JOSEPH, AMBASSADEUR, ETC., AU GÉNÉRAL EN CHEF BONAPARTE.

J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 8 vendémiaire par mon

courrier de retour.

Vous êtes déjà instruit du rétablissement de la santé du pape.

Le général Provera, que l'on attendait ici depuis longtemps, est

encore à Trieste, d'où le consul romain annonce au secrétaire d'État

son prochain départ.

J'ai eu une longue conférence avec le cardinal Doria; je lui ai

annoncé la volonté précise du gouvernement français de ne pas

souffrir au commandement des troupes du pape un général autrichien.

Aujourd'hui, il a dû lui écrire pour lui donner l'ordre de suspendre

sa marche. Ma déclaration verbale a été un coup de foudre pour lui;

je l'ai accompagnée de tous les raisonnements qui en font sentir la

justice, et me suis plaint de plusieurs faits qui décèlent la

malveillance tacite des meneurs secrets de la cour de Rome. Vous

remarquerez que, depuis le ministère du cardinal Rusca, rien n'a

changé que lui-même, son esprit y est resté; il dirige tous les

travailleurs, commis et autres employés. Le cardinal Doria ne tient

point essentiellement à la faction ennemie de la France; c'est un

homme dont les manières françaises et la bonne foi ne peuvent plaire

ni aux cardinaux ni à ses coopérateurs dans le ministère. Son

élévation à ce poste est une preuve qu'il reste encore à Rome une

partie de l'ancienne politique ténébreuse de cette cour: elle met en

avant un homme honnête et loyal, incapable de soupçonner les

intentions perfides de ceux qui gouvernent sous son nom, en le

faisant agir dans leur sens, et, lorsqu'ils ne peuvent pas y

réussir, en lui faisant forcer la main par le pape, qui déteste son

secrétaire d'État.

Les meneurs réels de la cour de Rome sont un monsignor Barberi,

procureur fiscal, l'intime des cardinaux Rusca, Albani; Zelada,

secrétaire d'État lors du massacre de Basseville; Sparziani, premier

commis du secrétaire d'État Rusca, resté dans la même place sous le

cardinal Doria; c'est le rédacteur de la correspondance au nonce

Albani, que vous fîtes intercepter avant la dernière campagne contre

Rome; c'est à cet homme qu'étaient adressées les lettres du comte

Gorri-Rossi de Milan, dont vous m'avez envoyé les copies.

Je n'ai point encore réclamé officiellement les Romains détenus

depuis deux mois; j'ai épuisé tous les moyens de douceur auprès du

secrétaire d'État. Vous concevez, citoyen général, d'après ce que je

vous ai dit ci-dessus de la puissance réelle de ce ministre, que je

n'ai dû rien obtenir: ce n'est que par des démarches fortes et

officielles que l'on peut faire rentrer dans le devoir, amener à des

principes de modération les meneurs et les travailleurs subalternes;

c'est ce que je n'ai point encore cru devoir faire, d'après votre

silence et celui du ministre des relations extérieures[6], que j'ai

consulté sur cet article.

[Note 6: Talleyrand.]

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 23 / 358 题