En rapportant aux lecteurs de _L'Illustration_ les impressions, les
renseignements qu'il avait recueillis touchant la dernière phase de la
défense d'Andrinople par les alliés, Bulgares et Serbes, et la reddition
des opiniâtres défenseurs dont la constance avait tenu en échec six mois
durant les efforts des assiégeants, notre collaborateur Gustave Babin
indiquait combien le rapport officiel bulgare était réservé touchant la
part prise par l'armée serbe au décisif assaut, et quelle incertitude
régnait par ailleurs sur les conditions dans lesquelles s'était remis
aux vainqueurs Choukri pacha, qui incarnera devant l'histoire--comme
autrefois Denfert-Rochereau à Belfort--l'idée de résistance héroïque.
Un précieux témoignage nous est apporté, avec des photographies qui
l'illustrent, par un de nos confrères russes, M. S. Tchernof, sur cet
épisode sensationnel,--le suprême épisode de la lutte acharnée engagée
depuis le mois d'octobre entre les puissances balkaniques et les
Ottomans: c'est le rapport officiel--publié par le journal Politica, de
Belgrade--du commandant Milovan Gavrilovitch, chef de bataillon de
l'infanterie serbe, qui eut l'enviable honneur de s'emparer du fort
d'Hadirlik (Ildroum, pour les Serbes) d'où Choukri pacha avait dirigé
l'ultime résistance et où le surprit l'attaque finale.
Le commandant Gavrilovitch est bon Français de coeur--un peu plus même
que ses camarades, qui pourtant ne laissent passer aucune occasion de
témoigner leur sympathie pour notre pays--puisqu'il a épousé une de nos
compatriotes. Il a fait naguère un stage d'instruction dans un de nos
régiments, à Nevers.
[Illustration: Caisses de cartouches intactes, abandonnées par les Turcs
et tombées aux mains des troupes serbes.]
[Illustration: Emplacement d'un dépôt de cartouches que les Turcs ont
fait sauter: on marche sur les balles et les douilles retombées après
l'explosion. _Phot. S. Tchernof._]