XXXVII

Vous avez besoin de beaucoup de patience et d’un courage qui ne se lasse

point: car vous ne vaincrez pas en un jour.

La liberté est le pain que les peuples doivent gagner à la sueur de leur

front.

Plusieurs commencent avec ardeur, et puis ils se rebutent, avant d’être

arrivés au temps de la moisson.

Ils ressemblent aux hommes mous et lâches qui, ne pouvant supporter le

travail d’arracher de leurs champs les mauvaises herbes à mesure

qu’elles croissent, sèment et ne recueillent point, parce qu’ils ont

laissé étouffer la bonne semence.

Je vous le dis, il y a toujours une grande famine dans ce pays-là.

Ils ressemblent encore aux hommes insensés qui, ayant élevé jusqu’au

toit une maison pour s’y loger, négligent de la couvrir, parce qu’ils

craignent un peu de fatigue de plus.

Les vents et les pluies viennent, et la maison s’écroule, et ceux qui

l’avoient bâtie sont tout-à-coup ensevelis sous ses ruines.

Quand même vos espérances auroient été trompées non-seulement sept fois,

mais septante fois sept fois, ne perdez jamais l’espérance.

Lorsqu’on a foi en elle, la cause juste triomphe toujours, et celui-là

se sauve qui persévère jusqu’à la fin.

Ne dites pas: C’est souffrir beaucoup pour des biens qui ne viendront

que tard.

Si ces biens viennent tard, si vous n’en jouissez que peu de temps, ou

que même il ne vous soit pas donné d’en jouir du tout, vos enfants en

jouiront, et les enfants de vos enfants.

Ils n’auront que ce que vous leur laisserez: voyez donc si vous voulez

leur laisser des fers et des verges et la faim pour héritage.

Celui qui se demande ce que vaut la justice, profane en son cœur la

justice; et celui qui suppute ce que coûte la liberté renonce en son

cœur à la liberté.

La liberté et la justice vous pèseront dans la même balance où vous les

aurez pesées. Apprenez donc à en connoître le prix.

Il y a des peuples qui ne l’ont point connu, et jamais misère n’égala

leur misère.

S’il est sur la terre quelque chose de grand, c’est la résolution ferme

d’un peuple qui marche sous l’œil de Dieu, sans se lasser un moment, à

la conquête des droits qu’il tient de lui; qui ne compte ni ses

blessures, ni les jours sans repos, ni les nuits sans sommeil, et qui se

dit: Qu’est-ce que cela? La justice et la liberté sont dignes de bien

d’autres travaux.

Il pourra éprouver des infortunes, des revers, des trahisons, être vendu

par quelque Juda. Que rien ne le décourage.

Car je vous le dis en vérité, quand il descendroit comme le Christ dans

le tombeau, comme le Christ il en sortiroit le troisième jour, vainqueur

de la mort, et du prince de ce monde, et des ministres du prince de ce

monde.

Paroles d'un croyant, 1833 · 第 35 / 40 题