DUPONT À CADORE.

La Haye, 13 février.

J'ai l'honneur de vous écrire par un retour de courrier qui m'a été

dépêché par S. Excellence le vice-amiral Decros, avec une lettre de

l'empereur pour Sa Majesté le roi de Hollande.

Le gouvernement hollandais s'est depuis quelques jours

ostensiblement relâché de la sévérité du décret du 23 janvier, en

ordonnant aux commandants militaires de ne plus repousser les

bâtiments qui se présenteraient dans les rades et les ports; d'y

placer des sauvegardes et d'attendre des ordres.

Il y a encore de l'humeur et du mécontentement à Amsterdam. On

l'attribue à la transformation de la maison de ville en palais

royal; mais la stagnation des affaires et un peu de misère dans la

classe des ouvriers en est peut-être la véritable cause. Toujours

faut-il convenir que le roi n'est aidé ni servi par personne dans

son projet de changer sa résidence. Ce qui fait naître des

difficultés sans nombre et propage les murmures de la multitude. La

demande que vient de faire l'empereur arrive à propos pour occuper

les oisifs et imprimer un mouvement utile dans les ports. J'avais,

dans mes conversations non officielles, l'année dernière, observé

aux ministres du roi que l'on négligeait bien la marine, et surtout

à l'époque du dernier licenciement des marins: on objectait la

pénurie des finances. Aujourd'hui que les matelots ont été dispersés

par la misère, et qu'il y en a beaucoup d'enlevés par l'Angleterre,

il serait difficile de compléter les équipages, s'il est nécessaire

d'armer un certain nombre de vaisseaux.

Ici doivent prendre place deux longues lettres de l'amiral Werhuell

et dont nous allons donner la substance. Dans la première, l'amiral,

au nom du roi, demande que l'artillerie de la ville de Flessingue

soit rendue à la Hollande, puisque la ville a été cédée à la France

le 6 février. L'empereur s'y oppose et fait dire qu'il comptera avec

la Hollande.

Dans la seconde lettre, le roi fait rappeler à l'empereur

l'engagement du gouvernement français de rembourser à la Hollande le

prix des frais d'équipement des recrues hollandaises appelées à

faire partie de la grande armée. L'empereur se borne à répondre que

ce déboursé doit rester à la charge de la Hollande (singulier

exemple de bonne foi!).

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 199 / 358 题