XXXIV

Si les oppresseurs des nations étoient abandonnés à eux-mêmes, sans

appui, sans secours étranger, que pourroient-ils contre elles?

Si, pour les tenir en servitude, ils n’avoient d’aide que l’aide de ceux

à qui la servitude profite, que seroit-ce que ce petit nombre contre des

peuples entiers?

Et c’est la sagesse de Dieu qui a ainsi disposé les choses, afin que les

hommes puissent toujours résister à la tyrannie; et la tyrannie seroit

impossible, si les hommes comprenoient la sagesse de Dieu.

Mais ayant tourné leur cœur à d’autres pensées, les dominateurs du monde

ont opposé à la sagesse de Dieu que les hommes ne comprenoient plus, la

sagesse du prince de ce monde, de Satan.

Or Satan, qui est le roi des oppresseurs des nations, leur suggéra, pour

affermir leur tyrannie, une ruse infernale.

Il leur dit: Voici ce qu’il faut faire. Prenez dans chaque famille les

jeunes gens les plus robustes et donnez-leur des armes, et exercez-les à

les manier, et ils combattront pour vous contre leurs pères et leurs

frères; car je leur persuaderai que c’est une action glorieuse.

Je leur ferai deux idoles, qui s’appelleront Honneur et Fidélité, et une

loi qui s’appellera Obéissance passive.

Et ils adoreront ces idoles, et ils se soumettront à cette loi

aveuglément, parce que je séduirai leur esprit, et vous n’aurez plus

rien à craindre.

Et les oppresseurs des nations firent ce que Satan leur avoit dit, et

Satan aussi accomplit ce qu’il avoit promis aux oppresseurs des nations.

Et l’on vit les enfants du peuple lever le bras contre le peuple,

égorger leurs frères, enchaîner leurs pères, et oublier jusqu’aux

entrailles qui les avoient portés.

Quand on leur disoit: Au nom de tout ce qui est sacré, pensez à

l’injustice, à l’atrocité de ce qu’on vous ordonne; ils répondoient:

Nous ne pensons point, nous obéissons.

Et quand on leur disoit: N’y a-t-il plus en vous aucun amour pour vos

pères, vos mères, vos frères et vos sœurs? ils répondoient: Nous

n’aimons point, nous obéissons.

Et quand on leur montroit les autels du Dieu qui a créé l’homme et du

Christ qui l’a sauvé, ils s’écrioient: Ce sont là les Dieux de la

patrie; nos Dieux, à nous, sont les Dieux de ses maîtres, la Fidélité et

l’Honneur.

Je vous le dis en vérité, depuis la séduction de la première femme par

le serpent, il n’y a point eu de séduction plus effrayante que celle-là.

Mais elle touche à sa fin. Lorsque l’esprit mauvais fascine des âmes

droites, ce n’est que pour un temps. Elles passent comme à travers un

rêve affreux, et au réveil elles bénissent Dieu qui les a délivrées de

ce tourment.

Encore quelques jours, et ceux qui combattoient pour les oppresseurs,

combattront pour les opprimés; ceux qui combattoient pour retenir dans

les fers leurs pères, leurs mères, leurs frères et leurs sœurs,

combattront pour les affranchir.

Et Satan fuira dans ses cavernes avec les dominateurs des nations.

Paroles d'un croyant, 1833 · 第 32 / 40 题