«Monseigneur, l'architrésorier de l'empire est arrivé ce matin; le
maréchal duc de Reggio a fait rendre à Son Altesse seigneuriale tous
les honneurs dus au lieutenant général de Sa Majesté l'Empereur et
Roi, et le gouvernement provisoire avait de son côté fait les
dispositions pour bien recevoir Son Altesse. Le bourgmestre et le
président des ministres l'ont complimentée. Son Altesse a paru
satisfaite de sa réception. Elle est descendue au palais.
«J'ai reçu ce matin, par un courrier extraordinaire de M. le comte
de Lavalette, l'annonce du décret impérial du 10 de ce mois, qui
ordonne l'établissement d'un service journalier en estafette de
Paris à Amsterdam et d'Amsterdam à Paris. Ce courrier était la
première expédition, et désormais ce service ne souffrira plus
d'interruption. J'ai fait parvenir sur-le-champ au prince
architrésorier les dépêches qu'elle m'a apportées pour lui. J'ai
aussi fait remettre celle qui était à l'adresse de M. le maréchal
duc de Reggio. L'expédition de l'estafette se fera désormais de chez
le prince.
«Parmi le tumulte des premières présentations je n'ai pu encore
entretenir bien sérieusement le prince. Je dois ce soir me rendre
chez Son Altesse, après l'expédition de l'estafette, pour parler
affaire avec un peu plus de suite.
«J'ai annoncé à Son Altesse l'arrivée de M. d'Auterive, chargé d'une
mission spéciale de Sa Majesté impériale. Je proposerai ce soir au
prince les moyens les plus propres à assurer le succès de son
opération. Si des papiers ont dû être soustraits, l'enlèvement en
aura été fait dans ces huit premiers jours, mais ce qui existe sera
conservé, et peut-être sera-t-il possible de retrouver la trace de
ce qui a été enlevé. Je ne puis encore rien garantir à cet égard.
«La seule affaire importante dont j'ai trouvé le moment de parler au
prince a été le moyen que j'imagine le meilleur pour arriver à la
trace du Roi. M. de La Tour, son médecin, a reçu de M. Van-der-Heim
l'ordre de joindre Sa Majesté. Mais, soit scrupule envers la France,
soit timidité ou tout autre motif, il a refusé jusqu'ici de partir.
M. de La Tour a l'ordre de se rendre à un point quelconque où il
recevra de nouveaux ordres qui le conduisent jusqu'au roi. En
faisant partir le médecin et en le faisant suivre, on trouverait
sûrement la trace de Sa Majesté, à moins que la défiance ne l'ait
fait renoncer à son docteur et changer les indications données. Le
prince archichancelier est entré dans cette idée. Son Altesse a dit
à M. de La Tour que son opinion était que Sa Majesté l'empereur ne
trouverait pas mauvais que le médecin du roi l'attachât à ses pas,
et son projet est de le faire suivre.
«J'ai causé ce matin avec les principaux personnages et les
ministres. Tout le monde a plus ou moins pris son parti, et toutes
les espérances se trouvent du côté du nouvel ordre de choses. Les
ministres m'ont dit que tout était facile à arranger, excepté les
finances. Leur opinion était que le service de ces six derniers mois
d'exercice provisoire présenterait les plus extrêmes embarras. Ils
se proposaient d'en rendre immédiatement compte au prince
architrésorier.
«La ville est parfaitement tranquille, et c'est à peine si l'on
s'aperçoit que le pays a changé de domination. Le maréchal a donné
les ordres pour l'embargo et pour empêcher l'émigration.»