Prêtez l’oreille, et dites-moi d’où vient ce bruit confus, vague,
étrange, que l’on entend de tous côtés.
Posez la main sur la terre, et dites-moi pourquoi elle a tressailli.
Quelque chose que nous ne savons pas se remue dans le monde: il y a là
un travail de Dieu.
Est-ce que chacun n’est pas dans l’attente? Est-ce qu’il y a un cœur qui
ne batte pas?
Fils de l’homme, monte sur les hauteurs, et annonce ce que tu vois.
Je vois à l’horizon un nuage livide, et autour une lueur rouge comme le
reflet d’un incendie.
Fils de l’homme, que vois-tu encore?
Je vois la mer soulever ses flots, et les montagnes agiter leurs cimes.
Je vois les fleuves changer leur cours, les collines chanceler, et en
tombant combler les vallées.
Tout s’ébranle, tout se meut, tout prend un nouvel aspect.
Fils de l’homme, que vois-tu encore?
Je vois des tourbillons de poussière dans le lointain, et ils vont en
tout sens, et se choquent, et se mêlent, et se confondent. Ils passent
sur les cités, et, quand ils ont passé, on ne voit plus que la plaine.
Je vois les peuples se lever en tumulte et les rois pâlir sous leur
diadême. La guerre est entre eux, une guerre à mort.
Je vois un trône, deux trônes brisés, et les peuples en dispersent les
débris sur la terre.
Je vois un peuple combattre comme l’archange Michel combattoit contre
Satan. Ses coups sont terribles, mais il est nu, et son ennemi est
couvert d’une épaisse armure.
O Dieu! il tombe; il est frappé à mort. Non, il n’est que blessé. Marie,
la Vierge-Mère, l’enveloppe de son manteau, lui sourit et l’emporte pour
un peu de temps hors du combat.
Je vois un autre peuple lutter sans relâche, et puiser de moment en
moment des forces nouvelles dans cette lutte. Ce peuple a le signe du
Christ sur le cœur.
Je vois un troisième peuple sur lequel six rois ont mis le pied, et
toutes les fois qu’il fait un mouvement, six poignards s’enfoncent dans
sa gorge.
Je vois sur un vaste édifice, à une grande hauteur dans les airs, une
croix que je distingue à peine, parce qu’elle est couverte d’un voile
noir.
Fils de l’homme, que vois-tu encore?
Je vois l’Orient qui se trouble en lui-même. Il regarde ses antiques
palais crouler, ses vieux temples tomber en poudre, et il lève les yeux
comme pour chercher d’autres grandeurs et un autre Dieu.
Je vois vers l’Occident une femme à l’œil fier, au front serein; elle
trace d’une main ferme un léger sillon, et partout où le soc passe, je
vois se lever des générations humaines qui l’invoquent dans leurs
prières et la bénissent dans leurs chants.
Je vois au Septentrion des hommes qui n’ont plus qu’un reste de chaleur
concentrée dans leur tête, et qui l’enivre: mais le Christ les touche de
sa croix, et le cœur recommence à battre.
Je vois au Midi des races affaissées sous je ne sais quelle malédiction:
un joug pesant les accable, elles marchent courbées; mais le Christ les
touche avec sa croix, et elles se redressent.
Fils de l’homme, que vois-tu encore?
Il ne répond point: crions de nouveau.
Fils de l’homme, que vois-tu?
Je vois Satan qui fuit, et le Christ entouré de ses anges, qui vient
pour régner.