Comment Charles, ayant appris le retour de Rollon, lui demanda et
obtint une paix de trois mois, et comment, ce délai expiré, Rollon
envoya les siens jusqu’en Bourgogne, pour enlever du butin de tous
côtés.
OR le roi Charles ayant appris que Rollon était de retour du pays
des Anglais, après avoir heureusement accompli son expédition, lui
envoya Francon, archevêque de Rouen, pour lui demander de
s’abstenir de faire du mal aux Francs et de lui accorder une trève
de trois mois. Cette trève ayant été consentie, la terre [p. 49]
respira quelque peu des ravages des Païens. Or, lorsque les trois
mois furent passés, Rollon, se croyant méprisé par les Francs, à
cause du repos qu’il leur avait accordé, dévasta rudement et
cruellement les provinces, et se mit déchirer, à désoler et à
détruire le peuple. Ses hommes se rendant en Bourgogne et
naviguant sur les rivières de l’Yonne et de la Saône, dévastant de
tous côtés toutes les terres situées sur les bords des rivières
jusques à Clermont, envahirent la province de Sens, et ravageant
tout ce qu’ils rencontraient, revinrent à la rencontre Rollon
auprès du monastère de Saint-Benoît. Or Rollon voyant ce monastère
ne voulut pas le violer, et ne permit pas que le pays fût livré au
pillage, par égard pour saint Benoît; mais il se rendit à Etampes,
détruisit tout le territoire environnant, et fit un grand nombre
de prisonniers. De là se dirigeant vers Villemeux, il ravagea tout
le pays voisin, et se hâta ensuite de retourner à Paris.