Nous naviguions, suivant de l'oeil ce panorama délicieux dep

Produced by Carlo Traverso, Christine P. Travers and the

Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net

(This file was produced from images generously made

available by the Bibliothèque nationale de France

(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)

[Notes au lecteur de ce fichier digital:

Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont été

corrigées.

Ce fichier est un extrait du recueil du journal "Le Tour du monde:

Journal des voyages et des voyageurs" (2ème semestre 1860).

Les articles ont été regroupés dans des fichiers correspondant aux

différentes zones géographiques, ce fichier contient les articles sur

la Californie.

Chaque fichier contient l'index complet du recueil dont ces

articles sont originaires.]

LE TOUR DU MONDE

IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE

Rue de Fleurus, 9, à Paris

LE TOUR DU MONDE

NOUVEAU JOURNAL DES VOYAGES

PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION

DE M. ÉDOUARD CHARTON

ET ILLUSTRÉ PAR NOS PLUS CÉLÈBRES ARTISTES

1860

DEUXIÈME SEMESTRE

LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie

PARIS, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, No 77

LONDRES, KING WILLIAM STREET, STRAND

LEIPZIG, 15, POST-STRASSE

1860

TABLE DES MATIÈRES.

UN MOIS EN SICILE (1843.--Inédit.), par M. Félix BOURQUELOT.

Arrivée en Sicile. -- Palerme et ses habitants. -- Les monuments

de Palerme. -- La cathédrale de Monreale. -- De Palerme à

Trapani. -- Partenico. -- Alcamo. -- Calatafimi. -- Ruines de

Ségeste. -- Trapani. -- La sépulture du couvent des capucins. --

Le mont Éryx. -- De Trapani à Girgenti. -- La Lettica. --

Castelvetrano. -- Ruines de Sélinonte. -- Sciacca. -- Girgenti

(Agrigente). -- De Girgenti à Castrogiovanni. -- Caltanizzetta.

-- Castrogiovanni. -- Le lac Pergusa et l'enlèvement de

Proserpine. -- De Castrogiovanni à Syracuse. -- Calatagirone. --

Vezzini. -- Syracuse. -- De Syracuse à Catane. -- Lentini. --

Catane. -- Ascension de l'Etna. -- Taormine. -- Messine. --

Retour à Naples. 1

VOYAGE EN PERSE, fragments par M. le comte A. de GOBINEAU (1855-1858),

dessins inédits de M. Jules LAURENS.

Arrivée à Ispahan. -- Le gouverneur. -- Aspect de la ville. -- Le

Tchéhar-Bâgh. -- Le collége de la Mère du roi. -- La mosquée du

roi. -- Les quarante colonnes. -- Présentations. -- Le pont du

Zend-è-Roub. -- Un dîner à Ispahan. -- La danse et la comédie. --

Les habitants d'Ispahan. -- D'Ispahan à Kaschan. -- Kaschan. --

Ses fabriques. -- Son imprimerie lithographique. -- Ses

scorpions. -- Une légende. -- Les bazars. -- Le collége. -- De

Kaschan à la plaine de Téhéran. -- Koum. -- Feux d'artifice. --

Le pont du Barbier. -- Le désert de Khavèr. -- Houzé-Sultan. --

La plaine de Téhéran. -- Téhéran. -- Notre entrée dans la ville.

-- Notre habitation. 16

Une audience du roi de Perse. -- Nouvelles constructions à

Téhéran. -- Température. -- Longévité. -- Les nomades. -- Deux

pèlerins. -- Le culte du feu. -- La police. -- Les ponts. -- Le

laisser aller administratif. -- Les amusements d'un bazar persan.

-- Les fiançailles. -- Le divorce. -- La journée d'une Persane.

-- La journée d'un Persan. -- Les visites. -- Formules de

politesses. -- La peinture et la calligraphie persanes. -- Les

chansons royales. -- Les conteurs d'histoires. -- Les spectacles:

drames historiques. -- Épilogue. -- Le Démavend. -- L'enfant qui

cherche un trésor. 34

VOYAGES AUX INDES OCCIDENTALES, par M. Anthony TROLLOPE

(1858-1859); dessins inédits de M. A. de BÉRARD.

L'île Saint-Thomas. -- La Jamaïque: Kingston; Spanish-Town; les

_réserves_; la végétation. -- Les planteurs et les nègres. --

Plaintes d'une Ariane noire. -- La toilette des négresses. --

Avenir des mulâtres. -- Les petites Antilles. -- La Martinique.

-- La Guadeloupe. -- Grenada. -- La Guyane anglaise. -- Une

sucrerie. -- Barbados. -- La Trinidad. -- La Nouvelle-Grenade. --

Sainte-Marthe. -- Carthagène. -- Le chemin de fer de Panama. --

Costa Rica: San José; le Mont-Blanco. -- Le Serapiqui. --

Greytown. 49

VOYAGE DANS LES ÉTATS SCANDINAVES, par M. Paul RIANT. (Le

Télémark et l'évêché de Bergen.) (1858.--Inédit.)

LE TÉLÉMARK. -- Christiania. -- Départ pour le Télémark. -- Mode

de voyager. -- Paysage. -- La vallée et la ville de Drammen. --

De Drammen à Kongsberg. -- Le cheval norvégien. -- Kongsberg et

ses gisements métallifères. -- Les montagnes du Télémark. --

Leurs habitants. -- Hospitalité des _gaards_ et des _sæters_. --

Une sorcière. -- Les lacs Tinn et Mjös. -- Le Westfjord. -- La

chute du Rjukan. -- Légende de la belle Marie. -- Dal. -- Le

livre des étrangers. -- L'église d'Hitterdal. -- L'ivresse en

Norvége. -- Le châtelain aubergiste. -- Les lacs Sillegjord et

Bandak. -- Le ravin des Corbeaux. 65

--_Le Saint-Olaf_ et ses pareils. -- Navigation intérieure. --

Retour à Christiania par Skien. 82

L'ÉVÊCHÉ DE BERGEN. -- La presqu'île de Bergen. -- Lærdal. -- Le

Sognefjord. -- Vosse-Vangen. -- Le Vöringfoss. -- Le

Hardangerfjord. -- De Vikoër à Sammanger et à Bergen. 85

VOYAGE DE M. GUILLAUME LEJEAN DANS L'AFRIQUE ORIENTALE

(1860.--Texte et dessins inédits.)--Lettre au Directeur du _Tour

du monde_ (Khartoum, 10 mai 1860).

D'ALEXANDRIE À SOUAKIN. -- L'Égypte. -- Le désert. -- Le simoun.

-- Suez. -- Un danger. -- Le mirage. -- Tor. -- Qosséir. --

Djambo. -- Djeddah. 97

VOYAGE AU MONT ATHOS, par M. A. PROUST (1858.--Inédit.)

Salonique. -- Juifs, Grecs et Bulgares. -- Les mosquées. --

L'Albanais Rabottas. -- Préparatifs de départ. -- Vasilika. --

Galatz. -- Nedgesalar. -- L'Athos. -- Saint-Nicolas. -- Le P.

Gédéon. -- Le couvent russe. -- La messe chez les Grecs. --

Kariès et la république de l'Athos. -- Le voïvode turc. -- Le

peintre Anthimès et le pappas Manuel. -- M. de Sévastiannoff. 103

Ermites indépendants. -- Le monastère de Koutloumousis. -- Les

bibliothèques. -- La peinture. -- Manuel Panselinos et les

peintres modernes. -- Le monastère d'Iveron. -- Les carêmes. --

Peintres et peintures. -- Stavronikitas. -- Miracles. -- Un

Vroukolakas. -- Les bibliothèques. -- Les mulets. -- Philotheos.

-- Les moines et la guerre de l'Indépendance. -- Karacallos. --

L'union des deux Églises. -- Les pénitences et les fautes. 114

La légende d'Arcadius. -- Le pappas de Smyrne. -- Esphigmenou. --

Théodose le Jeune. -- L'ex-patriarche Anthymos et l'Église

grecque. -- L'isthme de l'Athos et Xerxès. -- Les monastères

bulgares: Kiliandari et Zographos. -- La légende du peintre. --

Beauté du paysage. -- Castamoniti. -- Une femme au mont Athos. --

Dokiarios. -- La secte des Palamites. -- Saint-Xénophon. -- La

pêche aux éponges. -- Retour à Kariès. -- Xiropotamos, le couvent

du Fleuve Sec. -- Départ de Daphné. -- Marino le chanteur. 130

VOYAGE D'UN NATURALISTE (Charles DARWIN).--L'archipel Galapagos

et les attoles ou îles de coraux.--(1838).

L'ARCHIPEL GALAPAGOS. -- Groupe volcanique. -- Innombrables

cratères. -- Aspect bizarre de la végétation. -- L'île Chatam. --

Colonie de l'île Charles. -- L'île James. -- Lac salé dans un

cratère. -- Histoire naturelle de ce groupe d'îles. --

Mammifères; souris indigène. -- Ornithologie; familiarité des

oiseaux; terreur de l'homme; instinct acquis. -- Reptiles;

tortues de terre; leurs habitudes. 139

Encore les tortues de terre; lézard aquatique se nourrissant de

plantes marines; lézard terrestre herbivore, se creusant un

terrier. -- Importance des reptiles dans cet archipel où ils

remplacent les mammifères. -- Différences entre les espèces qui

habitent les diverses îles. -- Aspect général américain. 146

LES ATTOLES OU ÎLES DE CORAUX. -- Île Keeling. -- Aspect

merveilleux. -- Flore exiguë. -- Voyage des graines. -- Oiseaux.

-- Insectes. -- Sources à flux et reflux. -- Chasse aux tortues.

-- Champs de coraux morts. -- Pierres transportées par les

racines des arbres. -- Grand crabe. -- Corail piquant. --

Poissons se nourrissant de coraux. -- Formation des attoles. --

Profondeur à laquelle le corail peut vivre. -- Vastes espaces

parsemés d'îles de corail. -- Abaissement de leurs fondations. --

Barrières. -- Franges de récifs. -- Changement des franges en

barrières et des barrières en attoles. 151

BIOGRAPHIE.--Brun-Rollet. 159

VOYAGE AU PAYS DES YAKOUTES (Russie asiatique), par OUVAROVSKI

(1830-1839).

Djigansk. -- Mes premiers souvenirs. -- Brigandages. -- Le

paysage de Djigansk. -- Les habitants. -- La pêche. -- Si les

poissons morts sont bons à manger. -- La sorcière Agrippine. --

Mon premier voyage. -- Killæm et ses environs. -- Malheurs. --

Les Yakoutes. -- La chasse et la pêche. -- Yakoutsk. -- Mon

premier emploi. -- J'avance. -- Dernières recommandations de ma

mère. -- Irkoutsk. -- Voyage. -- Oudskoï. -- Mes bagages. --

Campement. -- Le froid. -- La rivière Outchour. -- L'Aldan. --

Voyage dans la neige et dans la glace. -- L'Ægnæ. -- Un Tongouse

qui pleure son chien. -- Obstacles et fatigues. -- Les guides. --

Ascension du Diougdjour. -- Stratagème pour prendre un oiseau. --

La ville d'Oudskoï. -- La pêche à l'embouchure du fleuve Ut. --

Navigation pénible. -- Boroukan. -- Une halte dans la neige. --

Les rennes. -- Le mont Byraya. -- Retour à Oudskoï et à

Yakoutsk. 161

Viliouisk. -- Sel tricolore. -- Bois pétrifié. -- Le Sountar. --

Nouveau voyage. -- Description du pays des Yakoutes. -- Climat.

-- Population. -- Caractères. -- Aptitudes. -- Les femmes

yakoutes. 177

DE SYDNEY À ADÉLAÏDE (Australie du Sud), notes extraites d'une

correspondance particulière (1860).

Les Alpes australiennes. -- Le bassin du Murray. -- Ce qui reste

des anciens maîtres du sol. -- Navigation sur le Murray. --

Frontières de l'Australie du Sud. -- Le lac Alexandrina. -- Le

Kanguroo rouge. -- La colonie de l'Australie du Sud. -- Adélaïde.

-- Culture et mines. 182

VOYAGES ET DÉCOUVERTES AU CENTRE DE L'AFRIQUE, journal du docteur

BARTH (1849-1855).

Henry Barth. -- But de l'expédition de Richardson. -- Départ. --

Le Fezzan. -- Mourzouk. -- Le désert. -- Le palais des démons. --

Barth s'égare; torture et agonie. -- Oasis. -- Les Touaregs. --

Dunes. -- Afalesselez. -- Bubales et moufflons. -- Ouragan. --

Frontières de l'Asben. -- Extorsions. -- Déluge à une latitude où

il ne doit pas pleuvoir. -- La Suisse du désert. -- Sombre vallée

de Taghist. -- Riante vallée d'Auderas. -- Agadez. -- Sa

décadence. -- Entrevue de Barth et du sultan. -- Pouvoir

despotique. -- Coup d'oeil sur les moeurs. -- Habitat de la

girafe. -- Le Soudan; le Damergou. -- Architecture. -- Katchéna;

Barth est prisonnier. -- Pénurie d'argent. -- Kano. -- Son

aspect, son industrie, sa population. -- De Kano à Kouka. -- Mort

de Richardson. -- Arrivée à Kouka. -- Difficultés croissantes. --

L'énergie du voyageur en triomphe. -- Ses visiteurs. -- Un vieux

courtisan. -- Le vizir et ses quatre cents femmes. -- Description

de la ville, son marché, ses habitants. -- Le Dendal. --

Excursion. -- Angornou. -- Le lac Tchad. 193

Départ. -- Aspect désolé du pays. -- Les Ghouas. -- Mabani. -- Le

mont Délabéda. -- Forgeron en plein vent. -- Dévastation. --

Orage. -- Baobab. -- Le Mendif. -- Les Marghis. -- L'Adamaoua. --

Mboutoudi. -- Proposition de mariage. -- Installation de vive

force chez le fils du gouverneur de Soulleri. -- Le Bénoué. --

Yola. -- Mauvais accueil. -- Renvoi subit. -- Les Ouélad-Sliman.

-- Situation politique du Bornou. -- La ville de Yo. -- Ngégimi

ou Ingégimi. -- Chute dans un bourbier. -- Territoire ennemi. --

Razzia. -- Nouvelle expédition. -- Troisième départ de Kouka. --

Le chef de la police. -- Aspect de l'armée. -- Dikoua. -- Marche

de l'armée. -- Le Mosgou. -- Adishen et son escorte. -- Beauté du

pays. -- Chasse à l'homme. -- Erreur des Européens sur le centre

de l'Afrique. -- Incendies. -- Baga. -- Partage du butin. --

Entrée dans le Baghirmi. -- Refus de passage. -- Traversée du

Chari. -- À travers champs. -- Défense d'aller plus loin. --

Hospitalité de Bou-Bakr-Sadik. -- Barth est arrêté. -- On lui met

les fers aux pieds. -- Délivré par Sadik. -- Maséna. -- Un

savant. -- Les femmes de Baghirmi. -- Combat avec des fourmis. --

Cortége du sultan. -- Dépêches de Londres. 209

De Katchéna au Niger. -- Le district de Mouniyo. -- Lacs

remarquables. -- Aspect curieux de Zinder. -- Route périlleuse.

-- Activité des fourmis. -- Le Ghaladina de Sokoto. -- Marche

forcée de trente heures. -- L'émir Aliyou. -- Vourno. --

Situation du pays. -- Cortége nuptial. -- Sokoto. -- Caprice

d'une boîte à musique. -- Gando. -- Khalilou. -- Un chevalier

d'industrie. -- Exactions. -- Pluie. -- Désolation et fécondité.

-- Zogirma. -- La vallée de Foga. -- Le Niger. -- La ville de

Say. -- Région mystérieuse. -- Orage. -- Passage de la Sirba. --

Fin du rhamadan à Sebba. -- Bijoux en cuivre. -- De l'eau

partout. -- Barth déguisé en schérif. -- Horreur des chiens. --

Montagnes du Hombori. -- Protection des Touaregs. -- Bambara. --

Prières pour la pluie. -- Sur l'eau. -- Kabara. -- Visites

importunes. -- Dangereux passage. -- Tinboctoue, Tomboctou ou

Tembouctou. -- El Bakay. -- Menaces. -- Le camp du cheik. --

Irritation croissante. -- Sus au chrétien! -- Les Foullanes

veulent assiéger la ville. -- Départ. -- Un preux chez les

Touaregs. -- Zone rocheuse. -- Lenteurs désespérantes. -- Gogo.

-- Gando. -- Kano. -- Retour. 226

VOYAGES ET AVENTURES DU BARON DE WOGAN EN CALIFORNIE

(1850-1852.--Inédit).

Arrivée à San-Francisco. -- Description de cette ville. -- Départ

pour les placers. -- Le claim. -- Première déception. -- La

solitude. -- Mineur et chasseur. -- Départ pour l'intérieur. --

L'ours gris. -- Reconnaissance des sauvages. -- Captivité. --

Jugement. -- Le poteau de la guerre. -- L'Anglais chef de tribu.

-- Délivrance. 242

VOYAGE DANS LE ROYAUME D'AVA (empire des Birmans), par le

capitaine Henri YULE, du corps du génie bengalais (1855).

Départ de Rangoun. -- Frontières anglaises et birmanes. -- Aspect

du fleuve et de ses bords. -- La ville de Magwé. -- Musique,

concert et drames birmans. -- Sources de naphte; leur

exploitation. -- Un monastère et ses habitants. -- La ville de

Pagán. -- Myeen-Kyan. -- Amarapoura. -- Paysage. -- Arrivée à

Amarapoura. 258

Amarapoura; ses palais, ses temples. -- L'éléphant blanc. --

Population de la ville. -- Recensement suspect. -- Audience du

roi. -- Présents offerts et reçus. -- Le prince héritier

présomptif et la princesse royale. -- Incident diplomatique. --

Religion bouddhique. -- Visites aux grands fonctionnaires. -- Les

dames birmanes. 273

Comment on dompte les éléphants en Birmanie. -- Excursions autour

d'Amarapoura. -- Géologie de la vallée de l'Irawady. -- Les

poissons familiers. -- Le serpent hamadryade. -- Les Shans et

autres peuples indigènes du royaume d'Ava. -- Les femmes chez les

Birmans et chez les Karens. -- Fêtes birmanes. -- Audience de

congé. -- Refus de signer un traité. -- Lettre royale. -- Départ

d'Amarapoura et retour à Rangoun. -- Coup d'oeil rétrospectif sur

la Birmanie. 280

VOYAGE AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, par le capitaine

BURTON (1857-1859).

But de l'expédition. -- Le capitaine Burton. -- Zanzibar. --

Aspect de la côte. -- Un village. -- Les Béloutchis. -- Ouamrima.

-- Fertilité du sol. -- Dégoût inspiré par le pantalon. -- Vallée

de la mort. -- Supplice de M. Maizan. -- Hallucination de

l'assassin. -- Horreur du paysage. -- Humidité. -- Zoungoméro. --

Effets de la traite. -- Personnel de la caravane. -- Métis

arabes, Hindous, jeunes gens mis en gage par leurs familles. --

Ânes de selle et de bât. -- Chaîne de l'Ousagara. --

Transformation du climat. -- Nouvelles plaines insalubres. --

Contraste. -- Ruine d'un village. -- Fourmis noires. -- Troisième

rampe de l'Ousagara. -- La Passe terrible. -- L'Ougogo. --

L'Ougogi. -- Épines. -- Le Zihoua. -- Caravanes. -- Curiosité des

indigènes. -- Faune. -- Un despote. -- La plaine embrasée. --

Coup d'oeil sur la vallée d'Ougogo. -- Aridité. -- Kraals. --

Absence de combustible. -- Géologie. -- Climat. -- Printemps. --

Indigènes. -- District de Toula. -- Le chef Maoula. -- Forêt

dangereuse. 305

Arrivée à Kazeh. -- Accueil hospitalier. -- Snay ben Amir. --

Établissements des Arabes. -- Leur manière de vivre. -- Le Tembé.

-- Chemins de l'Afrique orientale. -- Caravanes. -- Porteurs. --

Une journée de marche. -- Costume du guide. -- Le Mganga. --

Coiffures. -- Halte. -- Danse. -- Séjour à Kazeh. -- Avidité des

Béloutchis. -- Saison pluvieuse. -- Yombo. -- Coucher du soleil.

-- Jolies fumeuses. -- Le Mséné. -- Orgies. -- Kajjanjéri. --

Maladie. -- Passage du Malagarazi. -- Tradition. -- Beauté de la

Terre de la Lune. -- Soirée de printemps. -- Orage. -- Faune. --

Cynocéphales, chiens sauvages, oiseaux d'eau. -- Ouakimbou. --

Ouanyamouézi. -- Toilette. -- Naissances. -- Éducation. --

Funérailles. -- Mobilier. -- Lieu public. -- Gouvernement. --

Ordalie. -- Région insalubre et féconde. -- Aspect du Tanganyika.

-- Ravissements. -- Kaouélé. 321

Tatouage. -- Cosmétiques. -- Manière originale de priser. --

Caractère des Ouajiji; leur cérémonial. -- Autres riverains du

lac. -- Ouatata, vie nomade, conquêtes, manière de se battre,

hospitalité. -- Installation à Kaouélé. -- Visite de Kannéna. --

Tribulations. -- Maladies. -- Sur le lac. -- Bourgades de

pêcheurs. -- Ouafanya. -- Le chef Kanoni. -- Côte inhospitalière.

-- L'île d'Oubouari. -- Anthropophages. -- Accueil flatteur des

Ouavira. -- Pas d'issue au Tanganyika. -- Tempête. -- Retour. 337

FRAGMENT D'UN VOYAGE AU SAUBAT (affluent du Nil Blanc), par M.

Andrea DEBONO (1855) 348

VOYAGE À L'ÎLE DE CUBA, par M. Richard DANA (1859).

Départ de New-York. -- Une nuit en mer. -- Première vue de Cuba.

-- Le Morro. -- Aspect de la Havane. -- Les rues. -- La volante.

-- La place d'Armes. -- La promenade d'Isabelle II. -- L'hôtel Le

Grand. -- Bains dans les rochers. -- Coolies chinois. -- Quartier

pauvre à la Havane. -- La promenade de Tacon. -- Les surnoms à la

Havane. -- Matanzas. -- La Plaza. -- Limossar. -- L'intérieur de

l'île. -- La végétation. -- Les champs de canne à sucre. -- Une

plantation. -- Le café. -- La vie dans une plantation de sucre.

-- Le Cumbre. -- Le passage. -- Retour à la Havane. -- La

population de Cuba. -- Les noirs libres. -- Les mystères de

l'esclavage. -- Les productions naturelles. -- Le climat. 353

EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Adolphe JOANNE (1850-1860).

Le pic de Belledon. -- Le Dauphiné. -- Les Goulets. 369

Les gorges d'Omblèze. -- Die. -- La vallée de Roumeyer. -- La

forêt de Saou. -- Le col de la Cochette. 385

EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Élisée RECLUS (1850-1860).

La Grave. -- L'Aiguille du midi. -- Le clapier de

Saint-Christophe. -- Le pont du Diable. -- La Bérarde. -- Le col

de la Tempe. -- La Vallouise. -- Le Pertuis-Rostan. -- Le village

des Claux. -- Le mont Pelvoux. -- La Balme-Chapelu. -- Moeurs des

habitants. 402

LISTE DES GRAVURES. 417

LISTE DES CARTES. 422

ERRATA. 427

[Illustration: WOGAN:--Portrait en pied de l'auteur en costume de

voyage.--Dessin de J. Pelcoq d'après une photographie.]

VOYAGES ET AVENTURES DU BARON DE WOGAN EN CALIFORNIE.

1850-1852.--INÉDIT.

Arrivée à San-Francisco. -- Description de cette ville. --

Départ pour les placers. -- Le claim. -- Première déception.

Dans les derniers jours de 1850, _l'Isthmus_, bateau à vapeur de la

Compagnie Américaine sur l'océan Pacifique, débarquait sur le quai de

San-Francisco une trentaine de passagers qu'il amenait de Panama.

Parmi ces voyageurs que le besoin d'aventures, de spéculations du la

fièvre de l'or amenait en Californie se trouvaient quatre Français,

poussés loin de leur patrie par les contrecoups des convulsions

politiques. Partis de différents points du sol natal, des rangs

sociaux ou des partis existants, ils s'étaient liés les uns aux autres

par le contrat d'une de ces associations industrielles que faisaient

éclore en ces temps agités les bouillonnements de la société

européenne d'une part, et de l'autre, la réputation exagérée des mines

d'or de la Californie; il ne s'agissait de rien moins que de

l'exploitation d'une machine nouvelle, qui, appliquée au lavage des

terres aurifères, devait donner de merveilleux résultats, autant du

moins que l'avaient annoncé beaucoup de journaux grands et petits, sur

la quatrième page desquels les amateurs de collections pourraient bien

trouver encore son dessin: coupe, profil et élévation.

Un des quatre associés est l'auteur des pages suivantes, extraites

d'un journal tenu aussi régulièrement que les circonstances le lui ont

permis et qu'il se propose de publier en entier si l'échantillon qu'il

en donne aujourd'hui pouvait éveiller l'intérêt des lecteurs!

À cette époque, San-Francisco n'était pas encore la grande cité qui

s'intitule pompeusement, à l'heure présente, la _Reine du Pacifique_.

Sa population, qui dépasse aujourd'hui 100 000 âmes, atteignait à

peine alors au quart de ce chiffre. Son développement rapide,

incessant, est dû tout entier à la rare énergie de sa population, qui

possède toutes les qualités de ses nombreux défauts. Rien n'a pu

l'abattre: ni les plus graves excès, ni les désordres administratifs

les plus scandaleux, ni les désastres effroyables d'immenses

incendies, ni les secousses monétaires, ni les découragements, ni les

paniques. San-Francisco a triomphé de tout, et ses immeubles

recherchés subissent une hausse progressive qui témoigne des promesses

de l'avenir. Tout y subit l'influence de l'heureuse impulsion de sa

jeunesse; tout s'y installe et prospère. On sent que les métaux

précieux, l'agriculture, le commerce, l'industrie doivent faire, par

leur concours intelligent, la grandeur de la Californie.

Aucune des conditions modernes de la civilisation ne manque à la

métropole de ce pays. Le gaz et l'eau ont des conduits dans toutes les

rues, des omnibus circulent partout, d'élégants équipages et de

nombreuses voitures de place sillonnent tous les quartiers.

Francs-maçons, sociétés de bienfaisance, caisses d'épargne,

congrégations, sociétés bibliophiles, vastes chantiers de

construction, immenses ateliers de fonderie, scieries mécaniques,

télégraphie, presse, théâtres, marchés regorgeant en tout temps de

légumes, de gibier, de fruits magnifiques, tout est là réuni.

L'émigration arrive de toutes parts, et s'installe à demeure dans ce

pays si désert et si désolé il n'y a pas vingt ans! Il est devenu une

patrie!

Mais en 1850, la tumultueuse effervescence des éléments discordants

venus de tous les points du globe pour fonder cet avenir, faisait

ressembler San-Francisco à un immense creuset en ébullition, plutôt

qu'au berceau d'un grand État, et après un séjour de quelques heures

nous avions hâte de quitter ce théâtre de sanglantes collisions et ce

foyer de toutes les mauvaises passions. Nous nous embarquâmes à bord

d'un pyroscaphe qui faisait les voyages de la ville aux districts

aurifères.

Après avoir traversé la rade de San-Francisco en frayant notre route

au milieu des navires aux couleurs de toutes les nations, nous

gagnâmes l'embouchure du Sacramento pour remonter le cours de ce

fleuve.

Le paysage de ses bords nous offrit les plus riants aspects; de chaque

côté s'étendaient de verdoyantes savanes, ou de jolis bois peuplés de

nombreux troupeaux de cerfs; une suite de collines couvertes de

bouquets de chênes égayait la perspective; à l'horizon une chaîne de

hautes montagnes servait de cadre au tableau.

Nous naviguions, suivant de l'oeil ce panorama délicieux depuis

quelques heures, lorsque nous aperçûmes à une distance d'environ un

mille en avant de nous, un brick anglais de commerce qui paraissait à

l'ancre; nous hélâmes pour l'engager à nous laisser le passage libre;

il répondit avec son porte-voix en anglais: _I am aground in the

middle of the passage, the other part of the river being obstructed by

a sand bank._ (Je suis échoué au milieu du chenal et tout le reste du

courant est obstrué de bancs de sable.) Ceci ne faisait pas l'affaire

de notre capitaine yankee qui prit le parti de passer quand même,

par-dessus le corps de l'Anglais s'il le fallait; effectivement, à

peine avait-il échangé avec nous un regard d'intelligence, qu'il

commandait au chef mécanicien d'opérer un mouvement rétrograde, puis

imprimant à la vapeur toute sa puissance, notre steamer s'élança dans

l'espace jugé libre entre la rive et le bâtiment échoué. Le choc fut

terrible, mais le Yankee passa emportant avec lui une partie du

bordage de tribord du pauvre bâtiment anglais.

Quant à nous, nous y perdîmes notre bastingage et le tambour de notre

roue de bâbord, quelques voyageurs peu habitués à la mer y

perdirent.... leur équilibre et roulèrent pêle-mêle parmi les denrées

de toute espèce qui encombraient le pont. Nous arrivâmes sans autres

accidents à San-Sacramento, qui était notre première étape en

Californie.

Sacramento, la seconde ville de cette région, doit, comme

San-Francisco, son origine aux mines d'or; elle est située sur la rive

gauche du fleuve dont elle porte le nom.

Aussitôt après notre débarquement, nous nous mîmes en quête d'une

charrette et d'un attelage pour transporter nos bagages aux

_placers_[1] de Grass-Valley, où nous avions l'intention

d'expérimenter notre machine.

[Note 1: On donne le nom de _placer_ à toute

localité où, par suite de la richesse des terrains

aurifères, il s'est établi des camps ou postes pour

l'exploitation de l'or. Cette dénomination est

synonyme d'exploitation.]

Quelques heures après nous suivions, la carabine sur l'épaule, notre

véhicule portant l'avenir de notre association et avançant péniblement

sous les efforts de quatre mulets.

À la fin du jour nous fîmes halte dans un lieu découvert pour y passer

la nuit, et, le lendemain avant l'aube, nous nous remîmes en route. Le

pays que nous traversions était inhabité, ce n'était alors que

rarement que nous apercevions le long de quelque cours d'eau une

habitation isolée.

Nous suivions quelquefois des portions de route qui jadis avaient dû

être fort belles. Ces vestiges étaient encore l'ouvrage des

missionnaires, qui, au temps de leur puissance, avaient voulu relier

les diverses missions entre elles afin de rendre les communications

plus faciles. Le pays devenait de plus en plus accidenté à mesure que

nous avancions, ce qui retardait beaucoup notre marche.

De onze heures à une heure nous faisions ordinairement halte pour

laisser passer la grande chaleur et reposer nos mules.

Nous apportions la plus grande prudence, le soir, dans le choix du

lieu de notre campement et le jour dans l'ordre de notre marche, le

pays étant infesté par des vagabonds, chercheurs d'or occultes, qui au

lieu d'interroger laborieusement le sein de la terre, trouvaient plus

commode et moins fatigant de se procurer ce précieux métal en

dévalisant les voyageurs.

Enfin nous parvînmes au village de _Rough-and-Ready_ (brusque et

prêt), dans la vallée où s'élève Nevada-City; là nous eûmes pour la

première fois devant les yeux l'aspect d'un _placer_ de mineurs. Au

fond d'un ravin qui semblait avoir été bouleversé par un ouragan, une

grande quantité d'arbres avaient été arrachés du sol; au milieu

d'excavations profondes, on voyait les mineurs courbés sur leurs pics

avec lesquels ils retiraient les couches de terre aurifère pour aller

les laver à près d'un mille de distance; plus loin un autre plus

heureux, plongé dans l'eau glacée jusqu'aux reins, lavait la terre

dans un plat de fer battu pour en extraire l'or.

De chaque côté du ravin étaient échelonnées les habitations des

mineurs, consistant en tentes de toutes formes et en cabanes de

planches de cèdre.

Après avoir contemplé quelque temps ce spectacle si nouveau pour nous,

nous continuâmes notre route pour Grass-Valley, où nous arrivâmes le

surlendemain. Quoique plus considérable, ce placer avait le même

aspect à peu de chose près que celui de Rough-and-Ready.

À peine étions-nous arrivés que nous fûmes entourés par un flot de

curieux, nous regardant avec étonnement déballer notre précieuse

machine; nous dressâmes aussi notre tente sous un massif de verdure

qui nous fut indiqué par des Suisses, avec lesquels nous visitâmes le

placer dans toute son étendue avant de nous livrer au repos dont nous

avions tant besoin.

Vers minuit, nous fûmes tous réveillés par la tempête. La foudre

grondait avec fracas, et sa voix altière se répercutant dans les échos

des trois montagnes qui dominaient le placer, semblait plus terrible

encore; notre tente résista au choc du vent, grâce à ses cordages

neufs et à ses piquets de fer, mais non à la pluie qui s'infiltrait,

fouettée par le vent, en masses épaisses, brouillard qui eut bientôt

traversé nos couvertures et nos vêtements, et nous trempa jusqu'aux

os. Le jour arriva enfin, et ayant allumé un immense feu avec les

branches sèches que la tempête avait brisées, nous pûmes réchauffer

nos membres engourdis; ce n'était pas tout, il fallait monter la

machine et la faire fonctionner; dans ce but, nous choisîmes un

_claim_[2], où nous fîmes nos premières expériences qui n'amenèrent

aucun résultat satisfaisant. Enfin m'étant penché sur le récipient où

était placé le mercure, je pus constater que l'or passait par-dessus

sans s'y amalgamer; nous fûmes consternés à cette découverte et

pensâmes, d'un commun accord, que notre mercure, que nous avions eu

l'obligeance de prêter au capitaine de _l'Isthmus_ pour remplacer le

sien perdu pendant une tempête sur les côtes du Mexique, avait été

détérioré; nous recommençâmes avec persévérance, mais chaque fois que

nous passions le mercure à la peau de chamois, il n'y restait aucune

parcelle d'or. Après avoir constaté généralement que la machine, par

elle-même, était impropre au lavage des terrains aurifères, nous nous

sentîmes plus ou moins découragés. Mes trois compagnons proposèrent de

dissoudre la société, de partager le matériel et le reste des fonds

qui se trouvaient en caisse; j'acceptai l'offre, heureux de pouvoir

enfin vivre seul de cette vie d'aventure et de liberté à laquelle

j'aspirais. Ces messieurs partirent donc pour San-Francisco, et moi je

restai à Grass-Valley le temps nécessaire pour recueillir assez de

poudre d'or, et me procurer ainsi les moyens de me livrer à la vie

d'excursions que j'avais projetée.

[Note 2: Le claim est une étendue de terre de dix

pieds carrés auquel a droit tout mineur d'un

placer.]

La solitude. -- Mineur et chasseur.

[Illustration: Grass-Valley.--Dessin de J. Pelcoq d'après un croquis

de l'auteur.]

Je me mis donc en quête des choses les plus nécessaires pour

travailler; d'abord j'achetai d'un Américain qui retournait à

New-York, une cabane et tous les outils à l'usage du mineur. Je

choisis un claim dans le haut de la vallée, où j'étais seul avec mes

pensées. Ma cabane n'était ni vaste ni élégante, mais elle était

commode, ce qui était le principal pour moi; mes lecteurs ne seront

peut-être pas fâchés d'en avoir la description. D'abord elle était

située sur le bord gazonné et fleuri d'un ruisseau et adossée à un

cèdre qui n'avait pas moins de vingt pieds de diamètre à sa base; ma

villa, bien moins large ne mesurait pas huit pieds sur les quatre

faces; sa maçonnerie consistait en branches de cèdre. Le toit était

formé avec des planches du même bois, fendues à la hache, et qui,

superposées les unes sur les autres comme des ardoises, me

garantissait assez bien des intempéries de l'air. Au milieu j'avais un

petit poêle de tôle, et pour batterie de cuisine un unique poêlon qui

me servait aussi bien pour faire la soupe que pour rôtir mon gibier;

dans le fond de la cabane était mon lit de camp, formé de quatre pieux

enfoncés en terre, et joints par quatre traverses sur lesquelles était

clouée de la toile; quant à la literie, elle se composait d'un sac de

campement rempli de feuilles de chêne; au-dessus de ma couche, à la

tête, était placée, comme une égide, une miniature représentant les

traits d'un être chéri; de chaque côté étaient suspendus ma bonne

carabine et mon revolver. Derrière ma cabane j'avais défriché un

jardin que j'avais entouré d'une palissade de branches, et j'y avais

semé des fleurs et des légumes de France, qui y poussaient

merveilleusement; près du jardin il y avait un petit four haut d'un

pied et demi, dans lequel je faisais du pain que je trouvais

délicieux. Le mineur auquel j'avais acheté ma cabane m'avait cédé

aussi quelques provisions englobant entre autres denrées une

quarantaine de livres de farine avariée, mais qui n'en était pas moins

d'une immense valeur pour moi. J'avais découvert à environ un mille de

mon habitation une petite société de quatre mineurs canadiens

d'origine française, avec lesquels je me liai bientôt d'amitié;

quoique d'une éducation inférieure, c'étaient d'honnêtes jeunes gens;

j'ai toujours eu à me louer des relations que nous eûmes ensemble et

j'ai été assez heureux pour faire leur fortune. Je crois déjà avoir

dit la composition de mon lit; or, un jour, par une belle après-midi

de soleil, j'étais monté sur la colline, avec mon sac de campement et

mon fusil sur l'épaule. Ayant trouvé une excavation remplie de

feuilles sèches, j'y entrai jusqu'à la ceinture et me mis avec les

pieds et les mains à en emplir mon sac; je revins à mon gîte après

avoir tué sur la montagne quelque menu gibier. Quand j'y arrivai, il

était nuit close, et après un léger repas je me jetai sur mon lit de

camp. La fatigue amena bientôt le sommeil. Vers les trois heures du

matin, quand le sommeil fut devenu plus léger, je sentis quelque chose

qui parcourait mon lit de campement et qui remuait d'une manière peu

rassurante; pensant que c'était un rat, je portai la main dessus au

travers du sac, et, frissonnant d'horreur, je sentis la forme d'un

serpent qui porta la tête vivement vers ma main; d'un bond je fus hors

de ma case et me dirigeai vers celle de mes voisins les Canadiens,

auxquels je racontai ma mésaventure, et les engageai à me suivre à ma

cabane. Rentré avec eux, je vidai le contenu de mon sac, d'où je vis

s'échapper un serpent à sonnettes de la plus belle venue, qui alla se

cacher sous un tronc d'arbre abattu près de mon jardin. Je voulus en

approcher pour le considérer à mon aise; mais le monstre oubliant que

je l'avais réchauffé dans mon sein, se rua sur ma baïonnette que je

lui présentais, et se mit à mordre le canon de mon fusil; craignant

qu'il ne me mordît moi-même, je mis le doigt sur la détente de ma

carabine, et le coup avant fait balle, il fut littéralement coupé en

deux. Après l'avoir mesuré, nous pûmes constater sa longueur, qui

dépassait quatre pieds deux pouces. Je lui coupai la queue à laquelle

était adaptée une douzaine de petits grelots d'écaille, qui rendaient

un son sec quand ils étaient mis en mouvement; c'est ce que l'on

appelle vulgairement la sonnette du serpent.

[Illustration: Un claim ou atelier de mineur.--Dessin de J. Pelcoq

d'après les _Reports of explorations_.]

Il paraîtrait que, sans y faire attention, j'avais fait entrer ce

serpent dans mon sac de campement, chose facile à cette époque de

l'année où ils sont engourdis par le froid et roulés sur eux-mêmes.

Dans ces contrées, nous avions encore un autre genre d'ennemi à

craindre, qui n'avait pas besoin d'être introduit dans le logis, et

qui savait bien y venir sans invitation, si l'on oubliait de fermer sa

porte. Un certain soir de dimanche, comme je travaillais dans mon

jardin, car je ne m'occupais de sa culture que tous les septièmes

jours, je vis l'ombre d'une bête ressemblant à notre loup cervier

d'Europe, et bondissant hors de ma case pour regagner la forêt; ayant

saisi mon fusil que j'avais près de moi, je le déchargeai sur l'animal

qui, se sentant piqué par le plomb, lâcha un dindon sauvage que

j'avais tué la veille tout en travaillant à mon claim; c'était un

coyotte, animal très-commun dans ces contrées; il rôde constamment

autour des placers pour se nourrir des détritus de toute sorte que les

mineurs jettent sur la voie.

.... On m'avait souvent parlé d'un marais très-giboyeux qui devait se

trouver à six milles au sud de Nevada-City. Je fus tenté d'aller le

visiter, et comme je venais de faire l'acquisition d'un mulet, en

prévisions des longues excursions que je projetais, je résolus

d'emmener avec moi cet animal pour faire l'essai de ses qualités....

ou de ses défauts.

Ma peau d'ours ployée en quatre me fit un bât des plus confortables,

que je fixai sur le dos du quadrupède avec une sangle de la tente que

mes coassociés avaient abandonnée à Grass-Valley lors de leur départ;

je confectionnai un bridon et des étrivières par le même moyen. Dans

cet équipage, je pris le chemin du marais, où je ne serais certes pas

arrivé avant l'aube du jour sans la rencontre d'un mineur qui eut

l'obligeance de me mettre dans mon chemin.

À cent mètres environ du bord, on apercevait dans la pénombre un

buisson de roseaux sous lequel j'allai m'embusquer.

À chaque instant des canards et des sarcelles venaient effleurer mon

visage de la pointe de leurs ailes; j'en abattis même plusieurs avec

le canon de mon fusil; mais ce n'était point à la race emplumée que

j'en voulais. Je visais à mieux que cela. De temps en temps, j'étais

obligé de faire changer de place mon mulet, car le fond n'étant pas

très-solide, je courais risque de le voir s'embourber, si je n'avais

eu recours à cette précaution. Il y avait près de trois quarts d'heure

que j'étais dans cette position, et le jour commençait déjà à

paraître, quand mon attention fut attirée par un bruit vague venant de

la montagne à laquelle était adossé le marais; j'avais à peine eu le

temps d'ajouter deux balles à celles qui étaient déjà dans mon fusil

qu'une magnifique troupe de cerfs et de biches apparut sur la lisière

de la forêt; à leur tête, à dix pas environ, marchait un superbe cerf

dix cors, qui, s'arrêtant avec l'air inquiet, leva sa belle tête en

l'air en reniflant; je compris à son inquiétude que j'avais été

éventé, et dans la crainte de les voir rentrer sous bois, je fis feu

de mes deux coups; je ne pus juger de leur effet, car je me sentis

lancé dans l'espace et ne m'arrêtai qu'au fond du marais: c'était mon

scélérat de mulet qui, effrayé par l'explosion de mon arme à feu,

avait jugé à propos de faire un vigoureux écart et de se séparer de

moi.

Aussitôt que j'eus pu me mettre sur mes pieds, je l'aperçus qui

pointait vers la forêt; je me mis immédiatement à sa poursuite et pus

enfin l'atteindre, grâce à son bridon dans lequel il s'était pris une

jambe, ce qui le forçait à galoper sur les trois qui lui restaient

libres.

Quoique je fusse couvert de vase et trempé jusqu'aux os, je me

dirigeai à l'endroit de la forêt où m'avait apparu le troupeau et j'y

trouvai avec une joie extrême un très-beau cerf étendu sur le sol, le

flanc traversé par une de mes balles. C'était une fiche de consolation

dans mon malheur; je fus plus vite consolé que séché, car mon amadou

s'étant ressenti du bain forcé que je venais de prendre, je ne pus

allumer de feu pour me sécher et je dus charger le soleil de ce soin.

Étant parvenu avec beaucoup de peine à charger intact ce cerf sur mon

mulet, je me dirigeai vers Nevada-City, où je me proposais de vendre

mon gibier.

J'y arrivai vers le midi, juste au moment où les mineurs rentraient de

leur claim pour dîner; je m'avançai bravement au milieu de l'unique

rue du village en criant en anglais: _Venison at one dollar a pound._

Cette bonne idée fut couronnée de succès, car à peine étais-je arrivé

au bout de la rue, qui n'avait pas six cents mètres de long, que

j'avais tout vendu à raison d'un dollar[3] la livre, et me trouvais

avoir gagné huit cents francs en poudre d'or.

[Note 3: Le dollar est une monnaie des États-Unis

dont le cours ordinaire du commerce est fixé à la

valeur de cinq francs, terme moyen.]

Une autre bonne aubaine se présenta: deux frères Nantais, MM. Dep...,

qui y tenaient une taverne et auxquels j'avais vendu un des gigots de

mon cerf, m'invitèrent à dîner et me dirent au dessert que si je

voulais m'engager à leur fournir du gibier pendant toute l'année, ils

s'engageraient eux-mêmes à me le prendre tout à des prix débattus

entre nous; j'acceptai pour tout le temps que je resterais à

Grass-Valley, sans me lier cependant pour un temps déterminé, et notre

parole de Breton remplaça l'acte sur papier timbré.

Dans ce village comme dans tous les placers, l'or et l'argent monnayés

n'étaient point employés; dans les transactions commerciales, toute

denrée était vendue et payée en poudre d'or; aussi voyait-on sur le

comptoir de chaque marchand une balance servant à peser la marchandise

et une autre d'un plus petit modèle pour en peser le prix. Chaque

mineur était nanti d'une bourse en cuir en guise de porte-monnaie, où

était renfermée la poudre d'or qu'il consacrait à ses menus achats.

Ce ne fut que quelque temps avant le coucher du soleil que je pus me

mettre en route pour Grass-Valley, porteur d'une somme assez ronde.

Départ pour l'intérieur.

Des semaines, des mois s'écoulèrent ainsi entre les travaux du claim

et les plaisirs de la chasse; ceux-ci, chose étrange, me rapportant en

général plus de profit que ceux-là. Puis vint un moment où je ne pus

plus résister au désir impérieux qui me poussait vers les déserts de

l'Est; en conséquence, après avoir mis ma cabane sous la surveillance

des Canadiens et déposé ma petite fortune entre leurs mains loyales,

je fis un beau matin mes derniers préparatifs de départ. Ma peau

d'ours et mon hamac furent ployés en quatre sur le dos de mon mulet et

fixés au moyen d'une sangle; j'y plaçai mon bissac qui contenait mes

provisions, et, par-dessus le tout, je m'installai moi-même; je donnai

un dernier regard d'amour à mon paisible ermitage, à mes fleurs

chéries qui allaient peut-être dessécher sur leurs tiges, privées de

mes soins empressés, un amical serrement de main à mes voisins les

Canadiens, et le coeur heureux et rempli d'émotions aventureuses, je

me mis en route. Je m'étais confectionné une espèce de caban avec des

peaux de coyottes, car ma pauvre chemise de laine rouge de matelot

était bien usée. Dans cet équipage, je ressemblais assez à Robinson,

seulement le parapluie de peau me manquait; je l'avais remplacé par un

capuchon de la même étoffe que mon vêtement, et le trouvais infiniment

plus commode pour la marche ou le repos, la veille ou le sommeil.

Le début de mon voyage se passa sans incidents dignes d'être

rapportés; la journée était belle, le soleil resplendissant dorait la

cime des arbres de la forêt. Je voyageais sous un dôme de verdure

naturelle, où des myriades d'oiseaux voltigeaient en chantant et

paraissaient peu effrayés de ma présence; je fis environ quarante-cinq

à cinquante milles dans ma journée sans rencontrer d'Indiens; le calme

des sombres et profondes forêts de cèdres géants, orgueil de la

Sierra-Nevada (_Taxodium giganteum_), faisait pénétrer en moi un

sentiment de repos et de bonheur que je n'ai réellement éprouvé que

là. Mon âme semblait s'y reposer avec abandon des peines de la vie.

Vers les six heures j'arrivai près d'un joli petit ruisseau ombragé de

saules et de jeunes chênes. La position me sembla charmante pour y

établir mon campement; de chaque côté, le ruisseau était bordé d'un

beau tapis de gazon émaillé de fleurs fraîches comme l'aurore; après

avoir déchargé mon vieux camarade d'aventures et l'avoir laissé paître

sur ces bords charmants, je m'étendis moi-même sur le gazon, humant

avec délices les senteurs embaumées de la forêt. Quand je fus un peu

reposé, je pris un bain sous un de ses arceaux naturels de branchages

et de fleurs, et dans cette baignoire qu'eut enviée plus d'une jolie

naïade, je réparai mes forces en rendant à mes membres la souplesse

que leur enlève toujours une course de la longueur de celle que

j'avais parcourue; car, pour ménager mon mulet et plus encore par goût

de chasseur, j'avais fait la route à pied.

Mon premier soin fut d'allumer du feu, de plumer deux colins ou

perdrix californiennes, qui, une fois vidées, furent embrochées sur

une branche de chêne déposée elle-même sur deux fourches piquées en

terre devant le brasier; comme elles étaient fort grasses, je mis ma

poêle dessous pour en recevoir la graisse. J'eusse fait un repas

délicieux, si, pour le compléter, j'avais eu une chopine de cidre de

Bretagne; je dus remplacer ce nectar national des vieux Kimris par

l'eau du ruisseau, qui était au moins fraîche et limpide, qualités

qu'ont toujours dans ces régions les eaux qui descendent des montagnes

Rocheuses. Le soir, je disposai mon hamac entre deux branches de

cèdre, ne voulant pas trop me fier aux délices d'une nuit passée sur

le gazon, au bord d'un ruisseau dont le doux murmure devait bercer

délicieusement. Je coupai avec ma hache une bonne quantité de branches

de la même essence, qui entretinrent pendant toute la nuit un

magnifique foyer, sauvegarde contre les visites indiscrètes des bêtes

féroces.

Je me réveillai avec l'aurore; les oiseaux chantaient dans les

bosquets et donnaient à mon coeur, par leurs doux accords, cette

quiétude, ce courage si nécessaires à l'homme perdu dans les forêts, à

plusieurs milliers de lieues de sa patrie. Tout ce qui m'entourait

était si beau, si suave, que j'ai souvent regretté de n'être pas né

dans ces régions primitives, pour y vivre dans une continuelle

contemplation des beautés de la création.

L'ours gris. -- Reconnaissance des sauvages. -- Captivité.

-- Jugement. -- Le poteau de la guerre. -- L'Anglais chef de

tribu. -- Délivrance.

.... Après bien des jours de marche, bien des dangers courus à la

rencontre des hommes et des animaux de ces régions, peu fréquentées

des Européens, dangers dont la fréquence me fit presque une habitude

quotidienne, je traversai l'extrémité sud du groupe de montagnes d'où

s'écoule à l'ouest le fleuve Humboldt, et remontant entre les lacs

Nicollet et Sévier, je pénétrai dans la partie de la Sierra-Wah où la

recherche de l'or et l'hégire des Mormons ont fait naître depuis mon

passage les cités de Fillmore et de Cédar. Mais alors les sombres

_cañons_, ou passes de ces montagnes, les forêts gigantesques de leurs

flancs n'étaient parcourus que par des bêtes fauves et par des hommes

non moins sauvages appartenant aux nombreuses subdivisions des Indiens

Pah-Utahs.

[Illustration: Forêt de _Taxodium giganteum_ ou pins géants.--Dessin

de Lancelot d'après les _Reports of explorations_.]

Le Tour du Monde; Californie Journal des voyages et des voyageurs; 2. sem. 1860 · 第 1 / 3 段