes de brigandages et de vols, furent, peu de temps après,
frappés à mort par un juste jugement de Dieu, sans confession et
sans recevoir le viatique de salut. Richard, l’aîné des trois,
dormait une certaine nuit en toute sécurité, dans une mauvaise
cabane située près d’un étang; tout à coup un certain chevalier
puissant, nommé Richard de Sainte-Scholastique, dont l’autre
Richard avait dévasté les terres, vint envelopper la cabane avec
les gens de sa maison. Richard s’étant éveillé, sortit ce mauvais
lieu, et [p. 186] prenant la fuite voulut se sauver par l’étang;
mais un certain paysan que lui-même avait fort tourmenté en prison
l’arrêta, et le frappant sur la tête à coups de hache, le laissa
mort sur la place. Ensuite Robert, son frère, étant allé un
certain jour avec les siens enlever du butin dans les environs de
Seès, fut poursuivi à son retour par les gens de la campagne, et
reçut une blessure dont il mourut aussitôt. Enfin Avesgot étant
entré, à Cambey, dans la maison d’Albert, fils de Gérard Fleitel,
commença à se livrer à toutes sortes de fureurs; mais un trait
lancé sur lui le frappa à la tête, et il en mourut bientôt après.
Voilà donc que nous avons vu véritablement accomplies en ces
hommes ces paroles que nous avons entendues: « Si quelqu’un a
violé le temple de Dieu, Dieu le détruira. » Ainsi donc que les
pillards et ceux qui forcent les églises, apprenant la fin des
hommes qui leur ressemblent, prennent garde à eux, de peur que,
commettant de semblables méfaits, ils ne périssent frappés d’une
semblable punition: et si la prospérité de ce monde est quelque
temps avec eux, qu’ils ne demeurent pas cependant en sécurité, et
ne s’en glorifient pas; car il convient qu’ils sachent que les
joies du monde passent rapidement, comme la fumée, et leur
préparent des douleurs éternelles, ainsi que l’a dit un illustre
poète dans un poème où il accuse les impies, disant: « Vous vous
réjouissez mal à propos, car à la fin vous recueillerez les fruits
de votre méchanceté, savoir, les ténèbres, les flammes, le deuil;
car Dieu bon et indulgent, mais juste toutefois en ses vengeances,
défend ceux qui sont à lui, et punit ceux qui se font ses ennemis.
»
[p. 187] Les enfans de discorde ayant donc été renversés, comme je
viens de le raconter, les hommes simples purent enfin respirer
quelque temps en paix, dans les environs de Seès. Le noble Ives,
évêque, s’occupa alors de faire recouvrir l’église, et le 2
janvier, il en fit de nouveau la dédicace. Mais comme les
murailles avaient été atteintes par les flammes, elles
s’écroulèrent cette même année et avant le carême.