_Et Dieu nous unira d’éternité_...
Que je lui dise: «Viens, plus d’absence entre nous,
Viens, j’expiai pour toi ton infidèle flamme»
Il me reconnaîtra. Saisi d’un doux remords
Il ne verra plus que mon âme,
Il me trouvera belle alors.
--
Et ta main, du repos marquant l’étroit espace
Y jeta quelques fleurs pour y garder ta place.
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Et moi, quand dans la tombe on me fera descendre
Des papillons légers voleront-ils sur moi?
Les oiseaux viendront-ils y chanter sans effroi?
Les rayons du soleil toucheront-ils ma cendre?
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Et le pauvre interdit à ta porte fermée
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Humble fille de la nature[50]
Elle aimait la fleur sans culture
Qui naît et meurt au fond des bois.
Son âme brûlante et craintive
Aimait l’eau mobile et plaintive.
Qui répond aux plaintives voix.
Comme l’impatiente abeille
Quitte une rose moins vermeille
Emportant dans les airs son parfum précieux
Cette jeune Albertine _en silence éveillée_
Quittant avant le soir sa couronne effeuillée
Vient de s’en retourner aux cieux.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Pourquoi ces tendres fleurs dans leur avril écloses
Tombent-elles souvent sans attendre l’été?
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On verra par mes soins, quelque feuille de lierre
De son étroit asile embrasser le contour.
--
Contemplez ce nuage. Hélas! il nous ressemble,
Il va vite. En courant, levez parfois les yeux.
N’ayez peur, mes amis, je serai dans les cieux.[51]
--
Depuis j’allai m’asseoir aux tombes délaissées,
Leur tranquille silence éveillait mes pensées,
Y cueillir une fleur me semblait un larcin.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Autrefois... qu’il est loin le jour de son baptême
Nous entrâmes au monde un jour qu’il était beau:
Le sel qui l’ondoya fut dissous sur moi-même,
Et le prêtre pour nous n’alluma qu’un flambeau.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Oui, je reconnaîtrai tes traits pâles, charmants,
Miroirs de la piété qui marchait sur tes traces,
Qui pleurait dans ta voix, angélisait tes grâces,
Et qui s’enveloppait dans tes doux vêtements.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Oui tu ne m’es qu’absente, et la mort n’est qu’un voile
Albertine! et tu sais l’autre vie avant moi.
Un jour j’ai vu ton âme aux feux blancs d’une étoile,
Elle a baisé mon front, et j’ai dit: «c’est donc toi!»
--
Enfant, quand je pleurais, sans le voir de mes yeux
D’un ange, autour de moi, je sentais la présence.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Et je ne l’entends plus. J’entends toujours mon âme!
Toujours elle se plaint; jamais elle ne dort:
Et cette âme où passa tant de pleurs, tant de flamme,
Le ciel qui la sait toute en voudra-t-il encor?
--
Car on dit que longtemps encore
L’âme retourne au monument,
Glissant du ciel à chaque aurore
Pour épier ce qu’elle adore
Et que parfois c’est vainement.
--
L’homme achète longtemps le bienfait de la mort.
--
Et le vrai, c’est la mort!--et j’attends son secret.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Oh! ce sera la vie. Oh! ce sera vous-même,
Rêve, à qui ma prière a tant dit: je vous aime.
Ce sera pleur par pleur et tourment par tourment
Des âmes en douleurs le chaste enfantement.
--
O vie! ô fleur d’orage! ô menace! ô mystère!
O songe aveugle et beau!
Réponds! ne sais-tu rien en passant sur la terre
Que ta route au tombeau?
--«Ingrate, a dit la vie, à qui donc l’espérance,
Fruit divin de ma fleur?
Vous retournerez-vous vers un jour de souffrance
Dans l’éternel bonheur?
Si vous n’entendez pas tant de voix éternelles,
Que sert de vous parler?
Vos pieds sont las, pliez! Dieu vous mettra des ailes,
Et vous pourrez voler.
De vos fronts consternés, mères inconsolables
Les cyprès tomberont,
Quand, pour vous emmener, messagers adorables,
Vos enfants descendront.
Vos sanglots se perdront dans de longs cris de joie,
Quand vous verrez la mort
Bercer aux pieds de Dieu son innocente proie
Comme un agneau qui dort.
La mort, qui reprend tout, sauve tout sous ses ailes;
Sa nuit couve le jour,
Elle délivre l’âme, et les âmes entre elles
Savent que c’est l’amour!»[52]
--
Un enfant plus léger, plus peureux de la terre
Et qui s’en retournait habillé de mystère
--
J’ai peur de voir tomber les voiles de mon âme
J’ai peur qu’elle s’en aille à la porte des cieux
Pleurer longtemps et nue, et devant bien des yeux.
--
Mourir! on ne meurt pas quand on le pense. Une âme
Prend ses ailes longtemps avant de s’envoler.
--
Peut-être qu’à son insomnie
Ton âme suspendue un soir
De sa pénitence finie,
Viendra respirer et s’asseoir
Puis ouvrant doucement la porte
Du séjour où Dieu la remporte
Elle me dira: «Ne crains rien»
_Les cieux sont grands, les morts sont bien_.
J’ai déjà tant d’âmes aimées
Sous ce lugubre vêtement!
Tant de guirlandes parfumées
Qui pendent au froid monument,
Par le souffle mortel atteintes
D’où mon nom sortait plein d’amour,
Et qui m’appelleront un jour!
Notre corps ne faisait plus d’ombre
Comme dans ce triste univers
Et notre âme n’était plus sombre:
Le soleil passait au travers.
--
La mort vient de fermer les plus beaux yeux du monde,
Nous ne les verrons plus qu’en regardant les cieux.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
O beauté souveraine à travers tous les voiles.[53]
_Tant que les noms aimés retourneront aux cieux_
Nous chercherons Delphine à travers les étoiles
Et son doux nom de sœur humectera nos yeux.
--
Tel qu’un homme hâté s’arrête de courir
Et dit en lui: «C’est vrai pourtant il faut mourir.»
Puis qui reprend sa route avec la tête basse
Comme si d’un fardeau son épaule était lasse?
Ah! c’est que des points noirs troublent un ciel vermeil
Quand nos yeux éblouis ont trop vu de soleil...
--
Elle entre, et bien des yeux qui paraissent fermés (la lune)
Sont par des pleurs sans bruit ouverts et consumés.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
N’as-tu pas pour cortège un flot de jeunes âmes
Mêlant à ses lueurs de vacillantes flammes
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Nous avons mis leurs noms sous des touffes de roses
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Merci! toi qui descends des divines montagnes
Pour éclairer nos morts épars dans les campagnes
Dans leur étroit jardin tu viens les regarder,
Et contre l’oubli froid tu sembles les garder.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Au bout de tes rayons promenés sur nos fleurs,
Comme un encens amer prends un peu de mes pleurs.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
--
Plus loin des moissonneurs penchés sur leur faucille
Devinaient et plaignaient ce poids de jeune fille
_Au deuil blanc_, car pressé de vivre et de souffrir
_L’homme partout s’attarde à regarder mourir_.
--
Tandis que de ses yeux la mémoire infidèle
S’effaçait, comme on voit aux approches du soir
Par degrés se ternir les clartés d’un miroir
--
Faite à souffrir
Devant pour être morte,
Si peu mourir.
. . . . . . . . . . . . . .
Quand l’_autre moissonneuse
Forte en tous lieux_
--
Quand la nuit descendit sur l’ardent paysage
Quand tout bruit s’effaça l’astre au tendre visage
Vers une croix nouvelle allongea ses fils d’or
Comme un baiser de mère à son enfant qui dort.
--
Le sourire défaille à la plaie incurable
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Adieu sourire, adieu jusque dans l’autre vie
Si l’âme, du passé n’y peut être suivie!
Mais si de la mémoire on ne doit pas guérir.
A quoi sert, ô mon âme, à quoi sert de mourir?
--
Il est du moins au-dessus de la terre
Un champ d’asile où monte la douleur;
J’y vais puiser un peu d’eau salutaire
Qui du passé rafraîchit la couleur.
--
Par un rêve dont la flamme
Éclairait mes yeux fermés
. . . . . . . . . . . . . . . . .
Viens ne crains pas leur silence
Ni leurs yeux ouverts sans voir
Le sommeil qui les balance
N’a de vivant que l’espoir.
Sous une forme reprise
Et qui nous ressemblera
Avec un cri de surprise
Chacun se reconnaîtra.
Quoi, c’est lui! c’est toi! c’est elle!
Retentira de partout,
Et l’on proclamera belle
La mort vivante et debout.[54]
--
Et pour gagner l’autre vie
Retourne avec les mourants.
--
Ah! je sens que je fus colombe
En voyant vos ailes s’ouvrir (oiseaux)
Et pour vous suivre par la tombe
J’ai déjà moins peur de mourir.
--
Oui le Pylade ailé de ta coureuse enfance
Doux et muet témoin de tes ébats naïfs
Qui se laissait aimer et gronder sans défense
Qui savait te répondre en murmures plaintifs
Ton camarade est mort.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Ce qu’on aime est si triste ainsi gisant et froid
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
A ton beau ramier bleu tu penseras toujours
--
Dans votre épreuve solitaire
Ne demandez pas le bonheur.
Sa semence est dans votre cœur
Et n’éclora pas sur la terre
--
Et mes bras s’étendaient pour imiter leurs ailes
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Oui la rose a brillé sur mon riant voyage
Tous les yeux l’admiraient dans son jeune feuillage;[55]
L’étoile du matin l’aidait à s’entr’ouvrir
Et l’étoile du soir la regardait mourir.
Vers la terre déjà sa tête était penchée;
_L’insecte inaperçu s’y creusait un tombeau_
La feuille murmurait en tombant desséchée
Déjà la nuit: déjà... Le jour était si beau!
--
[=Fragment=]
Venez-vous en courant dire: Préparez-vous
Bientôt vous quitterez _ce que l’on croit la vie_.
Celle qui vous attend seule est digne d’envie:
Ah! venez dans le ciel la goûter avec nous!
Ne craignez pas, venez! Dieu règne sans colère;
De nos destins charmants vous aurez la moitié.
Celle qui pleure, hélas! ne peut plus lui déplaire;
Le méchant même a sa part de pitié.
Sous sa main qu’il étend, toute plaie est fermée;
Qui se jette en son sein ne craint plus l’abandon;
Et le sillon cuisant d’une larme enflammée
S’efface au souffle du pardon.
Embrassez-nous! Dieu nous rappelle
Nous allons devant vous, mères ne pleurez pas!
--
L’amour ce ciment des âmes
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Là-bas où finit la terre
Rejoint la mère à l’enfant
--
De tendresse et de mystère
Dès qu’il eut rempli ces lieux
--
Qui sait si votre enfant qui flotte dans vos larmes
N’a pas au seuil de Dieu rencontré mon enfant?
Qui sait si leurs mains d’ange un moment réunies
N’ont pas pesé là-haut nos peines infinies
Et pleurant de l’amour qu’on leur garde en ce lieu
N’ont pas compté nos pleurs pour les offrir à Dieu?
--
Comme si mon enfant puissante avec douceur
--
Une femme pleurait des pleurs d’une autre femme
Elles ont leurs secrets qu’elles plaignent toujours...
Celle qui regardait reconnaissait son âme
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
--
Vous qui n’avez jamais parlé
Dans notre monde désolé
N’apprenez pas la langue austère
Et les durs sanglots de la terre.
Envolez-vous, mais, par pitié,
De nos pleurs portez la moitié
Dans le manteau bleu de la vierge;
Et nous brûlerons un beau cierge
Au pied de votre blanc berceau
Pour que l’arbre et son arbrisseau
Revivent aux montagnes pures,
Loin des autans, loin des souillures,
Loin de ce monde désolé
Où vous n’avez jamais parlé.[56]
[50] Épitaphe d’Albertine (page 228. _Albertine._)
[51] C’est là-haut dans le ciel qu’il me faut chercher mon père
et ma mère, leurs chers visages m’apparaissent entourés d’une
lumineuse auréole, ils ne sont plus de la terre, ils ne comptent
plus pour mon foyer.