Vous êtes fils d’un même père, et la même mère vous a allaités; pourquoi
donc ne vous aimez-vous pas les uns les autres comme des frères? et
pourquoi vous traitez-vous bien plutôt en ennemis?
Celui qui n’aime pas son frère est maudit sept fois, et celui qui se
fait l’ennemi de son frère est maudit septante fois sept fois.
C’est pourquoi les rois et les princes, et tous ceux que le monde
appelle grands ont été maudits: ils n’ont point aimé leurs frères et ils
les ont traités en ennemis.
Aimez-vous les uns les autres, et vous ne craindrez ni les grands, ni
les princes, ni les rois.
Ils ne sont forts contre vous que parce que vous n’êtes point unis, que
parce que vous ne vous aimez point comme des frères les uns les autres.
Ne dites point: Celui-là est d’un peuple, et moi je suis d’un autre
peuple. Car tous les peuples ont eu sur la terre le même père, qui est
Adam, et ont dans le ciel le même père, qui est Dieu.
Si l’on frappe un membre, tout le corps souffre. Vous êtes tous un même
corps: on ne peut opprimer l’un de vous, que tous ne soient opprimés.
Si un loup se jette sur un troupeau, il ne le dévore pas tout entier
sur-le-champ: il saisit un mouton et le mange. Puis sa faim étant
revenue, il en saisit un autre et le mange, et ainsi jusqu’au dernier;
car sa faim revient toujours.
Ne soyez pas comme les moutons, qui, lorsque le loup a enlevé l’un
d’eux, s’effraient un moment et puis se remettent à paître. Car,
pensent-ils, peut-être se contentera-t-il d’une première ou d’une
seconde proie: et qu’ai-je à faire de m’inquiéter de ceux qu’il dévore?
Qu’est-ce que cela me fait, à moi? il ne me restera que plus d’herbe.
En vérité, je vous le dis: Ceux qui pensent ainsi en eux-mêmes sont
marqués pour être la pâture de la bête qui vit de chair et de sang.
V
Quand vous voyez un homme conduit en prison ou au supplice, ne vous
pressez pas de dire: Celui-là est un homme méchant, qui a commis un
crime contre les hommes:
Car peut-être est-ce un homme de bien, qui a voulu servir les hommes, et
qui en est puni par leurs oppresseurs.
Quand vous voyez un peuple chargé de fers et livré au bourreau, ne vous
pressez pas de dire: Ce peuple est un peuple violent, qui vouloit
troubler la paix de la terre:
Car peut-être est-ce un peuple martyr, qui meurt pour le salut du genre
humain.
Il y a dix-huit siècles, dans une ville d’Orient, les pontifes et les
rois de ce temps-là clouèrent sur une croix, après l’avoir battu de
verges, un séditieux, un blasphémateur, comme ils l’appeloient.
Le jour de sa mort, il y eut une grande terreur dans l’enfer, et une
grande joie dans le ciel:
Car le sang du Juste avoit sauvé le monde.