LA VIE ET LA MORT DU RAMIER

De la colombe au bois c’est le ramier fidèle;

S’il vole sans repos, c’est qu’il vole auprès d’elle;

Il ne peut s’appuyer qu’au nid de ses amours,

Car des ailes de feu l’y réchauffent toujours!

Laissez battre et brûler deux cœurs si bien ensemble;

Leur vie est un fil d’or qu’un nœud secret assemble,

Il traverse le monde et ce qu’il fait souffrir:

Ne le déliez pas! Vous les feriez mourir!

Ils ne veulent à deux qu’un peu d’air, un peu d’ombre,

Une place au ruisseau qui rafraîchit le cœur;

Seuls, entre ciel et terre, un nid suave et sombre,

Pour s’entre-aider à vivre, ou cacher leur bonheur!

Quand vous ne verrez plus passer par ce rivage

Cette blanche moitié de la colombe aux bois,

N’allez pas croire au moins que l’un d’eux soit volage:

Bien qu’ils aiment toujours, ils n’aiment qu’une fois!

Laissez-vous entraîner sur leurs traces perdues

Vers le nid, doux sépulcre alors silencieux,

Et vous y trouverez quatre ailes détendues

Sur deux cœurs mal éteints rallumés dans les cieux!

Félicité: Étude sur la poésie de Marceline Desbordes-Valmore · 第 74 / 79 题