C’est une nouvelle secte créée par les indifférents: les _j’men
foutistes_ (Argot du peuple). _N._
=SENTINELLES=: Étrons déposés le long des murs par des passants
pressés (Argot du peuple).
=SENTIR LE ROUSSI=: Synonyme de _sentir mauvais_ (Argot du peuple).
_N._
=SERINGUE=: Machine à vapeur qui fonctionne mal; allusion au bruit du
piston (Argot des ouvriers).
=SERINER=: Divulguer. _L. L._
_Seriner_: Apprendre quelque chose à quelqu’un qui a la tête dure, en
lui _serinant_ sans cesse.
Vient d’un petit instrument qui n’a qu’un air: _la serinette_.
On _serine_ un merle, un geai, un chanteur ignorant la musique, une
leçon, un discours; en un mot _seriner_ veut dire apprendre (Argot du
peuple). _N._
=SERINETTE=: Jouer un air de _serinette_ à quelqu’un (Argot des
voleurs). =V.= _Maîtres chanteurs_.
=SERRÉ=: =V.= _Gerbé_.
=SERRER SA CEINTURE D’UN CRAN=: Compression du ventre, afin d’empêcher
les intestins de crier famine (Argot du peuple).
=SERRER LA CUILLÈRE= (Se): Poignée de main. Par abréviation, on dit:
je te la _serre_, ou bien encore: _serre_-moi la _pince_ (Argot du
peuple).
_SERRER LA VIS_: Étrangler quelqu’un (Argot du peuple).
=SERGOT=: =V.= _Bec de gaz_.
=SERPILLÈRE=: Soutane du curé (Argot des voleurs).
=SERPILLIÈRE=: Tablier des carabins (Argot des voleurs).
=SERVIR DE BELLE=: Dénoncer un complice faussement (Argot des voleurs).
=SERVIR= (Faire): Faire arrêter quelqu’un (Argot des voleurs).
=SEZIÈRES=: Lui (Argot des voleurs).
=SIFFLER AU DISQUE=: Demander de l’argent à quelqu’un; le solliciter
d’ouvrir son porte-monnaie.
Allusion au mécanicien qui _siffle au disque_ pour demander
l’ouverture de la voie (Argot du peuple).
=SIFFLET D’ÉBÈNE=: =V.= _Habit à queue de morue_.
=SIGNER DES ORTEILS=: Le pendu, dans ses derniers tressaillements,
agite les pieds (Argot du peuple).
=SIGUE=: Pièce de vingt francs (Argot des voleurs).
=SIGUE= (Un demi): Pièce de dix francs (Argot des voleurs).
=SIME=: Patrouille.
J’ai cherché en vain la raison de cette expression, elle n’a pu m’être
expliquée, même par des récédivistes; comme elle est usuelle, je la
donne (Argot des voleurs).
=SIMONE= (La): Vol à la tire-lire.
Ce vol est pratiqué par de faux vidangeurs. On nomme ces voleurs des
_simonneurs_ parce que ce truc fut inventé par un nommé Simon (Argot
des voleurs).
=SINGE=: Patron.
Presque tous les corps de métiers, à l’exception des chapeliers,
nomment leur patron un _singe_.
_Singe_, ouvrier compositeur.
Ce n’est pourtant pas dans un atelier de typographie qu’il faut
chercher des _grimaces_ (Argot du peuple).
=SINGLEURS=: Les doigts (Argot du peuple). =V.= _Salsifits_.
=SINVE=: Bonne tête, bon à _fabriquer_.
Synonyme de _pante argoté_.
_Affranchir un sinve_: rendre un imbécile, canaille et voleur.
Il n’y a souvent pas grande besogne à faire (Argot des voleurs).
=SIROP DE MACCHABÉE=:
Allusion aux gens qui se noient.
Ils _sirotent_ bien malgré eux l’_eau_ de la rivière (Argot des
voleurs).
=SKATING À MOUCHE=: La tête.
Les mouches, quand l’homme est chauve, y patinent à leur aise (Argot
du peuple). _N._
=SOIFFARD=: Homme qui a toujours _soif_.
Dans le peuple, comme superlatif, on dit: Il boirait la mer et les
poissons (Argot du peuple).
=SOIFFER=: Boire comme une éponge (Argot du peuple).
=SOISSONNAIS=: Des haricots (Argot des voleurs).
=SOLDE=: Quand un négociant veut liquider, il _solde_ le restant de
ses marchandises.
Elles sont généralement achetées par des juifs qui, à leur tour
les _soldent_, partout, où ils peuvent en y joignant souvent des
marchandises volées (Argot du peuple).
=SOLIR=: Vendre.
Ce mot a donné naissance à une expression des plus pittoresques. Pour
dire que l’on achète sur _parole_, on emploie cette phrase:
_Solir sur le verbe_ (Argot des voleurs).
=SOLLICEUR DE ZIF=: Commis-voyageur marron qui vend sur faux
échantillons.
C’est une variété du _goureur_.
_Zif_ veut dire marchandise imaginaire.
Le _solliceur à la pogne_ est le frère du _solliceur de zif_ (Argot
des voleurs).
=SONDEUR=: Avocat. _L. L._
_Sondeur_, _sonder_ quelqu’un pour savoir ce qu’il a dans le ventre.
Allusion au _sondage_ d’un terrain pour en reconnaître la nature
(Argot du peuple). _N._
=SONNER=: Quand un client fait du tapage dans une maison de tolérance,
le garçon le jette à la porte, et s’il se rebiffe, il lui casse
la tête sur l’angle du trottoir; la tête a _sonné_ (Argot des
souteneurs). _N._
=SONNETTES=: Pièce de cent sous.
Allusion au tintement que produisent en se heurtant les pièces, dans
la poche du pantalon (Argot du peuple).
=SONNETTES=: Grignenaudes de boue qui pendent aux poils des chiens.
_A. D._
_Sonnette_ s’applique à toutes les _grignenaudes_ qu’elles soient de
boue ou d’autres matières.
Inutile d’insister (Argot du peuple).
SORBONNE: Tête.
Vieille expression; on lit en effet, dans la chanson du _Canstel_:
Des réflexions m’trottaient dans la _Sorbonne_.
(Argot des voleurs).
=SORGUE=: La nuit (Argot des voleurs).
=SORGUER=: Dormir.
C’est une très vieille expression.
D’autres écrivent _sorgne_; c’est une erreur (Argot des voleurs).
=SORGUER À LA PAIRE=: Coucher à deux (Argot des voleurs).
=SORGUEUR=: Voleur de nuit (Argot des voleurs).
=SORTE=: Quand un camarade quitte son _rang_ pour aller raconter à un
copain une histoire de brigand inventée de toutes pièces, l’autre lui
répond:
—Laisse-moi avec ta _sorte_.
Pour une mauvaise plaisanterie faite à un camarade, la réponse est la
même.
L’expression _sorte_ vient de ce que, lorsqu’il manque des caractères
dans une _casse_, la _sorte_ est absente.
_Sortier_, celui qui fait des _sortes_ (Argot d’imprimerie).
=SORLOTS=: Souliers (Argot du peuple). =V.= _Ripatons_.
=STRAPONTIN=: Femme qui a l’estomac bien garni.
Elle possède un _strapontin_ supérieurement rembourré—ce n’est
pourtant pas une place pour s’asseoir.
On appelle aussi _strapontin_ la tournure que les femmes mettent sous
leurs jupons, pour paraître avoir un postérieur engageant (Argot du
peuple). _N._
=SOUBASSEMENT=: Les pieds.
Ils supportent le corps comme le _soubassement_ d’un piédestal
supporte la statue (Argot du peuple).
=SOUFFLET= (Le vol au): Ce genre de vol est très original, il est à la
portée de tous et ne demande ni instrument ni apprentissage. Il s’agit
simplement d’entrer dans un magasin au moment où une femme tire son
porte-monnaie de sa poche pour solder une emplète, de se précipiter en
lui flanquant un _soufflet_ à en voir trente-six chandelles, en lui
disant à voix haute:
—Ah! coquine, voilà où passe l’argent du ménage.
Pendant que la femme revient de sa surprise, le faux mari est loin
(Argot des voleurs).
=SOUFFLET=: Le derrière.
Il ne fait guère bon être sous le vent qu’il produit (Argot du peuple).
=SOUFFLEUR DE BOUDIN=: Individu à visage boursouflé, joufflu.
Allusion au compagnon charcutier dont les joues gonflent quand il
_souffle_ dans le boyau.
Cette expression est également employée d’une autre manière, sous
forme de proposition (Argot du peuple). _N._
=SOUFFRANTES PERLÉES=: Allumettes (Argot des voleurs).
=SOULOGRAPHE=: Pochard qui prend trop souvent la _barbe_.
_Soulographie_ (en avoir une belle): être pochard (Argot d’imprimerie).
=SOULOIR=: Un verre.
L’allusion est claire; plus le pochard boit de _verres_, plus il est
_saoul_ (Argot du peuple). _N._
=SOULOIR DES RATICHONS=: Autel sur lequel le prêtre dit la messe.
La figure est fausse; c’est le _ciboire_ qui contient le vin qui est
le _souloir_ (Argot des voleurs).
=SOUPAPE=: Casquette (Argot des souteneurs).
=SOUPE À L’HERBE= (En manger une): Aller gouaper dans les champs sans
avoir le sou et s’allonger sur l’herbe pour dormir:
—Qui dort dîne (Argot du peuple). _N._
=SOUPE ET LE BŒUF=: La femme dit cela du mari et, naturellement, le
mari de sa femme.
Synonyme de _pot-au-feu_.
Cette expression a donné naissance à un dicton qui est très ancien:
—Toujours du _bouilli_, jamais de _rôti_ (Argot du peuple). _N._
=SOUPÉ DE TA FIOLE=: J’ai assez de ta figure (Argot du peuple). _N._
=SOUS PRESSE=: Femme très occupée sur sa chaise longue à écouter le
récit d’un explorateur (Argot des filles). _N._
=SOURICIÈRE= (La): Est une annexe du Dépôt de la Préfecture de Police;
les prévenus passent là avant de comparaître devant les chambres
correctionnelles; ils y repassent après jugement pour monter en panier
à salade et être dirigés sur les prisons où ils doivent subir leur
peine.
La _souricière_ est aussi appelée _les trente-six carreaux_, parce que
chaque fenêtre a ce nombre de vitres.
Ou dit aussi: _établir une souricière_ pour pincer les complices qui
viennent au gîte (Argot des voleurs).
=SOURICIÈRE=: Cabaret connu de la police, tenu par un patron qui
_nonne_ sur _l’orgue_ de ses clients dont la plupart sont des voleurs.
La pêche se fait là sans hameçon (Argot des voleurs).
=SOURDOCHE=: Lanterne sourde (Argot des voleurs).
=SOUTENEUR=: Individu qui vit des filles qui se livrent à la
prostitution, fainéant, voleur et assassin si l’occasion se présente;
on le trouve en haut comme en bas de l’échelle sociale (Argot du
peuple).
=SOUS-VENTRIÈRE=: Écharpe.
—As-tu vu le _quart-d’œil_ avec sa _sous-ventrière_, y la _dégotte_
mal?
Allusion à la _sous-ventrière_ du cheval (Argot du peuple).
=STORES=: Paupières qui s’abaissent et se relèvent à volonté (Argot
des voleurs).
=STUC=: Part de vol.
Synonyme de _fade_, comme _stuquer_ (partager) l’est de _fader_.
_Stuquer_ est encore pris dans le sens d’_étrenner_: recevoir des
coups.
—La _gosse_ a _stuqué_ (Argot du peuple). _N._
=SUBLIMER=: Travailler alors que les autres dorment.
Il faut, en effet, être _sublime_ de courage.
Cela ne se voit guère de nos jours, où huit heures de travail c’est
encore de trop, ce qui n’empêche pas les poètes de chanter le
_sublime_ ouvrier (Argot du peuple).
=SUCE-CANELLE=: Ivrogne invétéré qui _suce_ jusqu’à la dernière goutte.
Une vieille chanson que le pitre de Moreau, le tireur de cartes,
récitait sur la place de la Bastille, vers 1848-1849, dit:
Si je meurs que l’on m’enterre
Dans la cave où est le vin,
Le nez contre la muraille
Et la tête sous le robin.
S’il en reste une goutte encore,
Ce sera pour me rafraîchir,
Et si le tonneau défonce,
J’en boirai à mon loisir.
(Argot du peuple).
=SUCE-LARBIN=: Bureau de placement (Argot des voleurs).
=SUCER LA PRALINE=: Il est absolument impossible d’expliquer cette
expression (Argot des filles). =V.= _Accouplées_.
=SUCER LA POMME= (Se): S’embrasser.
Allusion au moutard qui _suce une pomme_ avant de la manger (Argot du
peuple). _N._
=SUCER UNE PÈCHE=: Boire un coup (Argot du peuple).
=SUÇON=: Faire une consommation fantastique de sucres d’orge. _L. L._
_Suçon_: en faire un sur l’épaule ou sur la gorge d’une jolie femme,
ce n’est pas précisément _sucer_ du sucre d’orge, c’est lui faire
venir le sang à la peau. Ce qui a donné naissance à cette expression:
ce n’est pas de l’amour, c’est de la rage, pour ceux qui embrassent de
cette manière (Argot du peuple). _N._
=SUCRE DE POMME=: Pince qui sert à fracturer les portes.
—Avant de _cavaler_ assure-toi que ton _sucre de pomme_ pourra
_pessigner_ la _lourde_ (Argot des voleurs). _N._
=SUCRÉ=: Se dit d’une femme mijaurée: elle fait sa _sucrée_.
Se croire plus _sucré_ qu’un autre: s’imaginer lui être supérieur.
Il a été _sucré_ pour _salé_.
Les joueurs ont adopté cette expression pour marquer les points avec
des jetons: il faut _sucrer_ monsieur (Argot du peuple). _N._
=SUIFFART=: Grec habile à corriger le hasard, voleur cosmopolite qu’on
rencontre dans tous les endroits où l’on joue.
Il est connu sous différents noms: _graisseur_, _bédouin_,
_philosophe_ (Argot des joueurs).
=SUIVEUR=: Homme tenace qui _suit_ les femmes dans la rue; quand il
tombe sur une vierge il la _suit_ jusqu’à temps qu’il _la perde_
(Argot du peuple). _N._
=SURBINE=: Surveillance. Être en _surbine_: être surveillé.
Rompre sa _surbine_: quitter la ville où l’on était en surveillance
pour aller dans une autre ville.
Autrefois on disait: _rompre son banc_; c’est vieux jeu (Argot des
voleurs).
=SURFINE=: Sœur de charité (Argot des voleurs). _N._
=SURGERBER=: Être condamné en appel (Argot des voleurs).
=SURIN=: Couteau.
_Surin muet_: canne plombée; elle _surine_ sans bruit.
=SURINER=: Assassiner à coups de couteau.
Cette expression remplace celle de _chouriner_ (Argot des voleurs).
=SŒURS= (Les deux): Nattes de cheveux que les femmes portent tressées
sur leurs épaules.
Mes _deux sœurs_, pour: testicules (Argot des voyous).
=SYDONIE=: La tête de carton, ou le mannequin sur lesquels la modiste
et la couturière essayent leurs chapeaux et leurs robes (Argot du
peuple). _N._
=SYSTÈME=: Portion servie aux prisonniers dans les maisons centrales
(Argot des voleurs). =V.= _Bonde_.
T
=TABAC=: Misère.
—Je suis dans le _tabac mistoufle_ (Argot du peuple).
=TABAR=: Manteau.
Cette expression est connue depuis le XV^er siècle (Argot des voleurs).
=TABLE RASE=: Faire un nettoyage complet dans une maison, liquider un
arriéré, renouveler un personnel après avoir fait _table rase_ (Argot
du peuple).
=TAF=: Individu qui a peur de son ombre.
Qui a le _trac_, qui serre les fesses à la moindre alerte (Argot du
peuple).
=TAFFEUR=: Poltron.
—Il est tellement _taffeur_ que l’on ne lui fourrerait pas une
feuille de papier à cigarette entre les fesses (Argot du peuple). _N._
=TAILLER UNE PLUME=: Il est des employés qui se servent encore de
plumes d’oie; à la fin du mois, ils vont s’en faire _tailler_ chez des
spécialistes (Argot du peuple). _N._
=TALBIN=: Billet.
_Talbin d’altèque_, billet de banque.
Un billet de faveur pour un théâtre quelconque, se nomme un _talbin
d’encarade_.
Mot à mot: billet d’entrée.
Les voleurs disent aussi de l’ordre du Parquet, de l’ordre de les
écrouer à Mazas ou au Dépôt:
—_Mince_ de _biffeton d’encarade_ (Argot des voleurs). _N._
=TALBIN=: Huissier.
Allusion ce à qu’il _talbine_ un prévenu ou un témoin pour l’assigner
en police correctionnelle.
_Talbiner_, synonyme d’assigner (Argot des voleurs) _N._
=TALONS COURTS= (Avoir les): Fille ou femme qui succombe sans
résistance.
L’image n’est pas exacte; ce fait ne se produit généralement
que lorsqu’une femme porte des _talons hauts_; elle perd alors
l’équilibre facilement (Argot du peuple).
=TAMBOUILLE=: Ragoût, _fricot_.
_Faire la tambouille_, faire sa cuisine. _A. D._
_Tambouille_: battre.
—Je vais te foutre une _tambouille_ que le tonnerre de Dieu en prendra
les armes (Argot du peuple). _N._
=TAMPONNER=: Donner ou recevoir un coup de _tampon_—un coup de poing.
Allusion au choc de deux trains qui se _tamponnent_ (Argot du peuple).
_N._
=TANNANT=: Assommant, ennuyeux.
À Corbeil, on devait un dimanche jouer les _Mousquetaires_; la troupe
y donnait des représentations depuis environ un mois.
L’actrice chargée des grands premiers rôles, était mauvaise à faire
ronfler un bec de gaz. Au moment du lever du rideau, le régisseur
dut faire une annonce. L’actrice avait dû partir précipitamment pour
enterrer son père.
Il annonça son départ ainsi:
Madame X..., ne pourra jouer ce soir, elle _est à Nantes_ pour les
obsèques de son père.
Un loustic du parterre s’écria:
—Il y a longtemps qu’elle _est tannante_.