V. H.

_IPSA_

D’avance je traînais les maux qui m’attendaient.

Qui ne veut rien du Temps, mais qui craint sa vitesse

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Et je ne fus jamais à demi malheureuse.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Qu’il est beau, le miroir qui double ce qu’on aime,

_Ce portrait qui se meut_...

--

Toi que dans le fond des chaumières

On appelle avant de mourir,

Pour aider une âme à souffrir

Par ton exemple et tes prières

. . . . . . . . . . . . . . . . .

Oh! donne-moi tes cheveux blancs,

Ta marche pesante et courbée

_Ta mémoire enfin absorbée_

--

Vois-tu d’un cœur de femme il faut avoir pitié,

Quelque chose d’enfant s’y mêle à tous les âges.

--

C’est qu’ils parlaient de toi, quand loin du cercle assise,

Mon livre trop pesant tomba sur mes genoux;

C’est qu’ils me regardaient quand mon âme indécise

Osa braver ton nom qui passait entre nous.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Quel effroi de ramper au fond de sa mémoire

D’ensanglanter son cœur aux dards qui l’ont blessé

_De rapprendre un affront que l’on crut effacé_

Que le temps... que le ciel a dit de ne plus croire

_Et qui siffle aux lieux même où la flèche a passé_!

--

Et j’ai hâte, et j’ai peur d’amasser les instants

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Tout ce que j’aime est frêle et meurt, et pour vous suivre,

Mes chers anneaux brisés, mon cœur se brisera.

--

[Lien avec l’_Amour du Silence_.]

J’ai soif d’un frais oubli, d’une voix qui pardonne,

D’amour, d’un long silence écoulé sans effroi

--

Et quand je vacillais, luciole éphémère.

--

S’en aller à travers des pleurs et des sourires

Achever par le monde un sort amer et pur,

User sa robe blanche, et, pour une d’azur,

En laisser les lambeaux aux ronces des martyres,

C’est ma vie. Un roseau semble plus fort que moi,

Je ne m’appuie à rien que je ne tombe à terre,

Et je chante pourtant l’ineffable mystère

Qui de mon cœur trahi fait un cœur plein de foi.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Ils ont soufflé loin d’eux mes mobiles revers.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Ville austère où j’appris à pleurer,

Où j’apportais un cœur si tendre à déchirer.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Au milieu de leurs jours inoffensive et frêle

Mort, oublieuse Mort, je passe sous votre aile

Et je n’alourdis pas mon vol de haine...

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

[=Fragment=]

Vraiment le pardon calme à défaut d’espérance

Il détend la colère; _on pleure, on apprend Dieu_,

_Dieu triste_, comme nous voyageur en ce lieu,

Et l’on courbe sa vie au pied de sa souffrance.

Ceux qui m’ont affligée en leurs dédains jaloux

Ceux qui m’ont fait descendre et marcher dans l’orage

_Ceux qui m’ont pris ma part de soleil et d’ombrage_

Ceux qui sous mes pieds nus m’ont jeté leurs cailloux,

N’ont-ils pas leurs ennuis, leurs jaloux, leurs alarmes,

Leurs pleurs, pour expier ce qu’ils m’ont fait de larmes?

Quoi donc! aux durs sentiers qu’on a tous à courir

Seigneur, ne faut-il pas mourir et voir mourir?

N’est-ce pas au tombeau que cheminent leurs peines,

_Leurs enfants, leurs amours qui rachètent leurs haines_?

Oh! qui peut se venger? oh! par notre abandon[37]

Seigneur, par votre croix dont j’ai suivi la trace,

Par ceux qui m’ont laissé la voix pour crier grâce,

Pardon pour eux! pour moi! pour tous! pardon! pardon!

--

Seigneur un cheveu de nous-même

Est si vivant à la douleur.

--

Vous surtout que je plains si vous n’êtes chéries

Vous surtout qui souffrez, je vous prends pour mes sœurs

C’est à vous qu’elles vont mes lentes rêveries,

Et de mes pleurs chantés les amères douceurs[38]

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Tant que l’on peut donner on ne veut pas mourir.

--

Pour me plaindre ou m’aimer je ne cherche personne

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Dans le fond de mon cœur je renferme mon sort

--

Tout le concert se tenait dans mon âme

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Le front vibrant d’étranges et doux sons

Toute ravie et _jeune en solitude_

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

J’étais l’oiseau dans les branches caché,

S’émerveillant tout seul, sans qu’il se doute

Que le faneur fatigué qui l’écoute

Dont le sommeil à l’ombre est empêché

S’en va plus loin tout morose et fâché.

--

De vous dont l’esprit pur, dont la grâce rêveuse

Dont les regards charmants

Ont versé leurs rayons sur moi _pâle couveuse

D’immobiles tourments_

--

J’ai dit ce que jamais femme ne dit qu’à Dieu,

--

Facile à me créer des thèmes ravissants

J’ai chanté comme vrais bien des bonheurs absents

--

Le jour douteux et blanc dont la lune a touché

Tout ce ciel que je porte en moi-même caché.

--

Que mon nom ne soit rien qu’une ombre douce et vaine

Qu’il ne cause jamais ni l’effroi ni la peine

Qu’un indigent l’emporte après m’avoir parlé

Et le garde longtemps dans son cœur consolé.

[37] Ailleurs:

Jette donc loin tes colères

Contre _d’innocents ingrats_

Le flambeau dont tu t’éclaires

Te voit si tendre en mes bras.

Cesse d’essayer ta haine,

Faite pour la mépriser,

_C’est perdre à river ta chaîne

La force de la briser_.

[38] Plus bas:

Si vous n’avez le temps d’écrire aussi vos larmes.

Félicité: Étude sur la poésie de Marceline Desbordes-Valmore · 第 57 / 79 题