Depuis le retour du roi, il y a eu deux bals parés et deux bals
masqués à la cour, et un bal masqué chez M. le comte de
Furstenstein. Celui d'hier, qui s'est donné au palais, a été
extrêmement brillant. On avait répandu à tort qu'on n'y serait point
admis en domino; mais ce bruit s'étant accrédité, on a vu paraître
d'autant plus de masques de caractère. La cour a paru d'abord en jeu
de piquet, mascarade plus savante que spirituelle; mais bientôt de
ce pêle-mêle fantasque sortit une belle ordonnance de rivières et de
villes dansantes. Le roi de Trèfle se changea en rivière du Weser,
et les villes d'Hameln et de Hanovre vinrent fraterniser avec celles
de Brunswick et de Magdebourg. Une élite de dames de la cour,
changeant de masque une troisième fois, reparurent en Égyptiennes
pour former un quadrille avec le roi. Dans la foule, des chevaliers
teutoniques étaient en templiers, Mme Dumas en jardinière, M. Hugot
en paysan, M. de Bercagny en innocent; les membres des États en
dominos modestes formaient une espèce de parterre. Le jour de
l'ouverture des États et de la représentation de _Revanche_(?), le
roi se retira du bal vers minuit et alla passer la nuit à
Schoenfeld[129]. _On n'a pas remarqué qu'une dame de la cour se fût
absentée._ Hier matin, le roi a paru au cercle de la cour dans le
costume de l'ordre de la couronne de Westphalie. C'est un habit
français de couleur grise qui fait ressortir la couleur du ruban de
l'ordre, avec des brandebourgs et des broderies en argent. Les
décorations ne sont toujours pas encore arrivées de Paris. Un
chapitre de l'ordre est annoncé pour le 15. Au bal masqué que donna
M. de Furstenstein, M. Mollerus, chargé d'affaires de Hollande,
affecta de se faire passer pour le roi, et il y réussit assez. M. de
Norvins, tout fier d'être pris sous le bras par Sa Majesté, se
croyait déjà sûr pour le lendemain d'une place de ministre
plénipotentiaire. On dit que le roi a trouvé la conduite de M.
Mollerus impertinente. Pour M. de Norvins, il n'est pas même sur la
liste des chevaliers de l'ordre.....
[Note 129: C'était une petite maison près Cassel.]
Le ministre de Russie avec sa famille est parti aujourd'hui pour
Weimar où l'on célébrera dans quelques jours la naissance de la
Grande-Duchesse. Son absence sera de quinze jours. Le public de
Cassel, toujours bénévole, répandait, dès avant son départ, qu'il
partait en vertu d'une déclaration de guerre entre la France et la
Russie. M. de Rechberg, chargé d'affaires de Bavière à Berlin, nommé
ministre plénipotentiaire en Westphalie, est attendu ici d'un jour à
l'autre.
Le prince Repnin donnait chez lui des assemblées deux fois par
semaine. Elles languissaient d'autant plus, que presque jamais on
n'y voyait paraître les dames de la cour. À cet égard, le prince
Repnin paraît avoir hérité du guignon de M. Lerchenfeld, et Sa
Majesté se plaît quelquefois à faire éprouver de pareilles
contrariétés. Dernièrement, ce fut le tour du ministre de France,
qui avait invité les ministres et plusieurs membres des États à un
dîner donné à l'occasion du retour du comte de Furstenstein. À cinq
heures, M. de Furstenstein et M. Siméon envoyèrent dire que le roi
les avait nommés pour aller dîner avec lui à Schoenfeld.
Depuis le commencement de cette année s'est établi à Cassel un
casino où l'on se réunit pour la lecture de feuilles politiques et
littéraires de France et d'Allemagne. Toute la ville de Cassel y a
pris part. C'est le premier établissement de ce genre formé dans
cette capitale qui, sous le rapport de la civilisation littéraire,
si l'on peut s'exprimer ainsi, ne paraît pas appartenir au nord de
l'Allemagne.