CLOPINET.

Et scellé d'un grand scel de cire verde avec un las d'Amour.

* * * * *

Leues, publiées et enregistrées, ce requerant les gens d'Amour,

au Parlement de la Basse-Marche, avec modifications contenues au

registre de la dicte cour, qui sont telles que quand au cinquiesme

article, qui veut que les beneficiez qui se trouveront par maladie,

ancienneté ou autrement, ne pouvoir vacquer au deu de leurs charges,

prendront coadjuteurs et vicaires; la cour, en declarant le dict

article, ordonne qu'ils ne seront tenus d'en prendre, mais s'ils s'en

presentent aucuns pour estre coadjuteurs qui soyent agreables à ceux

ou à celles qui y auront interest, en ce cas, et non autrement, ils

pourront desservir comme vicaires avec les dicts beneficiers. Et quand

au dixiesme article, qui oste les contredicts et reproches entre le

mary et la femme, demeurera cest article en surseance jusques à ce que

l'on ayt faict plus ample remonstrance au dict seigneur. Au regard du

vingt-neufvième, qui veut que l'on joue à dame touchée dame jouée,

n'aura ledict article lieu, sinon que du commencement il eust été ainsi

accordé entre ceux et celles qui joueront; et quant à tous les autres

articles, celuy qui usera le moins de ces presentes ordonnances sera

estimé le plus sage, et trompera son compagnon.

Fait en la ville de Congnac, aux grands arrests prononcez en robbe

rouge[197], la veille de la solemnité des Roys, l'an mil cinq cens

soixante-quatre.

_Signé_: POUSSE MOTTE[198].

[Note 197: «Le parlement prononçoit en robe rouge les arrêts les

plus importants, qui devenoient ensuite comme autant de règles

pour notre jurisprudence. (V. l'_Interprét. des Institutes_, II,

84, 87 et _passim_.) On trouve dans les oeuvres de du Vair un

recueil d'arrêts prononcés en robe rouge.» (_Note de M. Feugère._)]

[Note 198: Ces _ordonnances_ ont été très diversement jugées.

Feller, dans son _Dictionnaire historique_, les traite fort mal.

M. Feugère est plus indulgent (_Essai sur... la vie d'Estienne

Pasquier..._, p. 208, note). «Quoi qu'on ait dit de cette pièce,

écrit-il, ceux qui prendront la peine de la lire s'assureront

qu'elle n'est que joviale.» L'appréciation de M. Sainte-Beuve,

dans son remarquable travail sur Estienne Pasquier, me semble la

plus juste. «Si l'on vouloit s'égayer, dit-il..., on n'oublieroit

pas... ces fameuses Ordonnances d'amour, qui n'ont pas dû trouver

place dans les oeuvres complètes de Pasquier, et qui sont comme

les saturnales extrêmes d'une gaillardise d'honnête homme au XVIe

siècle.»--Ce ne fut pas, nous l'avons déjà dit, la seule licence

que Pasquier se permit en ce genre; depuis la publication de notre

premier volume, nous avons découvert que l'une des pièces que nous

y avons insérées, _les Singeries des femmes de ce temps_ (V. pag.

55) a été inspirée, pour ce qu'elle contient de plus gaillard, par

une lettre de Pasquier à M. de Beaurin (liv. 18, lettre 3).]

_L'Adieu du Plaideur à son argent_[199].

In-8. S. L. ni D. 16 pages.

[Note 199: M. Leber possédoit une édition de cette pièce qui

portoit la date de 1624.]

Le jeu de paulme et le Palais

Sont (ce me semble) de grands frais;

Les tripots et les plaideries

Sont le vray jeu du Coquimbert[200]:

Car il en couste aux deux parties,

Et en tous deux qui gaigne pert.

[Note 200: C'est celui que Rabelais désigne ainsi (liv. 1er, ch.

22):

A Coquimbert,

Qui gaigne perd.]

* * * * *

Adieu, mon or et mes pistolles,

Adieu mes belles espagnolles[201],

Adieu mes escus au soleil:

Messieurs les maistres des requestes

Et les advocats du conseil

Auront de quoy passer les festes.

Adieu mes amoureux testons[202],

Adieu mes larges ducatons,

Adieu mes quarts d'escus de France:

Les coppistes et les commis

Ne m'ont point laissé de finances

Et m'ont pillé mes bons amis.

Adieu mon or et ma monnoye,

Adieu mon amour et ma joye,

Adieu mes gentils pistollets[203]:

Que mal-heureuse soit la vie

Et des maistres et des valets

Qui m'ostent vostre compagnie!

Vray'ment, il n'estoit ja besoin

De vous apporter de si loin,

O belles et riches medailles,

Pour vous donner à des larrons,

A des voleurs, à des canailles,

Qui vous font servir de jettons!

Race de gens abominable

Qui vous prise moins que le sable,

Et ne fait presque point d'estat

Des bourses mesmes mieux garnies!

N'est-ce pas estre trop ingrat

En prenant l'argent des parties?

Qui penseroit qu'auprès du roy

Des voleurs nous donnent la loy,

Et que leurs vols et brigandages

Surpassent mesme les larcins,

Les rapines et les outrages

Qui se font sur les grands chemins?

Plaideurs qui avez des affaires,

Que dites-vous des secretaires

Et des clercs de vos rapporteurs?

Que dites-vous de l'avarice

Et de l'humeur de ces voleurs

Qui vendent ainsi la justice?

Et vous qui ne sçavez que c'est

De faire donner un arrest,

Escoutés à combien d'harpies

Vous faites manger vostre bien

En procez et chicanneries

Qui ne valurent jamais rien.

Si vous avez un bon affaire,

Auparavant que de rien faire

Il faut prendre beaucoup d'argent;

Il en faut trouver sur des gages,

Et obliger à cent pour cent

Vos rentes et vos heritages.

Allez-vous plaider au conseil?

On ne vous void point de bon oeil

Si vous n'y portez des pistolles.

Il y faut laisser vos escus

Et n'emporter que des paroles

Pour y estre les bien venus

Il faut quitter vostre patrie,

Il faut hazarder vostre vie,

Suivant le roy par le pays,

Et, pensant faire vos affaires,

Peut-estre serez-vous trahis

Par des coquins de secretaires.

Il faut presenter le ducat

Et l'escu d'or à l'advocat

Pour acquerir ses bonnes graces,

Et si le clerc n'a de l'argent,

Il vous fera laides grimaces

Et ne sera jamais content.

Il faut, pour appaiser ce drolle,

Vous deffaire d'une pistolle;

Il en faut pour vous presenter,

Pour faire dresser vos deffences,

Et aussi pour vous appointer

Sur des legères consequences.

Il faut suivre le reglement,

Il faut lever l'appointement,

Il faut dresser un inventaire,

Il faut produire dans trois jours[204],

Et pour quelque petit affaire

Il faut faire de longs discours.

C'est icy qu'on serre l'anguille,

Et c'est icy que l'on vous pille,

Car les cent francs n'abondent rien,

Et, de la façon qu'on vous volle,

Il faut donner tout vostre bien

Pour payer un escu du rolle.

Cependant vous suivez la cour,

Où vous faites un long sejour

Avec une grande despence.

Jamais personne n'est content,

Et tout le monde recommence

A vous demander de l'argent.

Ayant payé vos escritures,

Voicy de nouvelles blessures:

Il faut estre solliciteur,

Il faut gagner la bonne grace

Du clerc de vostre rapporteur,

Ou bien il est froid comme glace.

Vous l'irez voir cinq et six fois;

Mais si vous ne parlez françois

Et ne jetiez dessus la table

Vos pleines mains de quarts d'escus,

Vous le verrez inexorable,

Et vous ne luy parlerez plus.

Ne pensez pas qu'il se contente

De cet argent qu'on luy presente;

Sçachez que ce n'est jamais faict:

Si vous perdez ceste coustume,

Il ne fera point son extraict,

Et n'aura ny encre ny plume.

Tant que vous aurez un teston,

Vous n'en aurez jamais raison;

Si vous ne vuidez vostre bourse,

Vous n'en aurez que du mespris,

Et faut recourir à la source

Lorsque les ruisseaux sont taris.

Il faut descoudre vos pistolles

Qui sont dedans vos camisoles,

Et, luy en donnant deux ou trois,

Il minuttera quelque page,

Sous esperance toutesfois

Qu'il en aura bien davantage.

Il faut despenser vostre bien

Pour achepter son entretien

Et avoir l'oreille du maistre,

Encore n'est-il pas content

Si vous ne le sçavez repaistre

De l'esperance d'un present.

S'il vous fait voir, par courtoisie,

Les pièces de vostre partie,

Il luy faut payer le festin,

Il luy faut faire bonne chère

Et le traitter un beau matin

Au logis de la Boisselière[205].

Pauvre plaideur, ce n'est pas tout,

Encore n'es-tu pas au bout

De ce grand poids de la justice,

Où se trouve tant de voleurs

Et où demeure l'avarice,

Qui est cause de tels malheurs.

Voicy un huissier qui exige

Plus que sa charge ne l'oblige,

Et si tu ne le rends content

Il employe ses artifices

Pour tirer de toy plus d'argent

Qu'on n'en baille pour les espices.

Encores en fait-il refus

Si ce ne sont des quarts d'escus:

Car le moyen, disent ces drolles,

De diviser en tant de parts

Des escus d'or et les pistolles

Comme on fait les escus en quarts!

Ayant consigné les espices,

On exerce d'autres malices

Sur ta bourse, qui n'en peut mais:

Car, si ta cause est terminée,

Ton arrest ne se fait jamais

Que ta bourse ne soit vuidée.

Il faut aller chez le greffier

Voir ton arrest, et le prier

Que sur-le-champ il l'expedie;

Il faut trois livres pour le veoir,

Et, quelque chose qu'on luy die,

Il en faut douze pour l'avoir.

Il faut un escu au coppiste,

Autrement il fera le triste

Et te lairra le fin dernier;

Il te fera beaucoup de grace

S'il t'expedie le premier,

Quelque present que l'on luy face.

Maintenant garde bien ta peau:

Car, quand il faut aller au sceau,

C'est une vraye escorcherie

Où l'on prend l'argent d'un chacun.

Hé! bon Dieu! que de vollerie

De prendre quatre sceaux pour un!

Enfin, pour tant de grandes sommes,

En ce maudit temps où nous sommes,

Tu n'auras que du parchemin

Avec un peu de cire jaune.

Il vaudrait mieux les mettre en vin

De Gaillac[206], de Grave ou de Beaune.

Or, parce qu'il m'est arrivé

Que Messieurs du conseil privé

N'ont jugé le fond de ma cause,

Ains m'ont remis au Parlement,

Il est bien raison que j'en cause,

Puis qu'il aura de mon argent.

Primo, je crains fort la chicane

De quelque procureur marrane[207]

Qui sçaura nourrir mon procez;

J'apprehende ses procedures,

Et crains qu'il n'y ait de l'excez

Parmy toutes ses escritures.

Je crains fort un clerc affamé,

Lequel ne soit point estimé

Que pour frequenter les beuvettes,

Demander pinte et puis le pot,

Et qui n'a jamais de pochettes

Quand il faut payer son escot.

Ces drolles n'ont point de memoire,

Si ce n'est quand on les fait boire;

Ils disent à de pauvres gens

Qu'ils sont tousjours en l'audience,

Qu'ils sçavent faire les despens,

Et s'en mocquent en leur presence.

L'audience est un cabaret;

Le bon vin blanc et le clairet

Sont les despens qu'ils sçavent faire.

L'un est assis, l'autre debout,

L'autre en mangeant parle d'affaire;

Mais la partie paye tout.

Cependant qu'ils font bonne chère,

Leurs maistres boivent la poussière

Et les atomes du Palais;

Et puis ils vont à leurs maistresses,

Le front joyeux et le teint frais,

Faire leurs jeux et leurs caresses.

J'espargnerois les procureurs;

Mais on m'a dit que les meilleurs

Sont les plus grands larrons de France.

Ils sont donc beaucoup de larrons,

Car je vous dis en asseurance

Que les procureurs sont tous bons.

Il faut que j'escrive le stile

Du plus savant et plus habile

Qui soit dedans le Parlement.

Premierement, il faut escrire

Et luy envoyer de l'argent

Pour avoir un morceau de cire.

Quelquesfois ce petit morceau

Demeure long-temps sous le sceau,

Et par après on expedie

Le relief[208] en vertu duquel

Vous intimez vostre partie

Pour aller plaider sur l'appel.

Vous rescrivez par l'ordinaire

Qu'on prenne soin de cest affaire;

Vous priez vostre procureur

Que dans tel jour il se presente;

Mais, si vous n'estes bon payeur,

Jamais cela ne le contente.

Ayant touché de vostre argent,

Il se monstre plus diligent,

Mais c'est pour prendre davantage:

Car, ayant pris tout ce qu'il faut,

Il vous rescrit en son langage

Qu'il vous faut lever un deffaut.

Vous asseurant à ses paroles,

Vous envoyez quelques pistolles

Pour cest avare chicaneur,

Car vos parties d'ordinaire

Ont comparu par procureur,

Quand il vous mande le contraire.

Il vous escrit ainsi souvent

Pour avoir tousjours de l'argent;

Si vostre cause n'est instruitte,

Il faut envoyer des quibus,

Afin d'en faire la poursuite:

Autrement on n'y songe plus.

La maladie continuë

Quand le procez se distribuë,

Et les habiles procureurs

Mettent l'argent sous leurs serrures,

Que les miserables plaideurs

Envoyent pour leurs escritures.

Or vous n'avez le plus souvent

Ny escritures ny argent,

Car l'avarice est bien si grande,

Qu'au lieu de payer l'advocat,

Monsieur le procureur vous mande

Que le procez est en estat.

Et cependant, tout au contraire,

Car il arrive d'ordinaire

Qu'on n'a pas conclu au procez;

Vous quittez lors vostre mesnage,

Mais il vous fasche par après

D'avoir fait si tost le voyage.

Car, arrivant au Parlement,

Il faut encores de l'argent

Pour retirer vos escritures;

Et ainsi vostre procureur

Se paye de ses impostures,

Et l'advocat de son labeur.

Un advocat jamais ne volle,

Ne prenant que vingt sols du roole,

Mais escrivant trop amplement,

Il est indigne, ce me semble,

De plaider dans un Parlement

Et d'y escrire tout ensemble.

Or, pour les jeunes advocats,

Ils ayment mieux fripper les plats

Que d'avoir le bruit de trop prendre;

Aussi ne vont-ils au Palais

Que pour gausser et pour reprendre,

Mais non pas pour plaider jamais.

Ils sont plustost aux galleries,

Auprès des marchandes jolies,

Que non pas dedans le barreau.

L'un courtise sa librairesse,

Voyant quelque livre nouveau;

L'autre fait une autre maistresse.

Laissons-les donc, jeunes et vieux:

Car tout le mal ne vient pas d'eux,

Mais des soutanes d'estamines,

Je veux dire des procureurs,

Qui n'eurent jamais bonne mine

Qu'aux depens des pauvres plaideurs.

Revenons à leurs procedures

Et inutiles escritures,

Qu'on paye sans sçavoir que c'est,

Qu'on fait payer à la partie

Auparavant qu'avoir arrest,

Et que jamais on n'expedie.

Mais posons mesmes que la cour

Juge quelqu'un au premier jour:

Il luy faut payer les espices;

Autrement il n'a point d'arrest,

Car ceux qui tiennent les offices

En veulent toucher l'interest.

Après la fin de son instance,

Il faut trouver d'autre finance

Pour faire taxer ses despens;

Et, bien qu'il gagne la victoire,

Il faut payer beaucoup de gens

Pour avoir son executoire.

Un procureur garde par fois

Cette pièce plus de deux mois

Sans l'envoyer à sa partie;

Et puis il luy fait d'autres frais

Et excuse sa volerie

Dessus les longueurs du Palais.

A la fin il luy fait à croire

Que ce certain executoire

Est demeuré dessous le sceau;

Encore la cire est si chère

Qu'on n'en a qu'un petit morceau

De la longueur du caractère.

Enfin, après tant de longueurs

Qu'inventent tant de chicaneurs,

Vostre procureur vous demande

Ce qu'il a desboursé du sien,

Quoy que ceste race brigande

Vous ait volé tout vostre bien.

Bon Dieu! qui sçavez nos affaires,

Preservez-nous de ces corsaires,

Gardez des voleurs les marchands,

Et les mariniers des pirates;

Preservez-nous de tels brigands,

Et nous delivrez de leurs pattes.

Pour moy, si je plaide jamais,

Ou au Conseil, ou au Palais,

Faites qu'on ne me desemplume,

Afin que ces larrons fameux

Qui ne volent que par la plume

Me voyent voler dessus eux.

Variétés Historiques et Littéraires (02/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 20 / 53 题