LE ROI JOSEPH

(1797-1808).

Jusqu'au jour où la politique et la raison d'État vinrent se mettre

en travers de ses affections naturelles, l'empereur Napoléon Ier se

montra un frère dévoué, principalement avec Joseph son aîné, qui, à

la mort de leur père, Charles Bonaparte, était devenu le chef de la

famille. Né en janvier 1768, Joseph avait dix-huit mois de plus que

son second frère Napoléon, né lui-même en août 1769. Lors de la

perte qu'ils firent de leur père, l'un avait donc 17 ans, l'autre 15

ans et demi.

Jeté de bonne heure au milieu des affaires publiques, devenu un

personnage politique important, à l'âge où l'on sort à peine de

l'adolescence, un général renommé à l'âge où l'on ceint à peine une

épée, Napoléon, de fait le chef de sa famille, voulut associer ses

frères à sa grandeur. Une fois à la tête du gouvernement, il les

porta aux premières charges de l'État; empereur, il voulut pour eux

des trônes, et, pour les y asseoir, prononça la déchéance des

anciennes familles royales de l'Europe. Mais si l'ambition dominait

tout chez ce grand capitaine, chez ce puissant génie, ses frères

n'avaient pas le même amour des grandeurs. Deux d'entre eux, Joseph

et Louis, esprits modérés et éclairés, n'acceptèrent des couronnes

qu'après beaucoup d'hésitation, bien plus pour céder aux exigences

de leur frère, devenu le maître du monde, que pour obéir à leurs

propres instincts. L'un d'eux, Lucien, se montra toujours rebelle à

cet égard aux volontés de Napoléon. Il entendait vivre à sa guise,

sans se plier aux vues de l'empereur. Enfin, le quatrième, Jérôme,

léger de caractère, ami du plaisir, acceptait volontiers la tutelle

fraternelle, à la condition de pouvoir puiser sans cesse dans le

trésor impérial.

Nous allons exposer les relations de Napoléon avec ses frères à

différentes époques de leur carrière, en rétablissant certaines

parties de leur correspondance omises à dessein dans les ouvrages

publiés jusqu'à ce jour.

Commençons par Joseph, l'aîné des Bonaparte, successivement roi de

Naples et d'Espagne.

Nous croyons inutile de parler des premières années de Joseph

Bonaparte. Nous allons le prendre au moment où il commença à entrer

dans la vie politique et à jouer un rôle dans la diplomatie.

À la suite de sa brillante campagne de 1796 en Italie, le général

Bonaparte, déjà tout-puissant, fit nommer Joseph ambassadeur dans

les États romains. Celui-ci se rendit à Rome à la fin de 1797.

Conformément aux instructions de son frère et du Directoire, il fit

tous ses efforts pour maintenir l'harmonie entre le gouvernement

pontifical et la France. Il n'y put réussir. Les relations entre les

deux États s'envenimèrent par la nomination d'un général autrichien

(Provera), trois fois prisonnier de l'armée de Bonaparte, comme

commandant de la troupe pontificale. Les justes plaintes de Joseph à

cette occasion enhardirent d'une autre part les révolutionnaires

romains, qui se figurèrent que nous ne pouvions faire autrement que

de les soutenir dans leurs tentatives pour renverser le gouvernement

pontifical. Cet état de choses amena l'échauffourée du 7 décembre,

qui coûta la vie au jeune et brillant général Duphot, et nécessita

le départ de Rome du ministre de la légation de France. Joseph,

pendant son séjour dans la ville éternelle, échangea avec son frère

une correspondance intéressante; nous connaissons les lettres de

Napoléon par le recueil officiel publié sous le second empire; les

dépêches de Joseph, au contraire, n'ont été imprimées ni dans les

_Mémoires du roi Joseph_ ni ailleurs; nous choisissons les plus

curieuses pour les donner ici.

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 18 / 358 题