XXIII

Tout ce qui arrive dans le monde a son signe qui le précède.

Lorsque le soleil est près de se lever l’horizon se colore de mille

nuances, et l’Orient paroît tout en feu.

Lorsque la tempête vient, on entend sur le rivage un sourd bruissement,

et les flots s’agitent comme d’eux-mêmes.

Les innombrables pensées diverses qui se croisent et se mêlent à

l’horizon du monde spirituel, sont le signe qui annonce le lever du

soleil des intelligences.

Le murmure confus et le mouvement intérieur des peuples en émoi sont le

signe précurseur de la tempête qui passera bientôt sur les nations

tremblantes.

Tenez-vous prêts, car les temps approchent.

En ce jour-là, il y aura de grandes terreurs, et des cris tels qu’on

n’en a point entendu depuis les jours du déluge.

Les rois hurleront sur leurs trônes; ils chercheront à retenir avec les

deux mains leurs couronnes emportées par les vents, et ils seront

balayés avec elles.

Les riches et les puissants sortiront nus de leurs palais, de peur

d’être ensevelis sous les ruines.

On les verra, errants sur les chemins, demander aux passants quelques

haillons pour couvrir leur nudité, un peu de pain noir pour apaiser leur

faim, et je ne sais s’ils l’obtiendront.

Et il y aura des hommes qui seront saisis de la soif du sang, et qui

adoreront la mort, et qui voudront la faire adorer.

Et la mort étendra sa main de squelette comme pour les bénir, et cette

bénédiction descendra sur leur cœur, et il cessera de battre.

Et les savants se troubleront dans leur science, et elle leur apparoîtra

comme un petit point noir, quand se lèvera le soleil des intelligences.

Et à mesure qu’il montera, sa chaleur fondra les nuages amoncelés par la

tempête; et ils ne seront plus qu’une légère vapeur, qu’un vent doux

chassera vers le Couchant.

Jamais le ciel n’aura été aussi serein, ni la terre aussi verte et aussi

féconde.

Et au lieu du foible crépuscule que nous appelons jour, une lumière vive

et pure rayonnera d’en haut, comme un reflet de la face de Dieu.

Et les hommes se regarderont à cette lumière, et ils diront: Nous ne

connoissions ni nous ni les autres; nous ne savions pas ce que c’est que

l’homme. A présent, nous le savons.

Et chacun s’aimera dans son frère, et se tiendra heureux de le servir;

et il n’y aura ni petits ni grands, à cause de l’amour qui égale tout,

et toutes les familles ne seront qu’une famille, et toutes les nations

qu’une nation.

Ceci est le sens des lettres mystérieuses que les juifs aveugles

attachèrent à la croix du Christ.

Paroles d'un croyant, 1833 · 第 21 / 40 题