Paris, 2 février.
Je suis expressément chargé de communiquer officiellement le décret
ci-joint à V. Excellence et de l'inviter à vouloir bien en donner
immédiatement connaissance à Sa Majesté impériale et royale. Sa
Majesté le roi de Hollande se flatte que son auguste frère verra
dans les dispositions de ce décret une éclatante preuve de son
invariable volonté de concourir de tous ses moyens aux mesures qui
peuvent hâter le moment si désiré de la paix, et un touchant
témoignage de son amour pour sa personne, de sa confiance absolue
dans sa haute sagesse. Je ne m'attacherai point à faire valoir
l'étendue des nouveaux sacrifices que ce rigoureux décret impose à
mon pays. On sent facilement qu'il entraînerait sa ruine totale si
la guerre était prolongée. Dans des circonstances aussi impérieuses,
Sa Majesté, irrévocablement déterminée à rendre impossible toute
communication de ses sujets avec l'ennemi, vient de prohiber le
commerce que les habitants de la Zélande faisaient sur les côtes
anglaises, quoique par sa nature ce commerce, tout à l'avantage de
la Hollande, fût extrêmement nuisible à l'Angleterre. Sa Majesté a
voulu que son peuple renonçât à des bénéfices qui ne pouvaient se
concilier avec le système actuel de la guerre. Il n'échappera pas
sans doute à V. Excellence que les mesures adoptées ne laissent aux
Anglais aucun moyen possible de communiquer avec la Hollande,
puisque le roi a également ordonné de séquestrer même les navires
qui, quoique non visités, auraient abordé dans un port britannique.
Sa Majesté a cru que la nation, pour qui la paix devenait le
premier, le plus pressant des besoins, devait l'acheter par les
plus rigoureux sacrifices, bien convaincue que le génie de son
illustre frère y mettra bientôt un terme, et que sa justice et sa
générosité sauront honorablement dédommager la Hollande de ses
privations et de ses pertes.