CADORE À DUPONT.

Paris, 16 janvier.

Monsieur, le 4 décembre dernier, un convoi de cinq bâtiments

hollandais, escorté par trois chaloupes canonnières de Sa Majesté le

roi de Hollande, a mouillé à l'embouchure du Weser. Le 5 au matin,

le convoi ayant appareillé, il fut tiré de la batterie de Carlestadt

deux coups de canon à poudre pour indiquer que le convoi ne pouvait

la dépasser sans avoir arraisonné. Les canonnières assurèrent leur

pavillon, mais le convoi n'en continua pas moins sa route. Alors la

batterie tira à boulets et ce ne fut qu'au huitième coup que les

bâtiments mouillèrent. Au même instant quatre autres navires de la

même nation, qui entraient dans le fleuve escortés pareillement par

une canonnière, jetèrent l'ancre auprès du premier convoi. Le

capitaine de l'une des deux canonnières descendit à terre pour se

plaindre du procédé du commandant de la batterie. La réponse du

commandant fut qu'il n'agissait que conformément à ses instructions,

d'après lesquelles tout bâtiment, sans exception, devait être

assujetti à la visite. Le capitaine hollandais demanda cette

déclaration par écrit. On la lui donna et il retourna à bord après

avoir donné sa parole qu'il ne mettrait point à la voile sans avoir

rempli les formalités requises; mais dix minutes après il leva

l'ancre et se rendit à Brolke. On lui écrivit pour se plaindre de sa

conduite et pour réclamer les bâtiments qui étaient montés à la

faveur de son escorte en forçant le passage. Il répondit qu'il

n'avait fait que suivre très scrupuleusement les instructions qui

lui avaient été données d'après les ordres de Sa Majesté le roi de

Hollande.

Le 6 du même mois, un autre convoi hollandais escorté par des

canonnières, descendit le Weser et mouilla à l'embouchure du fleuve.

Le mauvais temps empêcha d'aller à bord. Le 7 au matin, il

appareilla et partit malgré le feu de la batterie. Ces faits, dont

il a été rendu compte à Sa Majesté l'empereur, ont excité son

mécontentement. Elle vous charge d'en porter plainte au gouvernement

hollandais et de demander que les capitaines et officiers de la

marine marchande soient tenus de se conformer à toutes les

ordonnances de police maritime rendues dans les pays occupés par les

armées françaises. S'il en était autrement, Sa Majesté se verrait

dans la nécessité de faire punir les personnes qui chercheraient à

enfreindre ses ordres.

Vous voudrez bien me faire connaître, Monsieur, l'effet que

produiront les représentations que vous êtes chargé d'adresser à cet

égard au gouvernement près duquel vous êtes accrédité.

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 193 / 358 题