14 juillet 1810.

«Monseigneur, l'architrésorier de l'empire est arrivé ce matin; le

maréchal duc de Reggio a fait rendre à Son Altesse seigneuriale tous

les honneurs dus au lieutenant général de Sa Majesté l'Empereur et

Roi, et le gouvernement provisoire avait de son côté fait les

dispositions pour bien recevoir Son Altesse. Le bourgmestre et le

président des ministres l'ont complimentée. Son Altesse a paru

satisfaite de sa réception. Elle est descendue au palais.

«J'ai reçu ce matin, par un courrier extraordinaire de M. le comte

de Lavalette, l'annonce du décret impérial du 10 de ce mois, qui

ordonne l'établissement d'un service journalier en estafette de

Paris à Amsterdam et d'Amsterdam à Paris. Ce courrier était la

première expédition, et désormais ce service ne souffrira plus

d'interruption. J'ai fait parvenir sur-le-champ au prince

architrésorier les dépêches qu'elle m'a apportées pour lui. J'ai

aussi fait remettre celle qui était à l'adresse de M. le maréchal

duc de Reggio. L'expédition de l'estafette se fera désormais de chez

le prince.

«Parmi le tumulte des premières présentations je n'ai pu encore

entretenir bien sérieusement le prince. Je dois ce soir me rendre

chez Son Altesse, après l'expédition de l'estafette, pour parler

affaire avec un peu plus de suite.

«J'ai annoncé à Son Altesse l'arrivée de M. d'Auterive, chargé d'une

mission spéciale de Sa Majesté impériale. Je proposerai ce soir au

prince les moyens les plus propres à assurer le succès de son

opération. Si des papiers ont dû être soustraits, l'enlèvement en

aura été fait dans ces huit premiers jours, mais ce qui existe sera

conservé, et peut-être sera-t-il possible de retrouver la trace de

ce qui a été enlevé. Je ne puis encore rien garantir à cet égard.

«La seule affaire importante dont j'ai trouvé le moment de parler au

prince a été le moyen que j'imagine le meilleur pour arriver à la

trace du Roi. M. de La Tour, son médecin, a reçu de M. Van-der-Heim

l'ordre de joindre Sa Majesté. Mais, soit scrupule envers la France,

soit timidité ou tout autre motif, il a refusé jusqu'ici de partir.

M. de La Tour a l'ordre de se rendre à un point quelconque où il

recevra de nouveaux ordres qui le conduisent jusqu'au roi. En

faisant partir le médecin et en le faisant suivre, on trouverait

sûrement la trace de Sa Majesté, à moins que la défiance ne l'ait

fait renoncer à son docteur et changer les indications données. Le

prince archichancelier est entré dans cette idée. Son Altesse a dit

à M. de La Tour que son opinion était que Sa Majesté l'empereur ne

trouverait pas mauvais que le médecin du roi l'attachât à ses pas,

et son projet est de le faire suivre.

«J'ai causé ce matin avec les principaux personnages et les

ministres. Tout le monde a plus ou moins pris son parti, et toutes

les espérances se trouvent du côté du nouvel ordre de choses. Les

ministres m'ont dit que tout était facile à arranger, excepté les

finances. Leur opinion était que le service de ces six derniers mois

d'exercice provisoire présenterait les plus extrêmes embarras. Ils

se proposaient d'en rendre immédiatement compte au prince

architrésorier.

«La ville est parfaitement tranquille, et c'est à peine si l'on

s'aperçoit que le pays a changé de domination. Le maréchal a donné

les ordres pour l'embargo et pour empêcher l'émigration.»

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 345 / 358 题