Amsterdam, 26 juin 1810.
«Le roi est toujours à Haarlem, attendant le retour de mon courrier
et le résultat du double voyage de M. Valkenaer et de M. Roëll. On
dit que Sa Majesté viendra demain à Amsterdam. J'apprends que l'on
se flatte ici d'une prochaine dislocation des troupes destinées pour
la Hollande. Je désire sans doute, Monseigneur, que S. M. Impériale
juge pouvoir accorder les voeux de ce pays avec les grands intérêts
de son empire, mais ce que j'ai pu acquérir de connaissance des
hommes et des choses, en Hollande, me fait souhaiter que la
distribution des troupes françaises dans ce royaume, et surtout dans
le rayon de sa frontière, n'éprouve pas de changement, jusqu'au
moment où les déterminations de Sa Majesté auront été arrêtées par
elle, mises à exécution, et les garanties données, s'il y a lieu,
car l'esprit du gouvernement est encore, malgré ses protestations,
bien loin de ce que l'on doit désirer.
«Le roi vient de faire de grandes réformes et qui sont, suivant le
vieux système, tombées presque en entier sur les Français à son
service. On les renvoie avec toutes sortes de dégoûts. Je
maintiendrai en leur faveur l'article du décret par lequel S. M.
l'empereur, en autorisant ses sujets à rester au service de cette
couronne, stipule qu'ils ne pourront être renvoyés sans pension ou
retraite.
«Le gouvernement est fort occupé de la formation de son budget. Ses
embarras sont excessifs. Le roi a diminué assez considérablement sa
maison, mais cette économie est peu sensible parmi les besoins
extrêmes du moment. L'état des finances du royaume est déplorable au
delà de ce qui peut se concevoir. La ressource ruineuse des arriérés
et des anticipations est épuisée, et l'on ne trouverait pas dix
millions à emprunter. Qu'est-ce, en effet, qu'un État qui n'a pas de
revenu et qui n'a point de crédit pour s'en procurer un artificiel?
ou qui l'a perdu, ce qui est pis encore. Je dis qui n'a point de
revenu, puisqu'il est absorbé en entier par l'intérêt de sa dette.
Je me réserve, Monseigneur, de développer mes opinions à cet égard à
Votre Excellence, lors du rapport que j'aurai l'honneur de lui faire
dans quelques jours sur le budget qui aura été arrêté.
«On ne parle plus de la défense. Cependant les lignes restent
toujours gardées comme on pourrait faire en présence de l'ennemi. Je
souhaiterais des ordres à cet égard.
«On annonce un cercle pour demain. J'aurai soin d'être indisposé.
«_P.-S._--M. de Caraman arrive. Il m'a redit, Monseigneur, les
instructions verbales dont Votre Excellence l'a chargé pour moi.
Votre Excellence peut être assurée que je les suivrai à la lettre.
J'attends demain des visites d'affaires. J'aurai l'honneur d'écrire
à Votre Excellence.»