De l'imprimerie de Valeyre père, rue de la Huchette.
_Le Caquet des Poissonnières[108] sur le departement du roy et de la
cour._
[Note 108: Cette pièce est du même genre que _les Caquets de
l'Accouchée_, et parut, à quelques mois près, vers la même époque;
aussi les amateurs la rangent-ils au nombre de celles qui sont
comme le complément de ce curieux recueil.--Elle ne porte pas de
date, et, au premier abord, nous avons pensé, comme on l'a fait
ailleurs, qu'on pouvoit lui donner celle du 29 avril 1621, qui
correspond en effet à un départ du roi; mais après un plus mûr
examen, il nous a semblé qu'il falloit la ramener à 1623.]
Un des jours de cette semaine, comme sur le soir je me pourmenois
joyeux pour donner quelque trefve à mes labeurs, et m'esgayer un peu
à l'escart, secouant le joug d'une griefve agitation d'esprit et
mortelle inquiétude qui me travailloit, j'aperçois une certaine de
ma cognoissance, que je ne veux nommer pour l'affection que je luy
porte, qui entroit comme transportée de fureur chez un eschevin de
ceste ville. Je prends resolution de la suivre, tant pour me divertir
que pour sçavoir la cause pour laquelle elle alloit en ce logis.
Elle estoit assistée d'une autre jeune femme que je ne cognois pas.
Je la suis donc et me glisse derrière la porte subtilement, où je me
cache afin d'entendre les discours qu'elles tiendroient, et venir à
la cognoissance du motif qui les faisoit acheminer en ce lieu. Je
suis esmerveillé que j'entends une grande assemblée de personnes qui
n'avoient pas volonté de rire, mais qui estoient merveilleusement
affligées; j'ouvrois les oreilles et estois attentif, comme un
homme qui a quelque soupçon de sa femme, lequel escoute tousjours
attentivement lorsqu'il l'entend parler avec quelqu'un (elle n'estoit
certes pas ma femme, ne vous persuadez pas cela). Je demeure quelque
temps que je ne pouvois facilement concevoir ce que la compagnie disoit.
Mais enfin j'entens que ceste femme icy (comme je l'entens à sa
parole, la frequentant ordinairement) parle en ces termes à une de
ses commères, nommée Jeanne Bernet, poissonnière de la place Maubert:
Vrayement, ma commère, il semble à vous voir que vous n'estes nullement
faschée de l'absence et du departement du roy[109]; au moins vous
n'en donnez aucun tesmoignage ny aucune marque evidente. Mais je croy
que peut-estre vous portez et couvez dans l'ame la tristesse qui vous
gesne, et la douleur qui vous espoinct et bourrelle l'esprit.
[Note 109: On peut voir, par un passage des _Caquets de
l'Accouchée_, combien ces départs du roi et de la cour, qui
dépeuploient Paris de tous les gens faisant grande dépense,
soulevoient de plaintes dans le corps des marchands. Les femmes
n'en gémissoient pas moins. Il parut à ce propos: _L'affliction
des dames de Paris sur le départ de leurs serviteurs et amis
suivant la cour, avec la consolation qui leur est faite sur ce
sujet_, par Cléandre.]
JEANNE BERNET. Que profite-il de declarer son mal manifestement, et
donner à cognoistre à tous le tourment qui vous accable, veu qu'il n'y
a aucun moyen d'y donner remède? Le roy est parti, ma commère: c'en est
faict, le coup est donné, voilà Paris encore une fois bien affligé. De
retourner en bref, il n'y a pas d'apparence: les affaires que l'on dict
qu'il a maintenant sont trop urgentes et de trop grande importance.
Nous voicy au comble de nostre malheur.
--Mais, dites-moy, je vous prie, ma commère, quelles affaires a-il pour
le présent? Tous les princes s'en vont, chacun fuit hors de Paris; le
vieil papelard de Chancelier[110] mesme sortoit mardy par la porte de
S.-Anthoine pour trainer sa queüe après le roy[111]. Que diable ne
laisse-il vistement sa jaquette? Il ne voit plus pour manier les seaux;
il semble qu'il est temps qu'il rende compte[112]: sa conscience est
bien chargée. Voilà un estrange cas, que le roy sejourne si peu dans
Paris[113].
[Note 110: C'est Brulart de Sillery, qui, malgré son grand âge,
avoit repris, le 23 janvier 1623, la charge de chancelier, qu'il
avoit occupée antérieurement, de 1607 à 1616.]
[Note 111: Sillery imitoit en cela Du Vair, l'un de ses derniers
prédécesseurs, qui avoit suivi le roi dans sa campagne de 1621,
pendant laquelle il étoit mort à Tonneins, le 3 août.]
[Note 112: Sa mort, arrivée le 1er octobre 1624, donna bientôt
raison aux caqueteuses. Il avoit rendu les sceaux le 2 janvier
précédent.]
[Note 113: C'étoit le troisième départ du roi. La première fois,
il étoit allé dans le Béarn; la seconde, dans le Poitou.]
JEAN. B. J'en suis si affligée que je ne sçaurois ouvrir la bouche
pour vous dire la raison. N'en sçavez-vous encore rien, pauvre femme?
Il s'en va à Fontainebleau[114]. Mais il a une certaine chose qui
lui ronge bien la cervelle! Hélas! le pauvre prince est grandement
tourmenté, la cour est bien troublée; le père Siguerand ne sçait de
quels traicts de rhetorique user pour apporter quelque consolation;
le père Binet[115], avec ses brocards et ses railleries, y perdroit
ses parolles. Le père Siguerant[116] alloit l'autre jour à S.-Louis
pour demander conseil à ceux de sa compagnie; mais un certain frère
Frappart, un de ceux qui a soin de faire tourner la broche et qui
maintenant dispose des sausses et faict detremper le poisson, a promis
de rescrire (à ce que m'a dit un père à calotte de la mesme société) en
Espagne, car il est du pays. Le père, qui a l'oreille du roy, pourra
appaiser la tourmente.
[Note 114: Ce voyage donna lieu à plusieurs livrets: _le Voyage de
Fontainebleau_, fait par MM. Bautru et Desmaretz, par dialogue,
1623, in-8; _le Messager de Fontainebleau, avec les nouvelles et
paquets de la cour_, 1623, in-8; _le Pasquil du rencontre des
cocus à Fontainebleau_; _le Clairvoyant de Fontainebleau_, 1623,
in-8.]
[Note 115: Le jésuite Etienne Binet, dont nous avons déjà parlé
dans une note de notre tome 1er, p. 128, note 2.]
[Note 116: Confesseur du roi. V. _Fæneste_, édit. Jannet, p. 65.]
--Mort de ma vie! falloit-il que cela arrivât? Le roy d'Espagne[117]
a-il envoyé quelque ambassadeur? Que n'est-il mort par les chemins,
affin que ceste triste nouvelle ne fut parvenuë à l'oreille du roy?
On dit que le conseil de France n'est pas beaucoup bon; mais celuy
d'Espagne est cent fois pire, puisqu'il a suggeré un acte si estrange
au roy. Bon Dieu! que l'Espagnol est mefiant! Il pense aux choses
futures; je ne pense pas qu'il se laisse attraper si facilement: il est
plus ruzé et plus cauteleux qu'on estime. Le François n'est pas pour
estre parangonné[118] à luy. Maudite nation, qui nous a tousjours une
inimitié et haine si estrange!
[Note 117: On avoit de vives craintes du côté de l'Espagne; en
1621 il avoit paru un petit libelle: _les Sentinelles au roi, ou
avertissement des dangereuses approches des forces espagnolles
pour bloquer le royaume de France et pays circonvoisins_, avril
1621, in-8. Mais ce fut bien pis, en 1623; on publia: _Progrès
des conquêtes du roi d'Espagne_, etc.; _Dessein perpétuel des
Espagnols à la monarchie universelle, avec les preuves d'iceluy_;
_Déclaration historique de l'injuste usurpation et détention de la
Navarre par les Espagnols_, etc.]
[Note 118: Comparé.]
J. B. Voilà une chose estrange, que le roi ne sçauroit estre en
repos. Il est tousjours traversé de quelque chose. Est-il possible
que messieurs les Rochelois le contraignent encore d'aller vers eux?
N'ont-ils pas assez experimenté son bras victorieux[119]?
[Note 119: Il y avoit eu en 1621, surtout du 9 au 24 juillet,
quelques beaux coups de main de l'armée royale contre la
garnison de La Rochelle; mais la ville n'en tenoit pas moins
intrépidement.]
Une damoiselle des halles, qui etoit plus loing avec l'assemblée de
messieurs les gros marchands, s'escarte et s'en vient vers ces femmes
icy, et leur tient ces propos: Que dites-vous maintenant, mesdames? Il
semble que vous avez l'esprit rompu et agité de quelque chose aussi
bien que moy! Voilà donc bien tout perdu! le malheur nous accable bien.
Je commençois à gaigner ma pauvre vie, et tout d'un coup j'ai esté
mise au blanc[120]. Je croyois avoir amassé une bonne pièce d'argent
pour passer l'année à mon aise, moy et mes enfans; mais un meschant
prouvoyeur m'a emporté deux cens escus: c'est le prouvoyeur de monsieur
de Nemours[121]. Il m'a presenté deux ou trois fois de la monnoye de
Flandre pour excuse, disant qu'il n'en avoit pas d'autres; mais au
refus il s'en est allé, et je ne l'ay plus reveu. Sans doute c'est de
l'argent de monsieur d'Aumale. Je ne croy pas pourtant que monsieur de
Nemours soit party, car il imiteroit volontiers l'empereur Domitian:
il s'amuseroit à prendre des mouches en sa chambre, tant il est lache
et coüard. Il faut pourtant que je sois payée. Je ne crois pas que ce
prouvoyeur oze faire cela, pour le respect de son maistre, car, si cela
venoit à ses oreilles, il en seroit repris.
[Note 120: C'est-à-dire au dernier sou. Le _blanc_ valoit alors 10
deniers.]
[Note 121: Henri de Savoie, duc de Nemours. V. sur lui notre
édition des _Caquets_, pag. 162.
Le duc de Nemours avoit épousé, en 1618, la riche héritière de
ce prince, Anne de Lorraine. C'est par ce mariage que le duché
d'Aumale passa dans la maison de Savoie, où il resta jusqu'en
1675.]
--Vrayment, ma commère (dit une autre petite friande), les maistres
ne s'en font que mocquer. L'autre jour je m'allois plaindre à un
certain Camus des Marests du Temple, que chacun cognoist assez pour
sa vaillance et grandeur de courage, que son prouvoyeur me devoit
quatre cens francs (je craignois qu'il s'en allast avec le roi). Il
m'a fort bien faict response, en sousriant, que ce n'estoit pas à luy
qu'il se failloit adresser, et qu'il ne pouvoit que faire à cela.
Mais j'ai entendu depuis peu de jours que Dieu l'a puny, car il a
perdu environ vingt mille escus au jeu, ce qui afflige fort madame sa
femme, car elle ayme l'esclat de l'or, et voudroit volontiers, pour
assouvir sa cupidité, se veautrer sur l'or et l'argent, tant elle
a son coeur attaché aux biens de ce monde, ne suivant pas en cela
l'exemple de son père, qui a foullé au pied les trésors et meprisé les
richesses.--Mais une vieille edentée, aagée environ de quatre vingts
ans, qui affectionnoit cette maison, commence, toute bouffie de colère,
à repliquer: Comment! vous avez tort de parler ainsi. Je fournis le
poisson chez son frère, mais j'en suis fort bien payée; l'argent est
tousjours comptant, pas de crédit. Dieu mercy, on ne me doit rien de ce
coté-là; je voudrois, à la mienne volonté, que tous ceux ausquels je
livre ma marchandise me payassent aussi bien comme on me faict chez luy.
L'argent est toujours comptant,
Mais les cornes y sont, pourtant.
--Vrayement (dit monsieur Martin, qui prestoit les oreilles à leur
jargon), voilà de beaux discours que vous faictes là! Ne sçavez-vous
pas que cet homme a trouvé la caille au nid? Les pistoles ne luy
manquent pas; il a moyen de faire bonne chère et de bien payer. Les
tresors luy sont venus en dormant: il a une belle femme et de beaux
escus.
--Mais c'est dommage, respondit de la Vollée, qu'il a trouvé le cabinet
ouvert, et qu'il n'a pas premier fouillé dans le buffet. Toutefois, si
elle a faict ouvrir la serrure, il n'y a remède. L'argent faict tout;
pourveu qu'il ne porte pas les cornes, tout va bien.
Ma femme s'est donné carrière,
Et elle a pris tous ses esbas;
Elle est une bonne guerrière
Qui ne craint beaucoup les combats.
Encor qu'elle ayt souillé sa gloire,
Je n'en pleureray pas, pourtant;
Je mets cela hors ma memoire:
C'est assez si j'ay de l'argent.
Une jeune camarde vient faire ses plaintes à monsieur Montrouge de ce
qu'elle estoit reduicte à l'extremité. Je voulois (disoit-elle) fournir
le poisson au logis de monsieur le president Chevry[122] et chez
monsieur Feydeau[123]. J'estois riche si d'aventure le roy n'eust pas
recherché ses financiers[124]; mais du depuis l'ordinaire n'a plus bien
esté; tout est allé à décadence. Au lieu de prendre pour six à huict
escus de poissons, ils n'en prennent plus que pour trois ou quatre.
Le pauvre president Chevry estoit tellement espouvanté qu'il n'avoit
pas le courage de prendre ses repas. Je croy qu'il avoit crainte de
danser sous la corde après avoir tant dansé au Louvre, comme il a faict
autrefois. Ses escus ont faict miracle: ils l'ont faict ressusciter,
car il estoit mort d'apprehension qu'il avoit. Voilà ce que c'est de
tant plumer la poule[125]. Il porte sa croix sur le manteau, tel qu'il
est. Je ne sçay si ce n'estoit pas un presage et un augure qu'il devoit
avoir pour tombeau la croix. Feydeau estoit en pareilles affaires;
il luy est bien venu qu'il avoit un tel gendre pour le deffendre.
Voilà quel profit on reçoit de marier sa fille à des courtisans et
gens d'espée[126]. Mais j'eusse esté bien marry qu'on luy eusse faict
tort, car j'ay eu beaucoup de son argent. Dieu luy donne bonne vie et
longue! Si ce malheur ne luy fut arrivé, j'aurois à ceste heure pour
payer un certain papelard, nommé le notaire Rossignol, qui demeure en
la rue S.-Anthoine, à qui nous devons quelque somme d'argent. Il seroit
content d'avaler toute la marée; il nous envoye presque tous les jours
demander le meilleur poisson que nous avons, et ce, en tesmoignage du
delay que nous faisons à le payer. C'est un estrange personnage. Je
ne sçay ce qu'il veut faire de ses escus. Il se laisseroit volontiers
mourir auprès, tant il est avare, chiche et vilain.
[Note 122: V. sur lui une longue note de notre édition des
_Caquets de l'Accouchée_, p. 147.]
[Note 123: L'un des gros financiers de ce temps-là. Son luxe
ordinaire fut cause que, dans _la Voix publique au roi_, il est
un de ceux qu'on désigne aux rigueurs royales (Recueil A-Z; E, p.
241). Cette famille des Feydeau quitta bientôt la finance et passa
dans la robe. (Journal de Marais, _Rev. rétrosp._, 30 novembre
1836, p. 189.) Au XVIIe siècle, un Feydeau, qui étoit dans
l'échevinage, donna son nom à une rue bien connue de Paris.]
[Note 124: V. encore, sur cette recherche des financiers, les
_Caquets de l'Accouchée_, passim.]
[Note 125: On connoît cette expression satirique, et le petit
livre contre les gens de finance dont elle inspira le titre:
_l'Art de plumer la poulle sans crier_, Cologne, 1710, in-12. En
1774, elle avoit encore cours. On la retrouve dans cette jolie
épigramme à propos de l'avénement de Louis XVI:
Enfin, la poule au pot sera donc bientôt mise,
On doit du moins le présumer:
Car, depuis deux cents ans qu'on nous l'avoit promise,
On n'a cessé de la plumer.]
[Note 126: Feydeau avoit marié sa fille au comte de Lude. (_La
Voix publique au roi_, ibid.)]
Veritablement, le bien de l'eglise est fort mal employé: jamais une
fille ne se doit rendre religieuse pour laisser ses moyens à telles
gens. Son gendre est plus honneste homme; il a une meilleure ame et
meilleure conscience; personne des officiers de l'artillerie ne se
plainct de luy.
--Quoy! respondit une jeune poissonnière du cimetière S. Jean, le mary
de laquelle est un des officiers. Vrayement, vous dites bien! Vous ne
cognoissez pas le disciple: luy et son commis Aubert[127] sont les
deux plus hardis voleurs qui soient dans la ville de Paris. On dit
que monsieur Donon, je veux dire Larron, a gaigné (s'il faut appeller
gaigner un larcin evident) à l'armée cent mille escus pour payer ses
debtes, ce qui enorgueillit sa femme. Il y a plus de deux mois que
mon mary va tous les jours chez luy pour en estre payé de ses gages.
Il est impossible de pouvoir parler à luy; il se faict celer; il
s'enferme dans son cabinet. Quand le pape de Rome viendroit et l'iroit
demander pour luy donner l'absolution de son larcin, il ne sortiroit
pas, tant il est empesché à dresser ses comptes. Sa femme ne l'est pas
tant: elle se resjouit et passe le temps joyeusement, allant visiter
ses courtisans d'un costé et d'autre, et, lorsque son mary n'est pas
au logis, elle loge ses amis. C'est se gouverner en femme de bien
d'exercer ainsi les actes de charité, logeant les pauvres et consolant
les affligez.
[Note 127: Sans doute le même qui étoit encore dans les finances
en 1649, et dont il est dit, à la page 3 du _Catalogue des
partisans_, etc., in-4, qu'il avoit été non seulement commis, mais
_lacquais_.]
Quand mon mary s'en va en ville,
Je demeure dans la maison,
Là où d'une façon gentille
J'entonne une douce chanson.
Je fais venir mon Bragelonne
Pour m'entretenir de discours,
Et, quand nous n'entendons personne,
Nous jouissons de nos amours.
Gentil mary, prend bon courage;
Si tu es au rang des cocus,
Ferme les yeux et fais le sage:
Mon père a encor des escus.
--Vrayement, c'est bien faict (dict une drolesse qui estoit de la place
Maubert). Pour moy, puisque mon mary s'en est allé avec le roy, et
que j'ay perdu quinze ou vingt escus que le valet d'un vieil reveur
de pedant m'a emporté, je tascheray d'avoir de l'argent d'ailleurs.
Je n'ay pas envie de faire encore banqueroutte à ceux qui m'ont fait
credit. Si je ne les paye d'une façon, je les payeray d'une autre,
pourveu qu'ils me veullent croire. Voicy les bons jours, il faut
gaigner de l'argent auparavant que chacun s'adonne à la devotion. Il me
faut faire les oeuvres de charité, logeant les aveugles, comme faict
la femme d'un procureur du Chastelet qui fait la devote; et lors que
son badaut de mary va vendre son caquet et gratter le papier, elle va à
confesse dans la chambre d'un qui luy donne l'absolution par le devant.
Jeanne le Noir, du marché Neuf, se tient offensée de tels discours.
Elle la fait taire, et luy parle en ces termes: Il n'est pas temps de
compter icy des sornettes; il ne faut pas chanter devant un affligé, ny
rire devant un qui pleure.
--Il est vray, dit le sieur Bonard; certes, vous avez raison. Je ne
sçaurois maintenant ouyr parler que de l'infortune qui nous est arrivé.
Mon coeur fond en larmes quand j'y pense. Je voudrois bien prendre
patience, et toutesfois je ne puis. Contentez-vous donc, ma bonne amie,
si nous sommes assez affligez; n'augmentez pas l'affliction par vos
sales et importuns discours. Je perds ce caresme presque deux mille
escus; je n'ay pas occasion de rire. Je suis pour le moins autant
affligé que monsieur de Crequy[128], qui perdit ces jours passez vingt
mille escus, avec un beau diamant d'un fort grand pris. Toutesfois il
me semble qu'il ne doit avoir aucune occasion de s'atrister, car, outre
que ses coffres sont assez fournis, le connestable[129] en amasse pour
luy. L'espérance qu'il a luy doit apporter une consolation et bannir
de son esprit toute tristesse. Les frères de Luyne[130] ont bien plus
grande occasion de detester leur sort et s'affliger, car ils sont
comme chahuans qui n'osent paroistre au jour. Ils ont voulu, comme
papillons, s'approcher trop près de la chandelle; ils se sont bruslez
les ailes, et ne doivent plus à rien aspirer qu'à vivre doucement avec
leurs femmes, qui mordent souvent leurs lèvres de fascherie qu'elles
ont d'avoir esté deceues. Bon Dieu! j'esperois faire un grand gain ce
Caresme, mais le subit departement du roy m'en a bien osté le moyen.
[Note 128: Le maréchal de Créqui. V. sur lui une note de notre
édition des _Caquets de l'Accouchée_, p. 170-171.]
[Note 129: Le connestable de Lesdiguières, dont M. de Créqui étoit
le gendre.]
[Note 130: Depuis la mort de Luynes au siége de Monheur, la
situation de ses frères étoit devenue telle qu'on la représente
ici.]
L'evesque, lequel escoutoit ces discours, comme c'est un fort bon
cors d'homme, tasche à les consoler tous, et par des paroles douces
et amiables prend peine de leur oster l'ennuy et la tristesse qui les
surmontoit. Mes amis, et chère compagne (dit-il), il faut prendre
patience parmi les misères du temps: nous sommes en un miserable
siècle; nous ne sommes pas seuls qui sommes affligez. J'ay aussi bien
perdu comme vous; mais neantmoins je ne me laisse pas emporter ainsi
à l'ennuy; je combats la douleur qui me vient environner. Que si j'ay
perdu ce caresme, l'année prochaine ma perte sera remplie, avec la
grace de Dieu. Je suis d'un naturel que j'espère tousjours; semblable
à celui qui esperoit avoir les seaux, et espère encore, mais en vain,
possible. Que profite-il à un homme de se desesperer pour chose qui
arrive? Celuy qui a vendu son office soubs l'esperance de faire une
meilleure fortune par la faveur de feu monsieur de Caumartin[131] a
subject de s'attrister, car, pauvre homme, il se voit pipé et frustré
de son esperance, et recognoist qu'il ne faut pas tant mettre sa
confiance ès choses de ce monde: la mort a empesché son dessein, et il
est contrainct de gemir et souspirer amerement.
[Note 131: Louis Lefevre de Caumartin avoit été fait chancelier
en 1622, et étoit mort peu de mois après. Nous ne savons quel
est l'ambitieux qui, sur sa promesse, à ce qu'il paroît, s'étoit
flatté d'obtenir son héritage, et fut trompé par sa mort trop
prompte.]
--Certes vous dittes bien (respondit monsieur de la Volée); nous avons
des compagnons, et ne sommes pas seuls qui sommes tombez en la disgrace
de la fortune; je vois que les plus grands princes et les plus grandes
princesses de la cour trempent dans un mesme malheur. Je cognois une
pauvre dame qui estoit retournée d'Italie pour le mauvais traittement
de son mary, esperant de se venir ranger sous les ailes de son frère;
mais le sort a voulu, au grand regret de tout le royaume, qu'il a
ressenti devant Montauban[132] les traicts funestes et rigoureux de la
cruelle Parque; tellement qu'elle souspire et sanglotte jour et nuict,
et est contraincte de faire comme les jeunes filles que leurs parens
ne veulent assez tost marier: elle prend sa queue entre ses mains et
prend patience. Pour moy, je ne seray pas saisi d'un desespoir comme
celuy qui nous a devancé, que chacun cognoit assez pour le traict digne
d'admiration qu'il a faict, lequel, ne pouvant obtenir de Sa Majesté
ce qu'il desiroit et accomplir ses desseins, s'est fait enterrer au
point où vous sçavez. O sepulcre merveilleux! ô tombeau honorable! Sa
sottise estoit grande et son aveuglement estrange. J'ay peur toutefois
que quelqu'un de la compagnie fasse le mesme; Dieu ne veuille! J'ay
resolu, pour moy, d'estre tousjours comme un ferme rocher contre les
tribulations qui me surviendroient. Si je ne fais pas bien mes affaires
en ce monde, et si la fortune m'est contraire, il n'y a remède; c'est
signe que Dieu m'ayme, et que j'auray mes souhaits en l'autre monde.
Belle resolution! Courage donc, vous autres qui estes tombés en
affliction. Monsieur de Schomberg, resjouissez-vous: c'est une marque
que le Ciel vous favorise; si le brigand et voleur de Mercure est mis
au nombre des dieux, pourquoy n'y seriez-vous pas mis aussi bien comme
luy[133]?
[Note 132: Le siége de Montauban fut très meurtrier pour la
noblesse qui combattoit dans l'armée royale. V., sur ceux qui y
sucombèrent et sur les soupçons auxquels leur mort donna lieu, les
_Caquets de l'Accouchée_, p. 159.]
[Note 133: Le trait devient plus piquant lorsqu'on sait que M. de
Schomberg étoit surintendant des finances.]
Martin, un de ceux qui reçoit les deniers, entendant qu'il parloit
ainsi, et admirant sa constance, commence à secouer le joug de la
douleur et s'esgayer, luy parlant en ces termes: Vrayement, nous sommes
insensez de nous tant affliger pour les biens de ce monde! N'avez-vous
pas parlé aujourd'huy à monsieur Chanteau? On m'a dict qu'il veut
vendre son lict en broderie.... Est-il possible? Je ne le crois pas.
Certes, s'il le fait, c'est une marque evidente qu'il a bien perdu,
aussi bien comme nous.
Madame Roberde, qui estoit en un coing, triste et toute esplorée,
comme saisie de fureur et de rage, et faisant destiller de ses yeux un
torrent de pleurs, accusant la severité du ciel et blasmant son sort,
s'escrie en ces termes (ses cheveux espars ventilloient de toutes
parts; sa face estoit toute battue; bref, elle estoit en un triste et
deplorable esquipage):
Voilà la chance retournée!
Au diable soit le poisson!
Je voudrois que de ceste année
N'en eusse veu en ma maison.
Mais une autre poissonnière, la voyant en ce piteux estat, commence
à luy repartir: A la verité, je ne sçay pourquoy vous vous affligez
tant. Sus, quittez vos pleurs et vos sanglots. Je devrois bien donc
avoir juste occasion de me laisser saisir à la douleur, moy qui ay
tant presté que je suis pauvre maintenant! Vous sçavez que chacun m'a
abuzé; il n'y a provoyeur ny cuisinier qui ne m'ait trompé: les uns
m'ont emporté cent francs, les autres deux cens, et les autres cent
escus. J'ay encore un cheval d'argent chez nous, comme vous sçavez,
lequel est pour gage.... Il me faut mourir de faim auprès, car de le
vendre ou de l'engager je n'ozerois, veu que celuy auquel il appartient
a trop de credit et de puissance: il me ruineroit. Il n'y a rien qui
me puisse consoler, sinon que l'on me doit encore un peu d'argent
chez monsieur le chancelier; mais ce vieux radoteur-là est si chiche,
qu'il est impossible de tirer de l'argent de luy. Ses officiers sont
aucune fois au desespoir.... Quand on luy parle d'aller fouiller dans
ses coffres, il a la goutte; mais quand on luy parle d'aller recevoir
de l'argent, il va gaillardement; vous diriez, à le voir, qu'il n'a
jamais eu les gouttes. Regardez comment il suit le roi! Il a envie
d'emplir ses seaux, pour le certain. Je n'ay pas tant de peine d'estre
payée de monsieur de Beaumarché: c'est un honneste homme[134]; tous
ses serviteurs se louent bien de luy. C'est dommage que cet homme-là
n'a de l'esprit; mais j'ay entendu que c'est une vraye pecore. Aux
asnes tousjours l'avoine vient, mais elle manque aux chevaux qui sont
capables de quelque chose de bon.
[Note 134: Beaumarchais n'avoit en aucune façon la réputation
d'honnêteté qu'on lui donne ici. Lors de la recherche des
financiers, c'est contre lui et contre son gendre, La Vieuville,
qu'on sévit le plus rigoureusement. On les accusoit d'avoir volé
en quelques mois plus de 600,000 francs. (_La Voix publique au
Roy_, _Recueil_ A-Z, E, 237-241.)]
Un bon compagnon de serviteur qui estoit derrière, entendant tous ces
discours, se lève et leur dict: Mais on se plaint bien icy de tous les
bourgeois et messieurs de la ville qu'on perd à la vente du poisson;
mais personne ne parle de ce que vous avez perdu après messieurs de la
religion. Le pauvre ignorant ne sçavoit pas, ou bien il le dissimuloit,
que telles gens n'usent point de ceste viande. J'ai veu, dict-il, un
certain qui venoit de Charenton, lequel se gabboit de vous autres,
disant qu'il vous faudroit saller votre poisson pour l'année prochaine;
mais il esperoit, à l'entendre, que le pape avoit resolu de deffendre
le caresme. Je ne sçay si c'est la verité. Les Celestins alors auroient
beau manger poisson, vrayment nous les verrions encore une fois aussi
gras qu'ils sont. Il feroit bon de prendre la robbe en ceste religion,
afin de faire bonne chère, encore bien que leur trongne ordinaire
demonstre assez evidemment qu'ils ne jeusnent nullement, ou, s'ils
jeusnent, qu'ils font de bons repas. Je cognois un bon père là-dedans
qui m'a confessé qu'il mange tous les jours de quarante sortes de mets
pour un seul repas avec une quarte de bon vin à vingt-cinq ou trente
escus le muys et demy-douzaine de bonnes miches. Ne voilà pas un bon
traictement?
--Certes, je ne sçay comment ils ne deviennent pas amoureux: car tant
plus qu'un homme est bien traicté, d'autant plus sa concupiscence
s'allume et s'enflamme. Toutefois, quand ils le seroient, leur
prelat[135] l'est bien. Celuy qui doit estre la lumière, le flambeau
et le phare de l'Eglise, se laisse trahyr et piper par ses passions.
C'est peut-estre qu'il ne sçauroit à quoy passer le temps. L'oysiveté
engendre beaucoup de maux. De feuilleter les livres, je ne sçay s'il
a la teste chargée de science. Pour moy, j'estimerois que c'est un
asne coiffé d'une mitre, sauve le respect que je luy dois. Quand cela
seroit, il n'est pas seul: j'en cognois d'autres, tant prelats que
pasteurs, comme le pasteur de Sainct-Germain le Vieil[136], qui, avec
sa grande barbe de bouc, ne meriteroit que conduire les oysons. Qu'il
ne s'en fasche pas, car je sçay qu'il s'estime estre un grand prophète
entre messieurs les curez de Paris.
[Note 135: Jean-François de Gondi occupoit le siége de Paris
depuis un an à peu près. Sa vie, dans sa maison de Saint-Cloud,
étoit bien telle qu'on la représente ici.]
[Note 136: C'étoit une petite paroisse située rue du Marché-Neuf.
On l'a démolie en 1802. Les maisons portant les n{os} 6 et 8
tiennent sa place.]
Monsieur l'eschevin, cependant, qui s'amusoit à parler à ceux de son
logis touchant le soupper, vient rejoindre la compagnie, et, voyant
qu'il estoit environ huict heures du soir, il les congedie, les
conjurant tous de ne se pas attrister, et promettant qu'il mettroit
ordre à tout. Cependant de vous dire ce qui fut dict à la sortie je
ne sçaurois: car, de peur d'estre descouvert, je commençay à esquiver
et fuir vistement. Ils pourront faire une autre assemblée; peut-estre
vous en entendrez parler; quant à moy, je n'y veux plus aller, car,
vers Sainct-Innocent, je courus grand risque et grand peril de perdre
mon manteau et avoir les epaulles graissées d'une graisle de coups de
baston.
_La Moustache des filous arrachée, par le sieur Du Laurens_[137].
[Note 137: Sans doute Jacques Du Lorens, de qui l'on a un recueil
de satires. La pièce que nous donnons ici ne s'y trouve pas.]
Muse et Phebus, je vous invoque.
Si vous pensez que je me mocque,
Baste! mon stil est assez doux;
Je me passeray bien de vous.
Je veux conchier la moustache,
Et si je veux bien qu'il le sçache,
De cet importun fanfaron
Qui veut qu'on le croye baron,
Et si n'est fils que d'un simple homme.
Peu s'en faut que je ne le nomme.
Il se veut mettre au rang des preux
Pour une touffe de cheveux,
Et se jette dans le grand monde
Sous ombre qu'elle est assez blonde,
Qu'il la caresse nuict et jour,
Qu'il l'entortille en las d'amour[138],
Qu'il la festonne, qu'il la frise,
Pour entretenir chalandise,
Afin qu'on face cas de luy:
Car c'est la maxime aujourd'huy
Qu'il faut qu'un cavalier se cache
S'il n'est bien fourny de moustache.
S'il n'en a long comme le bras,
Il monstre qu'il ne l'entend pas,
Qu'il tient encor la vieille escrime,
Qu'il ne veut entrer en l'estime
D'estre un de nos gladiateurs,
Mais plustost des reformateurs,
Et qu'avec son nouveau visage
Il pretend corriger l'usage,
Ce qu'il ne pourroit faire, eust-il
Glosé sur le docteur subtil[139].
L'usage est le maistre des choses;
Il fait tant de metamorphoses
En nos moeurs et en nos façons,
Que c'est le subject des chansons.
Quiconque ne le veut pas suivre,
Fait bien voir qu'il ne sçait pas vivre.
Les roses naissent au printemps;
Il faut aller comme le temps.
Le sage change de methode:
On luy voit sa barbe à la mode,
Et ses chausses et son chappeau;
En ce differant du bedeau,
Qui porte, quelque temps qu'il fasse,
Mesme bonnet, et mesme masse[140];
Son habit fort bien assorty,
Comme une tarte my-party,
Toutesfois sans trous et sans tache.
Il n'entreprend sur la moustache
De nostre baron pretendu,
De peur de faire l'entendu
Et en quelque façon luy nuire,
Car c'est elle qui le fait luire,
Qui fait qu'il se trouve en bon lieu
Et qu'il disne où il plaist à Dieu;
Car il n'a point de domicille,
Et s'il ne disnoit point en ville,
Sauf vostre respect, ce seigneur
Disneroit bien souvent par coeur.
Bien que pauvreté n'est pas vice,
Ceste moustache est sa nourrice,
Son honneur, son bien, son esclat.
Sans elle, ô dieux! qu'il seroit plat!
Ce beau confrère de lipée,
Avecque sa mauvaise espée
Qui ne degaine ny pour soy
Ny pour le service du roy.
Quoy qu'il ait eu mainte querelle,
Elle a fait voeu d'estre pucelle[141]
Comme son maistre le baron
Fait estat de vivre en poltron,
Je dis plus poltron qu'une vache,
Nonobstant sa grande moustache,
Qui le fait, estant bien miné,
Passer pour un determiné,
Capable, avec ceste rapière,
De garder une chenevière[142].
Il tient que c'est estre cruel
Que de s'aller battre en duël.
Qu'on le soufflette, il en informe,
Et vous dit qu'il tient cette forme
D'un postulant du Chastelet,
Qui n'avoit pas l'esprit trop let,
Et le monstra dans une affaire
Qu'il eut contre un apotiquaire
Pour de pretendus recipez
Où il y en eust d'attrapez.
La loy de la chevalerie,
C'est l'extrême poltronnerie.
Il fait pourtant le Rodomont
A cause qu'il fut en Piedmont,
Ou, que je n'en mente, en Savoye,
D'où vient ce vieux habit de soye,
Qui merite d'estre excusé
Si vous le voyez tout usé:
Il y a bien trois ans qu'il dure.
Fust-il de gros drap ou de bure,
Aussi bien qu'il est de satin,
Il eust achevé son destin.
Mais sa moustache luy repare
Tout ce que la nature avare
Refuse à son noble desir.
C'est son delice et son plaisir,
C'est son revenu, c'est sa rente,
Bref, c'est tout ce qui le contente,
Et fait, tout gueux qu'il est, qu'il rit
Qu'avec grand soin il la nourrit;
Qu'il ne prend jamais sa vollée
Qu'elle ne soit bien estallée;
Que son poil, assez deslié,
D'un beau ruban ne soit lié,
Tantost incarnat, tantost jaune.
Chacun se mesure à son aune:
Il y a presse à l'imiter.
Les filoux osent la porter
Après les courtaux de boutique;
Tous ceux qui hantent la pratique,
Laquais, soudrilles[143] et sergens,
Quantité de petites gens
Qui veulent faire les bravaches,
Tout Paris s'en va de moustaches.
Ils suivent leur opinion
Contre la loy de Claudion.
Vous n'entendez que trop l'histoire...
Nos gueux s'en veulent faire à croire
En se parant de longs cheveux.
Pensez qu'au temple ils font des voeux
Et prières de gentils-hommes.
O Dieux! en quel siècle nous sommes!
Qu'il est bizarre et libertin!
Quant à moy, j'y perds mon latin,
Et suis d'advis que l'on arrache
A ce jean-f..... sa moustache.
Le mestier n'en vaudra plus rien,
Nostre baron le prevoit bien:
C'est ce qui le met en cervelle.
La sienne n'est pas la plus belle.
Il sent bien que son cas va mal.
Je le voy dans un hospital,
Ou qui se met en embuscade
Pour nous demander la passade.
Il peut reüssir en cet art,
Car il est assez beau pendart
Pour tournoyer dans une eglise;
Mais je luy conseille qu'il lise,
S'il veut estre parfait queman[144],
Les escrits du brave Gusman,
Dit en son surnom Alpharache[145].
Bran! c'est assez de la moustache.
[Note 138: C'étoit la moustache à l'espagnole. G. Naudé, dans _le
Mascurat_, parle des caricatures qui couroient de son temps contre
les Espagnols, et où on les représentoit avec «leur nez à la
judaïque, leurs moustaches recroquillées en cerceau.» Le propre du
courtisan étoit, selon Auvray, de toujours
Bransler le corps, faire un cinq pas,
_Trousser les crocs de sa moustache_.
(_Satyres_ du sieur Auvray, _l'Escuelle_, p. 232.)]
[Note 139: Duns Scott.]
[Note 140: Les bedeaux de l'Université portoient aux processions,
devant le recteur et les quatre facultés, une _masse_ ou bâton à
tête garni d'argent.]
[Note 141: Ceci nous rappelle le couplet qu'on fit contre le
maréchal de Villeroy:
Quand Charles sept contre l'Anglois
N'avoit plus d'espérance,
De Jeanne d'Arc Dieu fit choix
Pour délivrer la France.
Ne t'embarrasse pas, grand roi!
Cent fois plus sûre qu'elle,
Dans le fourreau de Villeroi
Il est une _pucelle_.]
[Note 142: Lieu semé de chenevis. On y mettoit, pour empêcher les
oiseaux d'approcher, un mannequin habillé en homme, que le _Dict.
de Trévoux_ appelle _épouvantail de chenevière_.]
[Note 143: Le _soudrille_ étoit un garnement qui devoit son nom
aux drilles ou lambeaux dont il étoit habillé. Une pièce de
Saint-Amant a pour titre _Cassation des soudrilles_.]
[Note 144: Pour _quémandeur_, mendiant.]
[Note 145: Ce roman de Math. Aleman étoit alors à la mode. G.
Chappuis en avoit donné une traduction françoise en 1600, et,
trente ans après, Chapelain devoit en donner une autre.]
_Accident merveilleux et espouvantable du desastre arrivé le 7e jour
de mars de ceste presente année 1618, d'un feu inremediable, lequel a
bruslé et consommé tout le palais de Paris[146]. Ensemble la perte et
la ruyne de plusieurs marchands, lesquels ont esté ruynez et tous leurs
biens perdus._
_A Paris, chez la vefve Jean du Carroy, rue S.-Jean-de-Beauvais, au
Cadran._